CCC comme Clap Clap Club

Au 22 rue Muller, dans le 18e arrondissement de Paris, se trouve le 22ruemuller. Une évidence teinté d’ironie que l’on retrouve dans le travail de deux de leurs occupants : le groupe CCC. Le studio de graphisme, fondé dès leurs études par Alice Gavin & Valentin Bigel, a des allures singulières pour un duo qui privilégie le travail engagé. Le jeune studio a signé la communication du club parisien Salò Club, travaille régulièrement pour la maison d’édition Jean Boîte ou des institutions publiques (ESAA Duperré, Palais de Tokyo). Focus sur quelques vérités de graphistes.

Site: http://groupeccc.com/

Facebook: groupe CCC

Instagram : @groupeccc

Comment est né le Groupe CCC ?

groupe CCC est l’évolution d’un projet étudiant que nous avions lancé lorsque nous étions aux Arts Décoratifs de Strasbourg.
Le projet était un site internet : www.clapclapclub.ch, hébergé en Suisse (nous trouvions la blague très drôle car nos projections en tant que jeunes designers graphiques à ce moment là étaient bien loin du design suisse !). Le site était une sorte de blog où, avec une dizaine d’amis, nous pouvions poster des images que nous produisions.

C’était un moyen de nous stimuler en dehors des demandes scolaires souvent frustrantes. Au bout d’un moment, nous nous sommes rendus comptes que nous n’étions que 2 membres vraiment actifs ; nous-même. En 2010, nous avons lancé notre studio : Clap Clap Club. Le nom « groupe CCC » est arrivé quelques années après quand nous avons commencé à avoir une pratique réflective sur nos méthodes de travail ; l’idée du groupe à géométrie variable nous semblait moins confidentiel que le club fermé et pour être honnête, Clap Clap Club nous posait certains problèmes de prononciations !

Quels liens votre collectif entretient-il avec le lieu 22ruemuller ?

Alice : Le 22RUEMULLER est arrivé quand nous avons emménagé dans notre atelier. L’organisation de l’espace présupposait ce projet car la pièce adjacente à la rue ressemble à une galerie et, à l’arrière, au bout d’un couloir-bibliothèque se trouve nos bureaux. Nous sommes trois amis à gérer cet espace, avec Louise Duneton, et 8 à y travailler.

Valentin : C’est en confiant un cycle d’exposition à Barbara Quintin et Éve Chabanon, en 2012, que le positionnement du 22RUEMULLER a commencé à se préciser. Aujourd’hui, après 76 événements, nous essayons toujours de re-définir cet espace avec ses invités : un espace de liberté dans l’idée d’un artist-run-space.

Ce type d’espace a-t-il re-définit la manière dont vous travailliez ?

Les pratiques sont diverses mais toute centrées sur l’art : graphisme, illustration, traduction spécialisée en art contemporain, photographie, bijou, édition (magazine), etc. Les questions autour de « la collaboration » et du travail en collectif ont été mises en lumière par notre activité avec le 22RM. C’est une notion assez centrale dans notre travail avec groupe CCC.

Comment l’attachement à ce lieu a-t-il permis de vous développer ?

Le 22RUEMULLER nous a permis de créer un contexte de rencontres qui manquait après l’école. La diversité des évènements et des invités a également étendu le prisme de notre curiosité. C’est assez inquantifiable. Disons que l’influence de ce lieu est très grande.

Vous avez découvert des passions insoupçonnées ?

Plutôt des gens passionnants.


Vous avez un parti-pris identifiable esthétiquement. Comment décrivez-vous votre approche graphique ?

A : Quand nous avons commencé nous nous étions promis de ne pas être identifiables graphiquement. C’était assez naïf mais je me reconnaît toujours dans cette dynamique de vouloir sortir de notre zone de confort autant que possible, et c’est pour cette raison que nous parasitons nos habitudes en créant des processus de création ou des outils qui pourront créer des accidents. Bien sûr on aime penser que c’est aléatoire mais c’est complètement contrôlé.

