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Grand format Reportage Publié le 17.02.2016

Internationales graphiques. Collection d’affiches politiques 1970-1990

Du 17 février au 29 mai 2016, la Bibliothèque de Documentation internationale contemporaine (BDIC) présente l’exposition « Internationales graphiques. Collection d’affiches politiques 1970-1990 » au sein de l’Hôtel national des Invalides à Paris. L’occasion pour Étapes de rencontrer les commissaires d’exposition Cécile Tardy et Valérie Tesnière - directrice de la BDIC - qui nous parlent de la sélection d’affiches et des missions de la BDIC.



Lien expo : http://bit.ly/1Q0XHrs
Propos recuillis par Clara Debailly

CD : Quand a été crée la BDIC et quelles sont ses particularités et ses missions?
La Bibliothèque de documentation internationale contemporaine a été fondée il y a presque 100 ans, durant la Première Guerre mondiale, dans le but de mettre à disposition des contemporains aussi bien des sources écrites que des sources iconographiques, croisement qui était assez nouveau à l’époque. Il y a eu des acquisitions et des collectes non seulement de tableaux mais aussi d’affiches et des photographies, aux côtés de l’écrit, et notamment de la presse internationale : tout ce qui pouvait documenter le conflit. La collection a continué à se développer dans une perspective de constitution de l’histoire contemporaine.
Les affiches ont été très présentes dès le début de l’histoire de la BDIC, puisqu’il y avait de nombreuses affiches de propagande. La collection a continué à s’enrichir sur un plan politique, notamment pendant l’entre deux guerres, où nous avons de nombreux documents, et après 1945 également. Après la Seconde Guerre mondiale, nous avons multiplié les contacts avec les graphistes (Grapus, Follon, etc.) qui ont fait don d’un certain nombre de productions, mais toujours dans une perspective de contextualisation de la production dans l’Histoire et avec une dimension politique fortement affirmée, qui traduisait souvent l’engagement des graphistes en question, à la différence de musées dédiés à l’affiche, au graphisme.

CD : Comment est née l'envie de faire cette exposition sur l'affiche engagée ? Pourquoi cette période ?
Nous ne sommes pas les seuls à être riches sur le plan graphique à l’International (surtout en affiche) mais nous avons une institution sœur, dans le domaine historique et politique qui est l’IISH (International Institute of Social History) d’Amsterdam, fondé à la même époque que le BDCI.
L’idée de l’exposition est née d’un double constat. D’abord, lorsque nous avons réalisé l’exposition « Affiches-actions » nous voulions faire quelque chose sur le texte, en sélectionnant uniquement des affiches typographiques. L’exposition a très bien marché, parce qu’on y voyait se déployer une perspective historique qui était assez neuve pour les graphistes. De fait, un certains nombres de graphistes ont vu l’exposition et ont été très intéressés. Et c’est de là qu’est née celle-ci. Le deuxième constat, c’est qu’on a beaucoup parlé des affiches de Mai 68 mais on a peu parlé des décennies qui ont suivi. Il nous a donc semblé intéressant de voir quelle avait été la production des graphistes à cette époque, pour voir comment avaient évolué les formes d’engagements.

CD : Comment avez vous sélectionné les affiches montrées ? Comment travaille-t-on sur une si vaste période avec différents fonds ?
En préparant cette exposition avec nos collègues d’Amsterdam, nous avons dû faire « une plongée » dans les collections. Nous avons regardé tout ce qui concernait cette période. Nous avons dégagé des constantes, des axes qui apparaissaient au fil de notre recherche. Nos collections sont relativement muettes sur deux pays, l’Italie et la Grande Bretagne. Nous voulions regarder à l’International. L’IISH nous a permis de prolonger et d’élargir des pistes que nous avions à partir de nos collections avec des fonds sur lesquels nous étions plus faibles. Le premier titre de l’exposition était « Circulations ». Nous voulions souligner l’idée de correspondances, du fait que les graphistes échangent entre eux, qu’il y a aussi un « air du temps », et qu’ils traitent de sujets communs. Par exemple, dans les références, ce qui nous a supris, c’est que on connaît bien la référence du poing levé. En fait, elle n’était pas si présente que ça dans les collections, en revanche, on a vu des pieds : c’est l’ère des marches (par exemple, la colombe de Picasso revisitée par Grapus avec des pieds). On essaie de voir quels étaient les engagements forts : le pacifisme, la lutte contre le racisme, et un peu avant, l’anti-impérialisme, avec la guerre du Vietnam qui est vraiment une matrice, les indépendances, la lutte contre les dictatures (notamment latino-américaines).

