Interview Logo du Louvre Abu Dhabi : Apeloig dévoile ses cartes

Recevoir la newsletter

Recevez chaque semaines la newsletter étapes:

1507019480
Lancer la galerie 8 images
Grand format Interview Typographie, Logo, Identité Publié le 18.09.2014

Logo du Louvre Abu Dhabi : Apeloig dévoile ses cartes

En 2015, le Louvre Abu Dhabi ouvrira ses portes après plusieurs années de travaux. Un impressionnant chantier mené par l'architecte Jean Nouvel et dont l'identité visuelle a été confiée à Philippe Apeloig. Expert de ce type de commande, le graphiste français répond à nos questions et dévoile les principales clés de ce projet.

Pouvez-vous nous présenter le projet en quelques mots ?
Le Louvre Abou Dhabi est né d’un accord entre la France et les Émirats Arabes Unis. Sa conception architecturale et muséographique a été confiée à Jean Nouvel. En 2012, j’ai été approché par Hala Warde, chef du projet aux Ateliers Jean Nouvel, qui m’a proposé de concevoir la signalétique du musée, alors en phase de développement.


Comment a débuté cette collaboration avec le Louvre Abou Dhabi et quel était le brief de départ ?
Jean Nouvel avait une idée précise de la façon dont il voulait intégrer la signalétique à son architecture. Il souhaitait trois typologies différentes. Une signalétique monumentale pour identifier les différents lieux du musée (Galerie des Collections, Auditorium, Musée des Enfants, etc.). Une autre de type directionnel, pour les zones de circulation en plein air (en partie sous le dôme) que Jean Nouvel imaginait lumineuse et interchangeable. C’est de là qu’est venue l’idée de créer un système de rails, intégrées dans les murs, dans lesquels les lettres peuvent être glissées. Enfin, une signalétique pour les zones d’accueil à l'intérieur du musée et pour le parcours muséographique.


Pouvez-vous rapprocher ce travail d'un précédent de votre studio (dans la manière d'aborder le sujet) ?
Sur ce projet, l’approche était nouvelle car j’ai eu pour la première fois à travailler avec une typographie arabe. Je me suis plongé dans un important travail de recherche sur les arts de l’Islam, calligraphie et architecture comprises. Mais surtout, j’ai exploré toutes les polices de caractères arabes existantes sur le marché. Des plus anciennes, développées à la main par la génération de typographes des années 70 et 80, et toujours utilisées ; aux polices de caractères arabes contemporaines, qui sont souvent adaptées de caractères latins existants. C’est notamment le cas du Frutiger Arabic ou du Neue Helvetica Arabic, disponibles auprès de grandes fonderies.
Parallèlement aux recherches d'une typographie arabe, j'ai choisi le Frutiger Lt Pro pour les textes en latin. Adrian Frutiger l'a créé à l'origine pour la signalétique de l'Aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle. Dans la version publiée par Linotype, il l'a enrichi de nombreux glyphes très pratiques pour la composition de textes en différentes langues.


Le choix du Frutiger m'a permis de guider mes recherches pour la typographie arabe. Il devenait clair que je ne pouvais pas me limiter à utiliser le Frutiger Arabic qui serait sans relief.
Je cherchais, au contraire, un caractère arabe original, et non une imitation.

Parmi les six différents styles d’écriture arabe nous avons opté pour le Naskh, un système d'écriture très répandu, moins géométrique que le Koufi et moins décoratif que le Thuluth. Le Naskh est un classique de la typographie arabe, très élégant et proche la calligraphie. Il offre en plus une complémentarité parfaite avec le Frutiger.

Toutes ces recherches m’ont conduites à découvrir le travail de Kristyan Sarkis, un jeune typographe libanais qui a développé la police de caractère « Colvert Arabic ». Pour le Louvre Abou Dhabi, il l'a repris et harmonisé en fonction des formes du Frutiger. Il a en plus créé un nombre de glyphes, de ligatures et de terminaisons de lettres impressionnants qui permettent un usage souple et complet de sa typographie.


La nouveauté a été de créer une signalétique directement sur plans et élévations. Celle du musée a été pensée et intégrée dès les premières phases de la conception du bâtiment, à la différence des autres projets de signalétique sur lesquels j'ai travaillé.

Nous avons aussi dû constituer une équipe. Mon studio a été véritablement intégré au projet du Louvre Abou Dhabi et nous avons été en interaction directe avec les architectes. Il a fallu intégrer des personnes maîtrisant la composition des textes en arabe, se coordonner avec les architectes des Ateliers Jean Nouvel, l'équipe de l’Agence France Museum, qui pilote le projet du côté français, et l'équipe en charge du projet aux Emirats Arabes Unis.

Pour le graphisme, j'ai été secondé par Clovis Vallois pour le dessin des pictogrammes et Léo Grunstein entre autres pour la charte graphique et la muséographie. Naji El-Mir, graphiste franco-libanais, a prêté main-forte au projet. Son regard a été essentiel à l'intégration des textes en arabe. Il a aidé également au développement des cartes animées sur des supports numériques.

Aviez vous certaines contraintes, vis à vis du Louvre parisien, de l'image des Émirats ?
En termes d’identité visuelle, il n’y a pas de lien entre celle du Louvre à Paris et cella du Louvre Abou Dhabi. Mais je pense que l’expérience de directeur artistique que j’ai eue au Louvre (2003-2008), notamment dans mes rapports avec les conservateurs et les muséographes, m’a aidée à aborder le projet.

Combien de temps a duré ce projet ?
Au total, ce sera presque 3 ans.

Le logo fait référence à l'architecture du lieu ? Est-ce une évidence pour un espace culturel ? Est-ce une difficulté supplémentaire dans le traitement du projet ?
L’idée du logo m’est apparue au fur et mesure de mon implication dans le projet, et surtout après avoir réalisé les pictogrammes du musée. Ils ont été conçus en reprenant le vocabulaire géométrique créé par les rayons de lumière, passant à travers le dôme et diffractés sur les murs et le sol.

Le logo fait référence à la spiritualité du lieu. J’ai voulu recréer l’espace immatériel qui existe entre le dôme et la structure du bâtiment, évoquer l’horizontalité de l’architecture, les effets de transparence, et la pluie de lumière qui sera créée par le passage des rayons de soleil à travers le moucharabieh du dôme.
Dans ce projet, l’architecture est liée à la culture et l’environnement des villes arabes, comme par exemple celles de la région du Mzab en Algérie.
Le logo est plus qu’une référence à l’architecture. Il est aussi un trait d’union entre deux cultures. La typographie latine placée à gauche et la typographie arabe à droite sont reliées par le logo. C’est le propos du Louvre Abou dhabi, musée a vocation universel. Il sera un carrefour des civilisations d'un point de vue temporel et géographique. À ce titre il fallait éviter toute connotation à une culture particulière.

http://bit.ly/1rf3RYM



En images

Ajouter un commentaire

La revue

1504270271

étapes: 239

1499771791

Génération Y étapes: 238

1493971500

UX design & interfaces étapes: 237

1489758286

étapes: 236

1484062455

étapes: 235

1479307215

étapes: 234