V : : Un mélange entre fonctionnalisme, esthétisme, et tentative de radicalité.

Comment surviennent ces accidents ?

N’importe quel outil peut créer des accidents, tant qu’il est détourné de son usage initial.


Quelles sont vos inspirations ?

En plus de l’univers artistique étendu, politique, sociologique ou philosophique, Internet est une source de questions infinie et constante.

Dans votre approche, la lettre est souvent déformée jusqu’à l’illisibilité. L’expression de la fameuse peur du vide ?

Dans le vide on peut mettre beaucoup de choses. Notre travail sur la déformation typographique est aussi une manière de singulariser le caractère. Les déformations amplifient les courbes ou les ruptures, créant de nouvelles tensions. Quant à l’illisibilité, on nous le reproche de temps à autre. Ce n’est pas que nous cherchions à jouer avec l’œil du spectateur, mais plutôt à titiller des habitudes de lecture. L’enjeux est d’arriver à allier les deux et de trouver le bon équilibre. Il n’y a pas de recette toute prête, mais juste des objets graphiques à fabriquer en n’oubliant pas que l’on produit des objets de communication.


L’éventail de vos clients est très large, mais dans le fond n’y a-t-il pas un certain engagement face aux marques pour lesquelles vous travaillez ?

V : Bien sûr nous sommes engagés dans les projets que nous menons. Nous employons de moins en moins les mots « clients », « marques », « commande » que nous remplaçons plutôt par « collaborateurs » ou « groupe de travail » plus en adéquation avec notre manière de concevoir le travail de design graphique.

« Groupe de travail » avec un client : des termes qui en ferait rêver plus d’un. Dans les faits, cela fonctionne ?

V : On a eu parfois l’impression que les commanditaires de certains projets nous demandaient en fait d’être l’extension technique de leurs idées via des logiciels de réalisation graphique qu’ils ne maîtrisent pas. Briser le rapport de client / prestataire en devenant un groupe de travail permet de construire un projet autour d’une idée et de redistribuer les rôles de chacun en augmentant la qualité des conditions de travail. C’est un peu idéaliste, mais très confortable quand ça arrive. Notre implication se décloisonne et nos interventions dépassent la plupart du temps notre rôle de designer graphique. Quand cela arrive, on comprend mieux le sens du travail de designer, qui dépasse l’espace de la page. Et si cette méthodologie n’est pas possible, on improvise.

A : Je me rappelle d’une citation que j’ai longtemps garder sur mon ordinateur : «Hort, not a client tool». Il me semble que nos intentions circulent dans les deux sens.


Comment assumez-vous votre identité graphique avec des clients plus «sages» ou des institutions publiques ?

V : En considérant la personne, ou l’institution avec qui nous travaillons, afin que tout le monde s’y retrouve.

A : J’imagine que les gens regardent nos projets avant de nous contacter, disons qu’une partie du travail a été déjà faite.

Comment envisagez-vous le format papier face à l’omniprésente d’Internet ?

Le papier est toujours d’actualité, c’est d’autant plus excitant de faire cohabiter ces deux médias. C’est d’ailleurs un sujet assez central de notre projet de recherche que nous avons commencé en 2015 avec le soutien de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques (FNAGP). Vous en saurez bientôt plus…

Quel est votre regard sur le graphisme aujourd’hui ?

Le futur nous le dira.

http://etapes.com/system/94732/large/1513171264.JPG

L’actualité du groupe CCC

+ Sortie de « Les minis »
+ Danse Post-internet #4 à la Gaîté Lyrique

Propos recueillis par Florian Bulou-Fezard

  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    News

    Design Indaba x IKEA

    Design Indaba x IKEA

    Preuve de l’émulation générée par  le festival Design Indaba, la collaboration née il y a deux ans au Cap entre IKEA et un groupe de créatifs africains, sera dévoilée lors de la prochaine édition du festival. Överallt, « tout le monde » en suédois, est une collection inspirée par les rituels urbains modernes et les processus de sociabilisation en Afrique, autour de la nourriture et la vie dans et en dehors de chez soi. La réflexion menée par les créatifs les a conduit à designer une série d’objets ayant pour thème le « salon urbain ». Chaque objet y a une fonction spécifique censée…

