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Grand format Interview scopitone, stereoluxe, Festival, nantes, partenariat Publié le 16.09.2016

Cédric Huchet "La création artistique et la recherche scientifique se nourrissent"

La 15e édition du Scopitone, festival dédié aux cultures électroniques et aux arts numériques, ouvre ses portes mercredi 21 septembre à Nantes. Au regard de la programmation 2016, on s'attend comme chaque année à vivre quelques belles soirées. Attention, néanmoins, à ne pas manquer les journées et leur riche parcours de découvertes artistiques.

D'ailleurs, c'est à propos de cette particularité que nous avons échangé avec Cédric Huchet, programmateur arts numériques de la manifestation. Au fil des années, le festival Scopitone a su évoluer, s'ouvrir à de nouveaux publics et rassembler artistes et scientifiques dans une démarche expérimentale et commune.

Pouvez-vous nous dire quelques mots pour décrire l’ADN de Scopitone ?

Un ADN en constante évolution, qui illustre les formes, hybrides, transdisciplinaires, expérimentales qui explore le vaste champ des arts médiatiques (technologies, numériques, électroniques…). Un tour d’horizon sur la création internationale, est évoqué pendant cinq jours au travers d’expositions, soirées, performances, workshops, rencontres professionnelles.

En prenant le risque de modifier au fil des années sa forme, les lieux, Scopitone fait aujourd’hui partie des festivals français les plus attendus. Il se vit lui plutôt comme une expérience sensorielle ?

Le risque de sa géométrie variable est sans doute aussi (modestement) la raison de son succès. L’évènement a gagné la confiance d’un public de plus en plus large et différent qui, initié ou non, ose le paris de la découverte, de la surprise, de l’expérience. La découverte par les sens en effet, ce sont souvent les premiers sollicités, mais au fil des ans, le festival (et les artistes) s’est affranchi du prétexte technologique. Le numérique omniprésent s’efface souvent, l’intéraction n’est plus la condition nécessaire et parfois suffisante, la démonstration technologique s’estompe voire disparaît, au profit de la démarche artistique, de son discours. C’était le signe d’un virage marquant de la création artistique il y a quelques années, et du festival par la même occasion : on constate aujourd’hui qu’un public toujours plus curieux et nombreux, aime se faire surprendre par un parcours de plus en plus exigeant. Ce parcours dans la ville est aussi l’âme du festival, provoquant la rencontre avec le public, et proposant un nouveau regard sur les oeuvres qui dévoilent un nouveau visage en fonction de l’écrin qui les accueille.


Performance d’ouverture du collectif Fuse

Quels sont les immanquables de cette 15e édition ? Comment le fil rouge (perception de la réalité) est présent dans la programmation ?

La question est toujours délicate… comment résumer près de 60 propositions artistiques, provenant de 20 nationalités différentes, 5 continents, et nombre de premières françaises ?…
Plus qu’une thématique imposée et restrictive en effet, le dénominateur commun évoque la perception de la réalité, ou « des réalités » , considérant que la nôtre ne serait que le fruit de nos sens et notre subjectivité. Parallèlement au discours philosophique que l’on pourrait étayer sur le sujet, il est intéressant de se confronter à la perception des artistes, celles des publics venant découvrir les propositions du festival. Et surtout de constater dans certains cas que les outils et pratiques numériques, qui précisément nous déconnectent de la réalité, sont les mêmes qui démontrent que notre vision n’est qu’une interprétation (Cf. la rencontre Art-Science de Ryoichi Kurokawa et Vincent Minier du CEA Saclay, Rate Shadow de Daito Manabe et Motoi Ishibashi, ou encore Memory Lane de Felix Luque Sanchez et Inigo Bilbao).
Ajoutons à cela un sens critique affirmé par quelques artistes que l’on pourrait qualifier de anti-media (Children of The Light, Lee Byungchan, Katsuki Nogami) pour confirmer qu’il se dessine les prémices d’une ère post-numérique… Mais la boucle n’est pas encore bouclée.


Felix Luque Sanchez - Indigo Bilbao - Memorylane

De quelle manière l’identité visuelle intervient dans le positionnement du festival depuis 15 ans ?

À l’image du festival et de sa ligne éditoriale, son identité visuelle s’est affirmée depuis quelques années. Faisant appel à des graphistes pré-sélectionnés, son identité visuelle devient un vrai parti pris, affichant une forme de radicalité, conforme à son esprit. Cela deviendrait même une marque de fabrique et une composante artistique de chaque édition. Tantôt décliné sur des objets annexes (merchandising habituel des festivals), tantôt décliné dans des élémetns scénographiques, toujours inspirant dans toutes les formes que prennent la communication, cette identité en devient suffisante chaque année, (nous dispensant de communiquer sur les noms d’artiste sur les affiches par exemple). La composante artistique de la communication est un pari audacieux parfois, mais c’est aussi le privilège de l’âge...

Comment parvenez-vous à faire dialoguer les arts et la science dans une démarche expérimentale et une volonté d’ouverture des publics ?

Sujet tendance, assurément… mais dont la recette n’est pas magique à tous les coups. C’est sans doute l’une des plus fusionnelles que l’on ait connues à Scopitone avec le projet Unfold (cf. supra). C’est aussi l’une des mission du laboratoire Arts et Technologie de Stereolux qui travaille à l’année, entre autres sur ces questions. Il existe une relation particulière entre ces deux champs, qui peut s’avérer complexe, frictionnelle, passionnelle. Quand cela fonctionne (et cela a bien été le cas entre Ryoichi Kurokawa et Vincent Minier), il s’instaure un grand respect entre ces deux univers, une porosité presque naturelle, un langage commun. La création artistique et la recherche scientifique se nourrissent ainsi, et gagnent l’un en inspiration et légitimité, l’autre en compréhension de la part du grand public. C’est aussi l’un des grands objectifs que se sont données les communautés scientifiques, à travers la communication et la médiation. On ne peut que les encourager et tenter d’accompagner ces croisements.

Voir aussi :
Hey Studio revisite les fondamentaux de l’image numérique pour Scopitone 2016
La 15e édition du festival Scopitone



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