CD : Quelles sont les évolutions que vous avez pu constater dans cet engagement et ce rapport au commanditaire ? Comment le graphisme engagé et le collectif sont liés ?
Dans les années 60, on voulait changer le monde, Qu'en est-il resté dans les pratiques de travail graphiques ? On a vu apparaître à la fois des divergences et des convergences assez importantes, par exemple entre le Push Pin Studio, qui est l’une des références majeures des graphistes internationaux des années 70, qui se revendiquent comme studio, par opposition à des gens comme Grapus en France ou Wild Plakken aux Pays-Bas (l’un des grand apport de l’IISH). Avec quelques années de décalage, on retrouve quand même les mêmes préoccupations politiques, similaires, des modes de travail qui se ressemblent beaucoup : l’importance de la signature commune par exemple. On peut aussi évoquer Zanzibar, sur la fin de la période. Cette pratique de travail collective résulte autant de la manière dont on travaille dans un studio, que d’un souci de s’effacer derrière une signature collective (Grapus ayant mené ça de manière radicale). Mais c’est très en résonnance avec l’engagement politique. On observe que dans les commandes politiques tendent à se raréfier au fil des 20 ans et le relais est pris très vite par l’associatif, notamment par les organisations internationales, de type Amnesty International, ou les nationales comme le Secours Populaire, et d’autre part, par le secteur culturel. Les générations suivantes vont témoigner de leur engagement dans ces commandes, en ré-injectant du politique dans des sujets qui à priori ne le sont pas. Dans la première partie de l’exposition, où on essaie de trouver des influences, des jalons d’une histoire commune, on parle de l’affiche polonaise. A ce moment-là, les graphistes ne font pas d’affiches politiques, au sens partisan du terme, militant, elles sont culturelles, mais elles ont une portée politique. On observe tout au long de la période cette constance dans les commandes culturelles de Rambo, de Le Quernec, etc. on retrouve cet intérêt.
La place de l’affiche politique diminue avec le temps dans l’espace urbain, mais une mutation s’opère et on va la retrouver dans les espaces militants, mais surtout dans l’espace privé : nous avons tous à un moment affiché des posters de revendications socio-politiques à un moment dans nos chambres ! On voit que c’est par la sphère privée que revient l’engagement, qui passe par des circuits associatifs.

CD : Comment le travail scénographique fait ressortir les différentes correspondances échos entre les travaux de graphistes du monde entier ?
Ce qui nous a plu dans le travail d’Alice Geoffroy, c’est qu’elle proposait une scénographie extrêmement neutre, sobre, qui permet de mettre en valeur les affiches et de pratiquer ce jeu de correspondances sans que l’œil soit perturbé. Les affiches en face à face sont de pays et d’années assez différentes, mais utilisent un même motif ou traitent d’un même sujet. On retrouve des jalons visuels tout au long de l’exposition : le motif de la colombe, de l’arbre, etc. Il y 160 affiches, mais également des revues de presse alternative. Cela nous permet de contextualiser et de faire réaliser au visiteur que si la production d’affiches est foisonnante dans les années 70, il y a aussi beaucoup de tracts, de presse, et que ça n’est pas un phénomène isolé. On montre aussi des revues culturelles qui ont permis de diffuser le graphisme comme « La Pologne » qui a permis de faire connaître les graphistes polonais en France, mais aussi à Cuba par exemple.

CD : Avec les mutations de médias, comment va évoluer le fonds de la BDIC dans les années à venir ?
Le fonds de la BDIC continue à s’enrichir, avec des achats d’affiches de Dugudu, Vincent Perrottet, Pierre Di Scullio. Il y a aussi des collectes, de documents politiques : affiches, tracts… Pas nécessairement de façon exhaustive, mais nous nous efforçons de collecter le matériel plus « alternatif ». Le multimédia fait partie de nos projets d’évolution, notamment par le biais du documentaire, l’acquisition de rushs. La multiplicité des supports, et notre axe à la fois historique et politique avant d’être artistique est un atout pour une institution comme la notre, surtout vis à vis des graphistes. Nous sommes aussi une institution de recherches, à la croisée de nombreux milieu. Cette ouverture interdisciplinaire séduit parce qu’il y a une pensée sociétale très présente chez les graphistes qui se retrouve dans nos missions, qui sont bien entendu de conserver et d’exposer, mais aussi de mettre à disposition de la recherche, des formations. Pour les jeunes graphistes, nous pouvons être un lieu pour donner des repères sur l’histoire de la société. Nous avons un projet d’ouverture d’un nouveau musée à l’entrée de la nouvelle gare Nanterre Université, qui sera un lieu qui permettra de mettre en valeur la production de photos, de tableaux, d’archives, et d’affiches



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