Avec Cercle, le graphisme ne tourne pas en rond

À la fois magazine et studio, Cercle s’impose depuis quelques années sur la scène strasbourgeoise, entre communication visuelle et rédactionnelle. Marlène Astrié, Maxime Pintadu et Marie Secher ont transformé leur regard curieux sur le monde en un projet solide et fédérateur, fait de rencontres et d’échanges.

Forêt, science-fiction, insectes, costumes, océans, rêves ; depuis 2013 et chaque année, Cercle magazine décrypte un thème en l’abordant sous toutes les coutures : d’un point de vue littéraire, visuel, mais aussi professionnel, scientifique, ou encore artistique. Les mots d’ordres ? Curiosité, légèreté, et exigence. Le 6ème numéro, sorti cette année, s’intéressait à l’univers des rêves.

Si la réflexion du projet a débuté en 2011, pour une première parution en avril 2013, il est rapidement apparu à ses créateurs l’évidence que sa poursuite ne pouvait se faire sans l’émergence d’un studio. Et c’est ainsi qu’en 2014, est né Cercle Studio. Le trio explique : « pour l’instant, le magazine est une association, et le studio un collectif, mais nous allons probablement bientôt tout rassembler. »


Premier numéro (#1) de Cercle Magazine, publication annuelle et thématique. ©CercleStudio

Les trois amis se sont rencontrés au cours de leurs études à Chaumont, en BTS au lycée Charles de Gaulle, avant de s’éparpiller. Maxime est parti au Luxembourg, où il a travaillé pendant 7 ans à Maison Moderne (la première entreprise média indépendante du pays) et a fini par rejoindre les filles à Strasbourg, pour créer le magazine.

« Au départ, on avait chacun notre activité à côté, et on a lancé la réflexion du projet. Le temps d’aborder les questions de diffusion, de communication, et de lancement, on était déjà en 2013. Mais c’était comme une boucle, plus on se renseignait, plus on avançait… » Le graphisme était, à ce moment, plus une tâche en arrière-plan, et le magazine a servi de moyen de transformer ce travail de design annexe en projet concret de studio : les gens intéressés par le magazine se sont tournés vers eux. Marie souligne : « en fait, la pratique graphique nourrit le magazine, et inversement, c’est un échange constant. »


Lunettes Sable, collaboration entre Cercle Magazine et la marque Clément Lunetier. Conception et direction artistique : ©CercleStudio, photographies : ©Simon Pages

Le magazine est un moyen de s’offrir plus de liberté, de s’affranchir de la commande, inévitable en graphisme : « on profite du magazine pour partager et questionner différemment de ce que l’on propose aux clients » raconte Maxime. Marlène se rappelle : « quand on est designer graphique, on doit rentrer dans la logique du commanditaire, et respecter ses choix. On a eu envie de développer notre propre logique et de pousser plus loin notre recherche. »

Cercle magazine fonctionne sur une base simple : une thématique est interrogée à travers différents prismes qui correspondent aux rubriques. « On aime montrer les travaux réalisés par des gens sur un thème donné, rencontrer des artistes, des interlocuteurs de tous horizons, des gens passionnés. » explique Marie. Ce à quoi ajoute Maxime : « nous ne sommes pas des journalistes. Ce que l’on cherche, en interview, c’est à faire parler les gens pour lesquels le sujet est une vraie passion. » D’un côté plus formel, ils font appel à un typographe différent pour chaque numéro, en fonction du thème, qui pour les premiers numéros se sont imposés comme des évidences : « on a quand même tendance inconsciemment à revenir souvent vers des thématiques qui ont un lien avec la nature ».


Rencontres de l’illustration : Conception et direction artistique de la communication et du programme pour les années2016, 2017, 2018 : © CercleStudioEn partenariat avec les Médiathèques et Musées de la ville de Strasbourg, la Haute école des arts du Rhin et Central Vapeur.

La réalisation du numéro se fait au long cours, sur un an : après le choix du thème, simple mot, partant d’un déclic qu’ils ont pu avoir en échangeant sur des sujets. Vient ensuite la phase de recherche, et de sélection de contenu, la plus longue et laborieuse : « nous partons du niveau zéro, et l’objectif est de faire de nombreuses découvertes et rencontres, on est vraiment dans un état d’esprit de curiosité pure. » En septembre, ils débutent les rencontres et les interviews. Parfois l’équipe doit donc gérer plusieurs fronts : le studio, la conception, la promotion et la diffusion du magazine. Mais cette mécanique commence à être rodée, et ils ont appris à travailler chacun de la même manière, afin de pouvoir jongler, se repasser la balle et redistribuer les tâches.


