Alice Des, le trait féministe

crédit photo : Marine Lazarus

étapes et gràffica tirent les portraits de créatifs de la scène espagnole ou française. À Nantes et Strasbourg, et avant de repartir en province, étapes: s’arrête à Paris.

Alice Des s’engage. Autant pour les illustrateurs qu’elle représente que pour le combat féministe qui lui parait plus qu’important. Beaucoup (re)découvrent son trait coloré à travers la websérie Clit Révolution.

Adieu aux tabous ! Avec Clit-Révolution, websérie lancée sur france.tv le 8 mars dernier, journée internationale des droits des femmes, Sarah Constantin et Elvire Duvelle-Charles entrent dans le vif du sujet. Et quel sujet ?! Celui de la sexualité féminine. Face caméra ou caméra au poing, les deux activistes féministes questionnent la nudité sur les réseaux sociaux, la censure, le rapport au corps, les pratiques sexuelles. Elles interrogent le grand public, des professionnels. … tout est décrypté sur le même ton léger des conversations qui refont le monde. Entre images filmées et images d’archives, des animations d’Alice Des viennent illustrer certains propos et informations.

« Mes projets sont orientés vers le féminisme… et çà me plait  » souligne la jeune illustratrice. « Au moins les marques macho ne viendront pas me voir » rit-elle.

Osez le Féminisme

Quelques mois auparavant, elle avait réalisé la carte de voeux du collectif Osez Le Féminisme et des visuels pour les campagnes de l’association. Avec des couleurs contrastées, les femmes esquissées par Alice, volontaires et plurielles, représentent les vraies femmes.

Le chocolat des Français x Alice Des

Si elle a mis du temps à trouver son identité graphique, Alice a compris que certains éléments reviennent souvent dans son dessin : la ligne, des personnages féminins, des courbes… Elle teste, elle opte parfois pour la sculpture ou la gravure, répondant à un directeur artistique rencontré lorsqu’elle travaillait en agence (Shiva Communication et Carré Noir en 2013/2014) qui lui conseilla de « trouver un style ».

Alice explique : « Je suis rentrée dans l’illustration par le manga puis la bande dessinée. Je cherchais… J’avais une manie de tout partager notamment sur les réseaux sociaux. J’ai un reciblé mes projets et étoffé mon Instagram, lorsque j’ai remarqué le professionnalisme des gens que je représente. »

En effet, depuis 4 ans, Alice travaille pour la Suite. Créée en 2013 par Morgane Le François, l’agence fait la transition entre des illustrateurs et d’éventuels clients (acheteurs d’arts, agence de communication). Entre prospection et développement de projets, l’agence gère actuellement la carrière de 25 dessinateurs et cherche aussi à dénicher de nouveaux talents. « On les repère sur Instagram, dans la presse, sur les médias. »-renseigne Alice. « Ensuite, on propose des profils aux clients qui ont, en général, une idée du style visuel qu’ils aimeraient bien avoir ».

« J’adore mes illustrateurs et j’aime les voir travailler sur de beaux projets. »

Elle négocie les contrats, accompagne les projets, et se fait ainsi la voix d’illustrateurs qui se sentent parfois moins à l’aise pour tout les aspects administratifs ou promotionnels quant à leur travail.

Depuis son arrivée à la Suite, et alors qu’elle s’est toujours intéressée à l’illustration, Alice partage le constat d’une recrudescence : « On adopte peut-être le mode anglo-saxon qui laisse plus de place à l’illustration. Les clients et le public sont plus familiarisés. Une série de dessins reste potentiellement plus facile à produire qu’un shooting photo qui nécessite de la pré-prod et de la post-prod. Toutefois, cela me parait difficile d’en vivre à temps plein. Nombres d’illustrateurs ont une activité à coté, en tant que graphiste ou directeur artistique. »

Aujourd’hui, Alice choisit de consacrer plus de place professionnellement à son activité d’illustratrice. Jusqu’alors, elle menait celle-ci à travers quelques commandes et de nombreux travaux personnels. Mais elle a désormais réduit son activité d’agent à la Suite pour se lancer en parallèle en tant que freelance. Tout en faisant le distinguo « Je continuerai de représenter les illustrateurs tout en menant mes propres projets. C’est deux choses différentes. La tentation a pu se faire lorsqu’une fois une marque cherchait un profil particulier et que personne de l’agence ne correspondait… sauf moi ! Mais ce n’est pas mon rôle ici. »précise-t’elle.

Toutefois, elle reconnait avoir beaucoup appris au cours de cette expérience, notamment quant à la façon de se présenter. « Je travaille actuellement mon portfolio et mes statuts entreprenariaux, et je me lance ! » commente-t’elle, plus motivée que jamais.

Pins Toucan

Si, adolescente, elle a pensé tôt à s’orienter vers des études créatives, elle a finalement choisi Sciences Po, ses parents lui proposant d’opter premièrement pour des études plus générales « et j’ai adoré ! » complète-t’elle. Au sein de l’école parisienne, elle s’investit dans le Bureau des Arts en suivant des cours facultatifs : sculptures dessin, écriture créative et bande dessinée. Sa créativité est un va-et-vient constant : « Parfois je retrouve et complète un dessin, deux mois après l’avoir laissé au hasard sur un coin de table. J’esquisse toujours sur des carnets et note des idées sur mon téléphone. J’ai souvent des flashs avant de dormir. »

Gravure

Dans cette logique et plutôt à pic, les idées ne manquent pas : « un roman graphique ou un mural serait génial ! J’aime aussi éditer des objets avec mes illustrations. Je travaille sur des illustrations pour le magazine de Gang de Biches, et prépare une série sur les motels. Pourquoi pas faire de nouvelles choses avec le collectif d’illustrateurs Jungle, créé à l’occasion des dernières Puces de l’illu ? » Talent à suivre ? Gardons l’œil ouvert !


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