Avec Armando Veve, le pointillé intensif s’illustre dans la presse

Armé de sa jeunesse et de son talent, l’illustrateur Armando Veve s’est lancé dans le grand bain en 2011. Depuis ses débuts professionnels, son parcours ne cesse de s’enrichir entre commande pour la presse et projets personnels. Aujourd’hui, ll accepte de partager avec nous son expérience.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je sui né dans le Massachussetts en 1989, puis j’ai grandi dans le Vermont. J’ai étudié l’illustration et les beaux arts à la Rhode Island School of Design et j’ai bougé à Philadelphie en 2011 pour lancer mon studio.

Comment avez-vous commencer en Freelance ? Quel a été votre premier client et comment est-il venu à vous ?
À la RISD j’ai découvert l’art de l’illustration de presse et magazine à travers le cours d’illustration éditoriale de Chris Buzelli. Dans ce cours Chris m’a équipé des compétences pour me lancer dans une carrière d’illustrateur de presse. À cette époque, je ne prenais pas au sérieux cette voie. Poursuivre ce type de travail ne semblait pas pertinent avec mes choix d’orientation du départ. Mon travail allait dans toutes les directions. J’étais bon dans l’expérimentation de beaucoup de styles différents, mais j’éprouvais du mal à trouver le mien. Après mon diplôme, j’étais un peu confus. Je voulais tout faire, mais je ne savais pas vraiment par où commencer.

Un ami généreux qui travaillait comme illustrateur depuis quelques années m’a alors donné 5 emails pour contacter les directeurs artistiques du New York Times. Ça m’a pris beaucoup de temps, pour me sentir en confiance et contacter ces DA. Avant cela, j’ai essuyé beaucoup de rejets, à la fois dans mes recherches d’emploi que pour les projets free-lance. En désespoir de cause, j’ai envoyé un court message à ces 5 directeurs artistiques, avec un aperçu de mon travail. Je n’avais rien à perdre. À cette période, Je dessinais beaucoup et finalement, je commençais à développer ma propre expression visuelle.

À ma grande surprise, un des directeurs artistiques m’a contacté tout de suite en me disant qu’elle ferait appel à moi, si elle trouvait quelque chose adaptée à mon style. 8 mois sont passés sans avoir de nouvelles, puis, j’ai reçu un mail de la même directrice artistique me demandant si j’étais disponible pour illustrer un article à paraître dans le journal du dimanche. J’ai accepté et jonglé avec mon job à temps partiel pour finir l’image en deux jours. Le dimanche ma première commande était publiée dans le The New York Times Sunday Review. La sensation provoquée par cette publication est tout de suite devenue additive. Dès ce moment, un autre directeur artistique d’une autre publication m’a contacté pour une autre parution. C’est là que les commandes ont commencé à s’enchainer.

Comment décris tu ton travail ?
Je m’inspire d’images collectées pour établir les ébauches d’un nouveau boulot. J’utilise le dessin pour poser cette ébauche et déstabiliser ces artefacts historiques ou contemporains avec soin et humour. Mes références regroupent les gravures des Maniéristes du Nord, les diagrammes anatomiques, la cartographie, les modèles architecturaux, l’illustration botanique, le design postmoderne, la science fiction, les objets surréels ou encore les meubles et objets décoratifs Rococo.
Je rends ces objets artificiels au travers de pointillés intensifs, de l’hyperréalisme et l’utilisation de monochrome. Souvent je recycle l’imagerie des dessins en leur donnant une nouvelle forme. Ces images récurrentes comprennent des hommes bulbeux, des ballons de basket, des oiseaux ou encore des luminaire.
Ma pratique est un cycle constant d’absorption suivie de régurgitation. Je lis, je collecte des images et filtre ces références à travers le dessin. J’utilise aussi du collage quand je construis de nouvelles compositions. Cela me sert à fusionner les différentes idées. L’expérimentation stylistique me permet de chercher des stratégies, qui, pour moi, marchent. Certaines choses que je garde et que j’intègre dans ma pratique, d’autre que je rejette. Mon travail continue à évoluer et à chaque nouveau projet, j’apprends encore.

Qu’est ce que tu préfères le plus dans l’illustration ?
Dans mon travail éditorial, je suis fasciné par beaucoup d’aspect du processus de création : les absurdes délais de création, la nature collaborative des projets avec l’intégration du texte, la vision du directeur artistique, l’imprévisibilité du contenu, et l’impressionnante capacité des médias print à toucher une si large et diverse audience si rapidement. J’espère pouvoir explorer d’autres facettes de l’illustration particulièrement dans l’édition.

Pourquoi utilisez-vous des techniques manuelles ?
J’utilise beaucoup de process pour construire mes images. D’habitude je finis mon travail au graphite. J’aime la précision et l’honnêteté du tracé du dessin. Travailler avec cet outil est donc naturel pour moi. Parfois, j’utilise des stylos techniques, mais je suis vite inhibé par la lenteur du processus. Même si j’aime la qualité des dessins au stylo, je suis frustré par le peu que je produis. Le Graphite m’autorise a travaillé plus vite, avec le même quota de précision et de nuance. Quant aux aux outils digitaux, je n’y suis pas opposé. Je les utilise toujours pour m’aider à élaborer mes nouvelles compositions, mais je trouve que quand j’utilise l’ordinateur, j’utilise une autre partie du cerveau moins créative.

Est-ce important pour vous de continuer les projets personnels ?
Je ne peux pas survivre artistiquement avec seulement la partie commerciale. Les travaux personnels sont mon essence et permettent de me garder intéréssé. Récemment, j’ai effectué une résidence artistique au Vermont Studio Center à Johnson, où j’ai pu, pendant un mois et sans interruption, travailler sur mes projets à long terme. Cette expérience me rappelle l’importance, parfois, de ralentir le rythme, d’écouter ses envies et explorer de nouvelles directions.

As-tu des conseils pour les jeunes illustrateurs qui se lancent aujourd’hui ? 
Je pense que le plus important est de toujours se rappeler que l’on aime ce que l’on fait. Il faut que le travail produit provoque de l’enthousiasme. Sinon il faut changer son approche, explorer de nouvelles techniques, de nouveaux contenus. Il faut trouver la bonne direction pour préserver l’intérêt pour sa pratique, sinon, elle ne peut pas être durable. Parfois, il faut aussi faire des breaks, aller se promener, parler à d’autres artistes, écrire. Tout ce que l’on fait nourrit le travail créatif.
Au début, je n’osais pas approcher les clients, parce que je pensais qu’on allait me demander des choses inintéressantes. En fait, c’est l’inverse qui s’est produit. Quand on fait ce que l’on aime, ça se voit, et le client t’engage pour ça.

Bien sur, c’est important d’avoir des compétences pour faire du business : être sympa, communiquer clairement, respecter les deadlines. Il ne faut pas être effrayé et si on a des blocages, des questions, il faut aller voir le directeur artistique. Ils veulent comme toi que l’illustration finale soit la meilleure possible.
Enfin il faut être un minimum ambitieux, s’écouter, et arrêter de porter son attention seulement sur ce qui est populaire.
 

Quels sont tes objectifs ?
J’ai très envie d’écrire et illustrer moon propre liver d’images. Ça serait d’investir l’espace d’un livre avec mon propre contenu. J’aime cette intimité du livre. En ce moment je travaille aussi sur une collaboration avec un sculpteur de céramique sur une série d’objets fonctionnels. Je suis toujours ouvert pour explorer de nouvelles choses.

http://armandoveve.com

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