C!Print : des solutions nouvelles d’impression adaptées aux besoins des designers

Sur le papier, aller passer deux jours dans un parc d’expositions au milieu d’une multitude de stands, de personnes et de machines, aurait pu nous faire reculer. Avec un programme alléchant et une volonté manifeste de s’adresser aux designers, le salon C!Print, organisé par 656 éditions, a su nous faire oublier nos a priori et nous convaincre d’aller explorer cette grande-messe de l’impression. Nous n’avons pas regretté.

Dès les premières minutes sur le salon, nous sommes plongés dans l’ambiance. Les longues travées d’Eurexpo sont en pleine effervescence, les premiers contacts se font entre visiteurs et exposants, les dispositifs des imprimeurs ronronnent et laissent déjà sentir l’odeur si particulière de l’encre. Certains découvrent avec enthousiasme, les autres se retrouvent dans la bonne humeur. Dehors, il commence à neiger, et si la météo anime quelques conversations, l’important se focalise sur les innovations en dedans. Le print est un monde qui s’adapte aux évolutions de la société, la technologie offre de nouveaux potentiels et affine ses mécanismes pour répondre à la fois aux besoins économiques et créatifs.

L’accent est mis sur la personnalisation


Un des enjeux de ces trois jours : mettre l’accent sur la personnalisation, explorer les possibilités offertes aux designers de concevoir des objets print uniques et évolutifs à petite comme à grande échelle. L’espace Plug&Play s’y consacre avec réussite. À travers l’agencement et l’habillage de pop-up, on y découvre différentes mises en scène qui sont autant de solutions proposées par des imprimeurs, leaders dans ce domaine. Décors muraux sur papier peint ou toile textile, mobilier personnalisé, effets de texture ou produits dérivés, ici toutes les composantes exposent subtilement le potentiel des techniques de personnalisation.

C’est à ce moment même que nous sommes tombés sur Julien Sappa, ex du studio lyonnais Trafik, désormais installé à Sao Paulo, d’où il pilote sa nouvelle structure Regular Switch. Depuis plusieurs années, il travaille en étroite collaboration avec le C!Print pour le développement de cet espace. Le projet, déployé entre 2011 et 2017, a plusieurs objectifs. Éduquer le marché par la mise en situation in-situ des innovations de l’impression digitale grand format (pop-up store, espace de restauration, agencement de bureaux et espaces de conférence). Connecter les fabricants et les imprimeurs avec les prescripteurs. Enfin, faire évoluer l’approche du visitorat du salon pour que la demande des prescripteurs (designers, architectes et agences de communication) stimulent l’offre des fournisseurs (imprimeurs, fabricants de machines et fournisseurs de matières vinyl, support rigide, carton structuré, etc). Avec cette brève introduction, nous avons vite compris que Julien Sappa avait beaucoup à nous apprendre sur cette expérience. Ni une, ni deux, nous lui avons posé deux trois questions.

Ton studio Regular Switch est installé à Sao Paulo, mais tu viens de Lyon, où se déroule le Salon C!Print. As-tu attendu d’être à l’autre bout de la Terre pour découvrir cet évènement. Comment a débuté votre collaboration ?

Avant de partir créer Regularswitch au Brésil en 2013, j’ai passé 14 ans à Lyon au sein de mon premier studio (Trafik). J’ai initié le projet Plug&Play, 2 ans avant mon départ. Ce projet était à cette époque encore conçu en tant que test. C’est à dire une expérimentation à petite échelle afin d’appréhender la valeur ajoutée de la créativité sur un marché de l’impression digitale encore totalement perçu par ses acteurs sous un angle industriel et technologique. Une manière d’avancer pas à pas pour valider le concept original imaginé par Guillaume Abou (directeur du Salon C!Print).

À mon départ pour le Brésil juste après la livraison du projet en février 2013, Guillaume Abou me fait part de sa volonté de passer à une nouvelle étape “plus importante” dans le déploiement du concept. D’une surface de 100m2 nous sommes passés à presque 1000m2 de démonstrations conceptualisées et expliquées d’une manière totalement didactique pour les visiteurs puisque mis en scène dans leur environnement d’application.

J’ai conçu cet espace de près de 1000m2 et son design depuis le Brésil avec l’apport de bonnes méthodes de travail collaboratif et mes propositions d’idées et de concepts. Le cahier des charges se construisant au fur et à mesure de l’avancé du projet. La conception a duré 8 mois. Nous avions en mains les conclusions des 2 années passées en test et une grande feuille blanche.

Au fil des années tu as développé plusieurs expériences pour le salon. Comment surprendre sur ce type d’évènements et comment faire le lien entre les industriels et les designers ?

Notre objectif – et défi – fut de créer le point de rencontre privilégié entre industriels (constructeurs des machines tels que HP, Roland, Mimaki, Mutoh, Canon, Agfa), leur clients (imprimeurs) et les prescripteurs (designers, architectes, agences de communication), ceux-ci étant quasiment absents du salon à l’époque.

