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La revue

étapes: 212

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"Doucement, cocher, je suis pressé.”

Quand les graphistes constatent une accélération des délais de la commande, que la qualité des productions en pâtît et que les esprits s’épuisent, il peut sembler opportun de s’interroger sur quelques alternatives. D’autres y ont réfléchi avant : philosophes, sociologues, entrepreneurs, cuisiniers ou designers… Les solutions de ralentissement ont toutes pour ambition la préservation de l’environnement, de l’humain et d’une culture épicurienne. La théorie veut que le temps, le plaisir et le soin mis dans la confection d’un objet s’exporte jusqu’à sa réception. Des éleveurs investis affirment bien que le bonheur et la sérénité d’une bête d’élevage se transmettent dans l’assiette qui la contient et le corps qui la consomme. Ce genre de paramètre serait largement sous estimé, voire raillé, dans une société qui nous laisse peu de temps pour nous soucier de l’état de félicité du jambon contenu dans notre club sandwich. Pourtant les esprits progressent. Sur fond de scandales écologiques, sécuritaires et sanitaires, les consommateurs en perte de repères se tournent vers des produits de fabrication traditionnelle, plus qualitatifs. Une autre économie apparaît, plus lente, moins excessive. En matière d’image, des recettes anciennes font aussi leur réapparition et propose des produits solides, durables. Le travail de la main, la création d’outils personnels, l’artisanat refont surface et avec eux, un bataillon de designers et graphistes refusant de produire à l’ordinateur des images lisses et vides de sens. Des images dont la seule fonction est de convaincre celui qui la regarde de mettre la main au portefeuille. Déjà en 1964, le manifeste First Thing First initié par Ken Garland soulignait cette dérive. En 2000, Rick Poynor renchérissait sur une nouvelle dégradation de la commande. Aujourd’hui, alors que le monde continue sa course folle, des designers talentueux ont fait le choix de se désengager d’un système devenu absurde. D’autres ont trouvé dans leur ouverture à la recherche, à l’ingénierie ou aux sciences, des collaborations génératrices d’innovation. Le 1er mars à Bercy, le ministre du redressement productif affirmait : “Le design est une activité qui travaille aux mutations de la société. Ce n’est pas le design pour faire joli… Dans la guerre économique mondiale, ce n’est pas une petite affaire.”(1) Si certains douteront de son engagement réel, de tels discours sur le design sont rarissimes en France, si tant est qu’il y en ait jamais eu un. Et si les logiques économiques poussent régulièrement à la médiocrité des productions, il est alors d’autres voies sur lesquelles avancer et à construire. Des solutions durables qui prennent en compte les besoins réels de l’être humain et des ressources écologiques dont il dépend. Des solutions qui améliorent le quotidien. Le progrès, à portée de tous.

Caroline Bouige et Isabelle Moisy

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"Doucement, cocher, je suis pressé.” : Propos empruntés à Charles-Maurice de Talleyrand (1754-1838).
(1) Propos d’Arnaud Montebourg cités dans la lettre Design fax 837 par Jean-Charles Gaté.