Schiltigheim Culture : Conception et direction artistique de la communication et des programmes pour les années 2014, 2015, 2016, 2017, 2018 : ©CercleStudio

Aucun d’eux n’est originaire de Strasbourg, ils commencent à s’y sentir chez eux, les filles y vivent depuis une dizaine d’années : « culturellement, il y a beaucoup d’évènements ici » évalue Marlène. Marie surenchérit : « En 10 ans, on découvre toujours des choses, des initiatives, il y a beaucoup d’illustration et d’art contemporain. » Maxime ajoute : « Il y a aussi le fait qu’on soit proches de la frontière, c’est un mélange de langues et de cultures, qui se rencontrent assez vite, l’Allemagne, la Suisse, et on est très libres de se déplacer aussi. » Il décrivent un environnement plutôt bienveillant : « les studios se surveillent un peu, pour voir les avancées, il y a beaucoup d’échanges entre tous. C’est un véritable vivier, avec toutes les écoles d’arts graphiques, Strasbourg est très axé illustration. »

Le jeune trio n’a effectivement pas éprouvé de difficulté à s’implanter : « le magazine a parlé pour nous, et nous a permis de rapidement rencontrer les acteurs du graphisme, de voir aussi des démarches qui empruntent aux cultures suisse, allemande, et française. » En outre, depuis plus de 5 ans, ils font partie de l’association Central Vapeur (déjà évoquée par Amélie Patin) : « ça amène une dynamique sur l’illustration, mais ça ouvre aussi à des pratiques parallèles, il y a un vrai travail de fond pour aider les jeunes diplômés, un accompagnement pour se lancer. »


Conception et direction artistique de la communication du Shadok pour l’année 2018/2019. Lieu de valorisation de la culture numérique. ©CercleStudio

En terme de supports, ils privilégient le papier : « nous faisons de tout : portfolios, identité visuelle, logos, illustrations, affiches, signalétique, mais nous sommes passionnés par l’édition. On travaille globalement pour des structures culturelles mais ce n’est pas forcément voulu, c’est plus une question d’opportunités. Nous ne sommes pas fermés, on aime bien aussi avoir des projets plus institutionnels, pour pouvoir jouer des contraintes imposées par certains cadres. »

Pour trouver des clients et des contrats, c’est moitié-moitié : « Spontanément, grâce au magazine, des gens font appel à nous, et sinon, nous faisons un travail permanent de prospection, on répond également à des appels d’offres. » À trois, ils se partagent les tâches, ce qui leur permet d’être en alerte en permanence. Ainsi, ils alternent entre les partenariats longs, quelques fils rouges, des temps forts sur lesquels ils peuvent voir une évolution de leur travail, ponctués par des projets plus courts. Maxime résume : « Grâce à ces projets sur le long terme, récurrents, on peut pousser plus loin la réflexion, se remettre en question et proposer plus de choses, rester dans une continuité par rapport aux problématiques et les faire évoluer, c’est passionnant. »


Conception et direction artistique du journal Le Design au Musée. ©CercleStudio. Projet à l’initiative du Parc des Vosges du Nord avec le concours de la designer Sonia Verguet et de l’architecte Estelle Fort.

En parallèle, ils font aussi de la recherche, en collaborant avec d’autres artistes, sérigraphes, céramistes… Toujours dans la même démarche de curiosité, donc, comme le résume simplement Marie : « «Nous sommes beaucoup dans l’échange et le partage. Nous entamons la 7ème année du magazine, et il s’affine de plus en plus. On se plait à produire d’autres choses, pour sortir de nos habitudes, et expérimenter graphiquement. » S’ils sont trois, ils s’entourent souvent d’autres personnes. Ils n’hésitent pas à faire appel à leur réseau en fonction des projets, et essayer de se rapprocher d’indépendants pour rester dans une démarche collaborative.

Entre les différents programmes culturels, les affiches et les catalogues et livres qu’ils réalisent, CercleStudio travaille pour Le Shadok, « Fabrique du numérique ». « Il y a beaucoup de choses à mettre en place avec cette structure, axée sur les cultures numériques, ils sont très ouverts quant à nos propositions. On échange, on réfléchit ensemble comment le design peut nourrir leur stratégie en terme de positionnement notamment. Il y a beaucoup de partenaires et d’interlocuteurs, il faut donc penser une communication pour un public très éclectique. Pour les prochains mois ? « Un projet de livre d’artiste aussi, et le musée Lalique. Et bien sûr, déjà, le début du prochain magazine sur le thème des volcans, en arrière plan. »

Marie conclut : « Ce magazine nous permet vraiment de sortir complètement des champs qu’on avait appris à la base, de se laisser embarquer par les gens rencontrés, de faire du sur-mesure, il n’y a aucune interdiction. Ainsi, il n’y a jamais de routine, et ça nourrit les projets. »

Rendez-vous sur leur site, pour jeter un œil au dernier numéro, sur le thème du rêve, et dont la maquette a été réadaptée, avec un système revu : https://bit.ly/2zyvYP5


Par Lisa Darrault
à lire en espagnol sur gràffica

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