« Nous sommes arrivés naturellement à créer une sorte de monstruosité visuelle et scénographique, une chimère qui a dû bousculer les visiteurs dans un premier temps avant de l’attirer. »

Notre travail a consisté à créer un espace qui dans son déploiement puisse parler à la fois de décoration intérieure, de personnalisation, de signalétique, de communication à petite et très grande échelle.
De par la nature de ce briefing et grâce à la qualité des innovations technologiques mises à notre disposition, je pense que nous sommes arrivés naturellement à créer une sorte de monstruosité visuelle et scénographique, une chimère qui a dû bousculer les visiteurs dans un premier temps avant de l’attirer. Chose qui s’est confirmée par la suite avec l’apparition et l’augmentation du visitorat “prescripteur” à chacune des éditions. Aujourd’hui, le concept même du projet à été “assimilé” par les acteurs du marché qui ont transformé leur stratégie ainsi que leur stand. Là où les machines avaient le premier rôle il y a 5 ans, des minis Plug&Play apparaissent aujourd’hui un peu partout à l’initiative des acteurs du marché pour mettre en avant les applications résultant des innovations et solutions des fabricants. Le message est passé en quelque sorte puisque ce sont les fabricants eux-mêmes qui reproduisent le concept Plug&Play sur leurs stands.

Je pense que c’est la contextualisation des solutions dans des espaces proches de la réalité qui a contribué à la lecture et au succès du projet.



L’espace Plug&Play en 2015

Quels sont les principaux éléments de ce dispositif ?

Nous avons créé une maison entièrement imprimée et personnalisable. Ouverte comme une maison de poupée.

Par la suite, cette maison s’est transformée en concept store lui aussi entièrement imprimé et où nous présentions les solutions d’objets imprimés et personnalisés avec la même charte graphique que le lieu lui même. Cela a tellement bien fonctionné que les visiteurs nous demandaient le prix des objets pour les acheter alors que nous les offrions comme des échantillons.

Un bar utilisé comme tel au milieu de l’espace Plug&Play. Cela nous permettait de montrer et mettre à l’épreuve des matières et solutions dans le contexte d’une utilisation publique avec les fonctions qui lui sont propres (matière anti-microbienne, anti feu M1, niveau de résistance des adhésifs et laminations adaptées à l’usage…).

Un espace conférence entièrement “brandé” à l’identité d’un événement.

Des supports de communication grand format ainsi que la propre signalétique du projet.

À noter en 2015, le déploiement du salon à Madrid où nous avons fait intervenir un designer d’intérieur pour nous accompagner dans l’agencement d’espace et affiner notre approche des codes visuels de cette profession.

Quel était ton regard sur le monde de l’impression avant de commencer cette collaboration ?

L’industrie et les processus de fabrication me fascinent depuis toujours.
Pour faire un parallèle avec le digital (qui représente 50% de mon activité depuis 2000), j’ai toujours considéré un programmeur et le processus même de programmation comme un process créatif en soi, une source d’idées et de concepts qui nous amène au résultat final. Ma vie professionnelle m’a amené à rencontrer de nombreux industriels ou marques dont il a fallu que je comprenne les process de fabrication avant de pouvoir créer “par-dessus”. Il est devenu pour moi une habitude de penser en premier aux techniques et process qui seront mis en œuvre pour créer ou avoir des débuts d’idées. Notre profession ne peut se contenter (à mon sens) de visions créatives “flottant” dans l’absolu. Le process est source de création.

« Il m’a fallu assimiler les nouvelles innovations du marché pour imaginer la manière de les présenter, les mélanger à d’autres et les contextualiser. »

En ce sens ce fut particulièrement enthousiasmant lorsque pour chaque édition de Plug&Play, il m’a fallu assimiler les nouvelles innovations du marché pour imaginer la manière de les présenter, les mélanger à d’autres et les contextualiser. Un apprentissage riche qui bien entendu a aussi nourri nombre de mes autres projets développés en parallèle pour d’autres clients. Plug&Play nous a permis d’apprendre sans discontinuité, tout en créant – une vraie chance !


L’espace Plug&Play en 2017

Que retiens-tu de cette expérience, qui nourrit ton travail aujourd’hui ?

Ce projet nous a permis de développer une réflexion autour d’un concept que nous avons nommé au sein de Regularswitch : “Architecture Graphique”. Il s’agit d’appréhender certains de nos projets avec une vision transversale qui nous permet de créer des réponses qui allient dans le même concept créatif : Branding / Espace / Digital. À notre initiative, ce concept fait l’objet aujourd’hui de workshop dans les écoles d’art de São Paulo comme l’Instituto Europeo de Design (IED). Cela nourrit bien entendu notre approche des briefings clients et oriente nos réponses créatives comme nos méthodologies projets. De plus, l’ancien directeur de production de Plug&Play – Jérôme Bourgeois – s’est pris au jeu et a rejoint RegularSwitch en 2017 pour créer nos bureaux à Lyon. Son expertise vient consolider notre savoir faire graphique appliqué aux volumes.

Peux-tu nous parler d’un exemple concret ?

Nous travaillons sur la direction artistique de marques de luxe. Un des défis fut de déployer un concept de vitrines dont les changements de design devaient être synchronisés à l’échelle mondiale et ceci à plusieurs reprises durant l’année, le tout produit en un seul endroit. Grâce à notre expérience avec Plug&Play nous avons pu proposer des solutions émergentes pour créer un concept flexible de haute qualité tout en apportant une réponse économique.

Tous les enjeux de la personnalisation saisis, nous avons continué à arpenter le salon, pour encore de nombreuses découvertes que nous vous partagerons dans un article à venir prochainement…

Par Charles Loyer

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