Benoît Bodhuin, expérimentateur de caractère(s)

À Nantes, arrêt au BB-Bureau, studio de Benoît Bodhuin (a leer también en español en gràffica). Il a étudié les mathématiques, le graphisme, et évolue maintenant en tant que designer indépendant, conjuguant avec équilibre les commandes, les travaux personnels et l’enseignement. Il adopte une attitude franche quant à la création typographique : l’expérimentation sans conformisme.

SL, 2006
Après des études de mathématiques, Benoît Bodhuin, avait une crainte : s’ennuyer. Point de projection dans la discipline, autant prendre un autre chemin : ce sera celui du graphisme, en intégrant l’école Saint-Luc à Tournai. Bien qu’il n’ait pas de cours de dessin de caractères, l’étudiant fait ses premières esquisses de caractères de titrage, encouragés par ses professeurs. Son projet de diplôme sera largement branché typo et quelques années plus tard, l’école reviendra vers lui pour une plaquette. Reprenant les diagonales du logo de celle-ci, la police SL voit le jour pour l’occasion.


Marianne, 2011
Marianne s’érige en emblème de la démarche de Benoît Bodhuin. En effet, elle naît du jeu, de l’expérience autour du dessin des lettres et de la manière qu’ont les polices de souligner les textes. Ses traits doubles et francs sont tels des traits de marqueurs ou un marquage au Scotch®. Pour le programme 2012 de pratique artistique de Tourcoing, elle est retravaillée et complétée.


Kiblind, 2015
Pour la revue d’arts visuels et d’illustration Kiblind, le nantais dessine une police éponyme. Dans cette linéale, une courbe va soudainement devenir rectangulaire, une montante va se pencher… Capitales ou bas de casse possèdent leurs alternatives pour rythmer la lecture.


La création typographique est un dialogue entre le logiciel et la main. Informellement, « sur des bouts de papiers qui trainent », il arrive à Benoît Bodhuin de « chercher une forme, une intention, quelques lettres ». Dans un même temps, jouer avec les hauteurs d’x, les chasses et les différents paramètres des logiciels de création typographique (tels que Glyph) génère de nouvelles opportunités graphiques.

Elastik, 2017

Ainsi est née l’Elastik. Pensée au préalable pour un site web conçu en lien avec le graphiste Antonin Faurel, la police agrandit les points et les accents, jusqu’aux extrêmes. Les chasses et les hauteurs d’x sont adaptées pour garder en cohérence optique. Une typographie en 4 versions à confronter pour ponctuer les écrits.


BB font, en cours
La bb-font s’affirme comme un projet au long cours. Elle hérite en quelque sorte de la Antique Olive (Excoffon). Elle est née d’essais quant aux paramètres du logiciel au moment de varier les corps. Son premier style (bb-book text) suit l’idée maîtresse de la Kiblind : les corrections optiques sont modifiées voire inversées. L’ensemble de la famille se joue des postulats graphiques. Par exemple, la bb-book b rejette les gras des pleins et des hampes sur les déliés (les zones les plus épaisses des lettres étaient originellement définies par les tracés calligraphiques puis les caractères en plomb).


« La typo ? Cela n’intéresse sans doute pas grand monde. » Mais par quelques mots de plus, Benoît Bodhuin explique « sans doute les gens sont -consciemment ou non- réceptifs à l’impression que peut donner telle ou telle police de caractère. » Les graphistes, eux, y sont forcément confrontés. Le choix d’une bonne police « donne une valeur ajoutée à un projet ».

Selon le designer, en France, être dessinateur de caractères est un métier de niche qui offre une certaine liberté. Évidemment, comme pour tout créatif, le réseau est un aspect important du métier. Sans forcément dessiner des alphabets complets, il est fréquent que les graphistes dessinent quelques lettres pour des logos ou construisent leurs affiches autour de caractères précis. Professeur, Benoit Bodhuin a noté le même intérêt chez ses étudiants. « Les caractères apparaissent comme une matière créative. » Officiant dans deux écoles à Nantes, il développe des projets avec ses étudiants plutôt que parfois avec d’autres typographes (dont nombreux sont ceux basés sur Paris) avec lesquels il échange à l’occasion.


Catalogue des polices éditées par BB-Bureau.

Nantes ? « Une assez belle ville à taille humaine, dynamique culturellement ». À en croire le typographe, s’il semble y avoir peu de studios, les créatifs nantais sont intéressants, avec une variété de profils (il cite Antonin Faurel, Super Terrain, Formes vives, Plus murs ou encore Nicolas Gautron). Le Voyage à Nantes (une manifestation culturelle estivale qui accueille la Cantine, un service de restauration à la bonne franquette) représente un marché intéressant pour les graphistes de la ville et permet, à travers une identité visuelle et une scénographie, de sensibiliser le public à la discipline. Par ailleurs, Nantes compte près de 15 écoles de design ou graphisme !

Alors, est ce que l’expérimentation est l’avenir de la typographie ? Par ses polices, Benoît Bodhuin injecte de l’expressivité dans les textes et les titrages.
Si certaines de ses créations typographiques naissent pour des projets graphiques spécifiques (une brochure, un site, un poster…), il apparait évident qu’elles sont considérées par d’autres comme autant de matériaux visuels, dont jaillissent autant de graphismes. En voici quelques exemples :


Elastik pour une affiche de Bráulio Amado


BB Font pour le calendrier 2018 de O Hezin


Zig-Zag pour une fresque murale à Auxerre, par Pam

écrit par Stéphanie Thiriet

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