Interview Nouvelle étiquette : ce qu'ils font, avec leurs mots

Recevoir la newsletter

Recevez chaque semaines la newsletter étapes:

1493298314
Lancer la galerie 18 images
Grand format Interview Graphisme, Installation, Typographie Publié le 15.05.2014

Nouvelle étiquette : ce qu'ils font, avec leurs mots

Invité par le MUDAM Luxemboug, le studio Nouvelle étiquette dévoile sa toute dernière installation typographique progressive baptisée “How to do things with words”. Nous avons posé quelques questions aux créatifs messins pour obtenir toute la lumière sur ce projet ambitieux.

Pouvez-vous nous présenter le projet "How to do things with words" ?
Nouvelle étiquette a été invité par le MUDAM Luxembourg dans le cadre de l'édition 2014 de la Biennale du design de Luxembourg-Ville (Design City - into the process) à intervenir sur une palissade de chantier située en plein centre-ville piéton. Cette édition de la biennale de Design se concentrant sur la notion du rapport entre design et espace public et de son intégration dans la vie quotidienne. Nous avons imaginé un projet qui implique à la fois des acteurs locaux dans l'ensemble du processus de création, qui porte un point de vue singulier sur la ville et qui, dans sa réalisation, joue avec les codes de l'affichage sauvage urbain, particulièrement présent sur la palissade, avant notre intervention. "How to do things with words" cherche à explorer la relation entre texte et design graphique, dans une démarche participative et expérimentale.

Comment est arrivé cette invitation du MUDAM-Luxembourg ?
Le MUDAM-Luxembourg est un lieu que nous apprécions particulièrement, pour son architecture mais pour ses partis-pris artistiques, entre centre d'Art et musée d'Art contemporain. Ce n'est pas notre premier partenariat avec eux, nous y avions déjà mené un workshop d'illustration, et un membre de l'équipe y était médiateur culturel pendant ses études. C'est donc assez naturellement que le pôle MUDAM-publics a fait appel à nous.

L'installation finale résulte de travaux de workshops réalisés avec des étudiants. Comment s’est construit le processus de création ? La forme finale était-elle définie, a-t-elle évoluée au cours des travaux préparatoires ?
"How to do things with words" se pense comme une installation participative et progressive qui s'est construite en 4 phases principales. Nouvelle étiquette a d'abord proposé une initiation à la typographie aux élèves de terminale du Lycée Aline Mayrisch, avec l'aide de Claire Flammang, professeur d'arts plastiques. Nous avons créé avec les élèves un petit caractère expérimental, vernaculaire et modulaire inspiré des lettrages et enseignes de la ville de Luxembourg. L’objectif de cette initiation au dessin de lettre, au delà de faire comprendre aux élèves que la lettre était elle aussi un "objet" de design, était également de provoquer chez eux l'envie de regarder leur ville d’une manière nouvelle. Il s'agissait de leur faire expérimenter la ville sous un angle différent: celui de la lettre. Les images produites par les étudiants lors d'un « safari typo », et nos échanges avec eux ont évidemment nourri nos réflexions quant à la façon d'aborder à la fois le design de notre visuel, et le dessin de caractère typographique.

Tout au long du processus, nous avons partagé avec eux nos recherches. Le bureau créatif a ensuite fait appel à Gaëtan Naudet-Celli, des Éditions Hiatus, pour mener avec une autre classe (encadrée par Dan Weyler, professeur de français), un workshop d'écriture autour de la contrainte littéraire comme catalyseur créatif.
Inspiré des contraintes de Perec et de l'OuLiPo (ouvroir de littérature potentielle), Gaëtan a mené avec les étudiants des séances d'écriture aux abords de la palissade, puis en classe. Les contraintes utilisées par les élèves ont produit des textes à la fois lucides, poétiques et décalés sur la ville et ses habitants.

Nous avions choisi ces contraintes en amont pour leur potentiel graphique mais sans anticiper la nature des textes. (quelques contraintes: La Contrainte du prisonnier: Créer un texte en utilisant uniquement des lettres sans ascendantes et descendantes . aceikmnorsuvwxz Le Beau présent: Créer un texte en utilisant uniquement des lettres d’un nom, comme un cadeau offert quelqu’un . Nous avons choisi : Luxembourgeois ( begilmorsux ) La tentative d'épuisement:Passer deux heures quelque part en essayant d’écrire tout ce que l’on voit, systématiquement.)

En parallèle et en interaction avec les différents workshops, nous avons dessiné le caractère typographique destiné à l'installation. Nous avons décidé d'en faire un caractère à chasse fixe, basé dans ses dimensions et dans son espacement sur les proportions d'une feuille de papier A3. Ces proportions sont liées à la façon dont nous avons choisi d’exposer le travail final : à partir d'une feuille A3 comme module de base. Dans la lettre, dans la conception et dans l'accrochage, ces proportions restent présentes.

De quelle manière cherchez-vous à interpeller le public ?
Nous cherchons à soumettre à l'espace public une nouvelle forme d'information, non pas publicitaire et commerciale mais poétique et décalée. Les textes, d'abord dans leur forme ludique et étonnante, mais aussi dans leur contenu "familier" (puisque parlant de l'endroit même où ils sont disposés) permettent cette interpellation. Parce qu'elle est monumentale, l'installation graphique joue avec l'échelle des passants et de la rue. Elle vient "redéfinir" l'espace public. La technique d'accrochage permet aussi, en citant les codes de l'affichage sauvage et en les éclatant, d'interroger le public sur le statut de cette installation.

Nous avons en effet imprimé le visuel sur plus de 700 feuilles A3 que nous avons ensuite contrecollées et superposées. Le tout, de par sa nature fragile, est condamné à disparaître "naturellement", aidé par les éléments et par les nouveaux colleurs qui viendront le recouvrir, couche après couche. "How to do things with words" se veut donc à la fois une invitation à l'écriture, à développer un certain regard sur son quotidien, mais également à se ré-interroger sur le statut du texte dans l'espace public. Il s'agit d'attirer le regard sur un espace généralement caché, à la marge, de susciter la réflexion sur ses propres espaces de vie, de proposer un contrepoint aux messages commerciaux, et d'oser la prise de parole.

Est-il important pour vous de produire ce type d'installation, à la frontière du design graphique et du travail plastique ?
Cette dimension est même à l'origine de notre bureau créatif. Nous cherchons à nous positionner "à la frontière" entre studio de design graphique et atelier artistique. Le collectif développe des projets de commande avec attention et soin, tout en encourageant les expériences plastiques, éditoriales et personnelles de chacun. Nous accueillons en ce moment dans nos locaux un jeune artiste qui a installé son atelier le temps de la production d'une œuvre. Un de nos membres revient tout juste d'une résidence artistique de plusieurs mois au FRAC Franche-Comté, nous nous impliquons avec force dans l'édition de la revue indépendante Hiatus… Nous pensons que ces expériences se nourrissent les unes des autres et viennent enrichir notre champ des possibles. "How to do things with words", situé sur cette frontière, en est pour nous un des exemples.

http://bit.ly/QPljn1



En images

Ajouter un commentaire

La revue

1493971500

UX design & interfaces étapes: 237

1489758286

étapes: 236

1484062455

étapes: 235

1479307215

étapes: 234

1473942432

étapes: 233

1467377648

European Creative Cities étapes: 232