    Casio et le studio Ghibli célèbrent les 30 ans de Kiki la petite sorcière

    Kiki la petite sorcière a 30 ans. C’est un anniversaire qui se doit d’être fêté, et ça, Casio l’a bien compris. En collaboration avec le studio Ghibli, la célèbre marque de montres sort pour l’occasion une édition hommage. Sur un écran bleu nuit se détache le duo culte : Kiki et son acolyte Jiji. Film à succès avec plus de deux millions d’entrées lors de sa diffusion au Japon, c’est là-bas que la montre anniversaire sera vendue au prix de 126€.

    Au revoir à Tomi Ungerer

    Tomi Ungerer s’est éteint le 9 février dernier, à Cork où vit une partie de sa famille. Né à Strasbourg, il a produit des dessins par milliers, dont certains sont aujourd’hui exposés dans un musée qui lui est dédié, et qui se trouve dans la capitale alsacienne. Il a esquissé pour les petits comme pour les grands, des illustrations de livres (les Trois Brigands, Rufus…) ou des scènes érotiques, également conçu des affiches prônant la tolérance, la paix ou la liberté de la presse. Il a inspiré de nombreux dessinateurs et graphistes. Merci pour tout Tomi Ungerer ! image de…

    Emballages graphiques du studio Caterina Bianchini

    Si l’habit ne fait pas le moine, les design des boites cadeaux de la marque britannique Selfridges & Co nous en font en tout cas douter. Le studio Caterina Bianchini a fait d’un simple emballage de Noël un vrai objet de design. Ayant déjà travaillé pour Levi’s, Reebok, Diesel et Lush, le studio n’a eut de cesse de proposer d’audacieux graphismes. Il réitère l’expérience avec ces 4 illustrations colorées et géométriques et font de ces emballages cadeaux, un présent de plus.

    Flux

    Words We Love, la récréation d’Ibán Ramón

    Chaque mercredi, étapes et gràffica tirent le portrait d’un créatif de la scène espagnole ou française. Ibán Ramón est en Espagne un nom qu’on ne présente plus. Son travail, imaginé dans son petit studio à Valence, est connu au delà des frontières. Aujourd’hui, il échange avec Grafficà sur son dernier…

    Au revoir à Tomi Ungerer

    Tomi Ungerer s’est éteint le 9 février dernier, à Cork où vit une partie de sa famille. Né à Strasbourg, il a produit des dessins par milliers, dont certains sont aujourd’hui exposés dans un musée qui lui est dédié, et qui se trouve dans la capitale alsacienne. Il a esquissé…

  • Top news

    Design Indaba x IKEA

    Design Indaba x IKEA

    Preuve de l’émulation générée par  le festival Design Indaba, la collaboration née il y a deux ans au Cap entre IKEA et un groupe de créatifs africains, sera dévoilée lors de la prochaine édition du festival. Överallt, « tout le monde » en suédois, est une collection inspirée par les rituels urbains…

    Les sorties graphiques de février #2

    Expos, vernissages, festivals ou conférences, chaque semaine étapes: note pour vous dans l’agenda les évènements de la scène graphique et artistique. F.A.M.E, Film and Music Experience, à la Gaité Lyrique En cette fin de semaine et pendant tout le week-end, la Gaité Lyrique met cinéma et musique à l’honneur avec…

    Words We Love, la récréation d’Ibán Ramón

    Chaque mercredi, étapes et gràffica tirent le portrait d’un créatif de la scène espagnole ou française. Ibán Ramón est en Espagne un nom qu’on ne présente plus. Son travail, imaginé dans son petit studio à Valence, est connu au delà des frontières. Aujourd’hui, il échange avec Grafficà sur son dernier…