5 questions à Ken-Tsai Lee Directeur artistique de Scopitone 2017

Pour son édition 2017, Scopitone confie la création graphique au designer taïwanais, enseignant et curateur Ken-tsai Lee. Dans le dernier numéro d’étapes: nous avons rencontré cette figure de la scène graphique taïwanaise, qui fait dialoguer calligraphie chinoise et abstraction avec une rigueur mathématique.

Pouvez-vous nous parler de la scène graphique Taïwanaise ?
Le design se développe depuis plus de soixante ans et c’est aujourd’hui une discipline extrêmement en vogue à Taïwan. Dans les années 1950, le design graphique devient une spécialité à l’école taïwanaise, pourtant, quand j’ai commencé à étudier le design dans les années 1980, il n’y avait qu’une ou deux universités qui proposaient cette filière. Le nombre d’étudiants en design s’est aujourd’hui démultiplié par rapport à mes débuts. Ce développement est lié aux évolutions des besoins de la société. Avant, le design avait des fins utiles concrètes, mais petit à petit, est venu s’ajouter une recherche de sensation. Aujourd’hui les gens, ne se limitent plus à un besoin strictement matériel.

Comment votre travail a t-il été influencé par cette histoire ?
Après la levée de la loi martiale en 1987, Taïwan s’est libéré sur le plan politique, culturel et social. De nombreux courants stylistiques ont émergé et certains artistes ont recherché des éléments typiquement taïwanais à travers le cinéma. Le designer graphique taïwanais Liu Kai par exemple, mêlait des caractéristiques culturelles de Taïwan et le design contemporain. Tout ceci m’a beaucoup influencé.

Votre expérience de 7 ans à New York a-t-elle influencé votre pratique ?
Cette expérience a beaucoup influencé mon travail et ma vie. Il existe de grandes différences entre la culture taïwanaise et la culture américaine. Je plaisante souvent en disant que si vous êtes un bon designer à New-York c’est que l’environnement vous y oblige, tandis qu’à Taïwan cela ne dépend que de votre propre exigence. Les différences culturelles dans le travail sont donc très marquées d’autant plus que la définition de ce qu’est un bon design diffère entre le designer et le client. À New-York, l’environnement général fait que l’exigence des designers face à leurs créations augmente sans cesse. Lorsqu’ils travaillent dans une agence, ils adaptent leurs créations en fonction des exigences de l’environnement. Cette culture impose des attitudes très strictes dans le travail de création. La culture américaine est plus pragmatique. Une fois rentré à Taïwan, au début, j’avais encore une façon très new-yorkaise de travailler.

Votre portfolio est riche de travaux variés, y’a t-il une esthétique, une approche ou une discipline graphique dans laquelle vous vous sentez spécialisé ?
Ce que je comprends par style ne se limite pas simplement à l’aspect visuel. Le style, c’est un peu comme le tempérament ou la nature chez les gens. Pour certaines personnes, connaître quelqu’un signifie le connaître à travers son apparence physique, mais reconnaître l’apparence, c’est aussi voir la nature de la personne et non pas se focaliser sur l’extérieur. En tant que professeur de design à l’université, la pratique et l’expérience m’ont permis de faire des créations. Les deux grands axes de recherche que j’étudie actuellement sont la création participative et le système de grille international suisse de construction des formes et polices de caractères. C’est avec un grand intérêt que je dirige mes étudiants dans ces deux grands axes d’études à des fins de conception pratique et d’acquisition d’expérience.


Affiche pour la 16e édition du festival Scopitone. Cette création originale ainsi qu’une large sélection d’oeuvres de l’artiste sont à découvrir dans l’exposition que Stereolux consacre à Ken-Tsai Lee, du 1er juillet au 15 décembre

Quels sont selon vous les grands enjeux pour le design graphique dans les années à venir ?

Aujourd’hui, les critères d’entrée dans le monde du design sont de moins en moins sélectifs, car tout le monde peut créer avec un ordinateur. De plus, Internet et le numérique sont tellement puissants que l’impression traditionnelle n’a presque plus sa place. L’enjeux consiste aujourd’hui à travailler en collaboration avec d’autres secteurs d’activités, élargir les possibilités de travail dans différents domaines d’action du design graphique.

Les enjeux portés par les nouvelles technologies comme le design graphique multimédia, les réseaux sociaux internationaux, l’interaction médiatique, ont fait évoluer le design graphique. Aujourd’hui ce n’est plus simplement un graphique ou un dessin sur une feuille de papier, il peut être animé en image ou en vidéo. Là sont les enjeux auxquels devront faire face les jeunes générations de designers.

Par Charles Loyer

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