Cet été à Nîmes, tous les chemins mènent à l’illustration

Se dire qu’il y a des gens assez audacieux et aventureux pour organiser la première édition d’un festival dans le contexte que l’on connaît, est déjà en soi plutôt réjouissant. Mais quand on sait qu’il s’agit d’un festival d’illustration et qu’il se tiendra dans le sud de la France, dans l’antique cité de Nîmes, et bien, on jubile. Du 2 au 25 juillet, dans la torpeur de l’été occitan, le festival Nîmes s’illustre réveillera la cité gardoise avec plusieurs expositions, rencontres et ateliers. À la manœuvre, une bande de nîmoises officiant de près ou de loin dans l’illustration. Après plusieurs années passées à la capitale, il était grand temps pour elles de rentrer au pays et tenter une nouvelle aventure. C’était sans compter sur la pandémie qui a quelque peu ralenti leurs intentions. Aujourd’hui, après avoir bien muri leur projet, elles lancent la première édition de Nîmes s’illustre. Nous avons donc cherché à en savoir un peu plus sur le pourquoi, le comment, et le programme des hostilités.


Bonjour ! Pouvez-vous d’abord présenter brièvement Nîmes s’illustre ?

Nîmes s’illustre est un festival qui a lieu à Nîmes cet été du 2 au 25 juillet et qui est voué à célébrer l’illustration au sens large : en tant que pratique artistique, activité professionnelle, secteur et discipline à part entière.

Le festival propose de consacrer et de célébrer l’illustration au sens large, pour le grand public comme pour la communauté professionnelle qu’elle fédère. L’illustration est foisonnante, elle est partout dans nos vies quotidiennes au point de ne plus nous en rendre compte. Nîmes s’illustre souhaite donc offrir un temps annuel pour la regarder, la comprendre, et aussi la faire rayonner et vibrer hors de ses champs habituels ! Nous regardons et valorisons l’illustration dans sa pluralité. En effet, la pratique, les pattes graphiques et les territoires d’expression sont aussi riches que mouvants. L’illustration est aussi bien contemporaine, prospective qu’historique.

Notre festival sera annuel, reconduit chaque année à la pleine saison estivale. C’est une temporalité idéale car notre bassin d’ancrage regorge d’événements culturels et artistiques. C’est une très belle dynamique qui caractérise l’Occitanie, de Toulouse à Marseille ! Pour n’en citer que quelques-uns et les plus proches au plan géographique, Nîmes s’illustre se déroulera à côté des Rencontres Photos d’Arles, Les Suds aussi à Arles, le festival d’Avignon, le festival Uzès Danse, Jazz à Junas, Itinérances – le festival cinéma d’Alès…

Pièces Montées par Aurélien Débat


Qu’est-ce qui vous a poussé à organiser cette première édition malgré le contexte que l’on connaît tous ?

Rien ne nous y a poussé… En fait, il était normal pour nous de continuer à viser notre envie commune : celle de faire et d’offrir le festival. Le chemin pour y arriver serait « juste » différent.

Après un prélude test réussi en 2019, nous avons été pris de court en 2020 alors même que nous lancions le projet publiquement. Face à la pandémie, nous n’avons pas baissé les bras. Nous ne nous sommes même pas posé la question de l’existence du festival ! Dès avril-mai, nous avons rapidement décidé et mis sur pied une expo-voyage digitale que nous avons intitulé « Horizons » (une narration construite en 10 chapitres, avec + de 1000 images explorées et 164 publiées réunissant 118 artistes de 21 nationalités) publié de septembre à avril pour donner de l’air à nos existences confinées.

En parallèle, notre toute petite équipe – Margot Arrault, Marie-Laure Cruschi, Sarah Dubois, et Victoria Vingtdeux – posait les bases de l’édition 2021, qui devait fonctionner quoi qu’il arrive. Sans être oiseau de mauvais augure, nous pensions et nous pensons toujours que nous allions désormais faire face à de nouvelles réalités et complexités. Pour nous, il fallait plus que jamais proposer une manifestation culturelle. Aussi nous avons pensé cette édition par les « extérieurs » et cette orientation a guidé tout le reste. D’ailleurs, cela sera sans doute une ligne de Nîmes s’illustre, des expositions en extérieur.

César, Marie, Alphonse et les autres par Jean-Michel Tixier


Qu’est-ce que c’est que d’organiser un festival en pleine pandémie ? Avec quelles contraintes avez-vous du jouer ?

Organiser un festival en pleine pandémie, c’est travailler en équipe mais à distance. Vous me direz, comme tout le monde ! Mais dans le cadre d’une « conception » nouvelle ex nihilo, sans une habitude de faire l’événement avec des bases déjà-là, des repères … et bien cela demande une énergie de dingue ! On ne va pas mentir ! Il faut avoir le projet dans les « tripes » pour faire cela. Il faut déployer une énergie incroyable en interne comme en externe. Sachant que fin 2020, les nouvelles étaient loin d’être au beau fixe. Malgré le fait que nous étions COVID compatibles à 100%, il fallait réexpliquer sans cesse pour convaincre du fait que nous aurions bien lieu !

Nous avons eu à faire face à une grosse contrainte surtout : les lieux. Ils devaient être des espaces publics et/ou privés, forcément extérieurs, disponibles, intéressants pour accueillir des expositions, faciles pour déambuler et surtout accessibles pour les publics de tous âges… Ensuite, un défi plus qu’une contrainte : la scénographie ! Je considère plus cela comme un défi car ce fut vraiment stimulant. L’Atelier 1:1, avec qui nous avons décidé de travailler depuis 2020, a réussi à composer une scénographie inédite, à la fois technique et artistique, qui fait la part belle à la sobriété et à la légèreté tout en étant existante, visible, identifiable. Une scénographie qui donne à chaque lieu l’âme de la rencontre, entre l’exposition et le site. Une scénographie qui donne à l’ensemble une chorégraphie harmonisée.

Jean Lébédeff


Nîmes s’illustre propose une grande diversité de styles, d’époques et des techniques allant de la gravure sur bois à la réalité augmentée. Pouvez-vous nous en dire plus sur le programme des expositions ?

Le festival se veut être le reflet de cette diversité que recouvre l’illustration, aujourd’hui, hier, demain. Pour cette première vraie édition, la direction artistique a voulu toucher du doigt des niches comme des classiques du genre. Le fort Vauban accueillera l’exposition Chronique du Muséum par The Parisianer, une invitation envoyée à 21 artistes internationaux pour représenter 20 moments clés de l’histoire de notre planète, du vivant et de l’environnement. Dans le somptueux Jardin du musée du vieux Nîmes, c’est une figure patrimoniale qui est mise en avant en la personne de Jean Lébédeff, illustre graveur sur bois du XXe siècle. Nous avons également invité Jean-Michel Tixier, figure de l’illustration contemporaine, à s’inspirer de l’histoire de Nîmes pour une création originale exposée à l’Hôtel de Rozel. Ensuite, Maison Tangible investira le Lavoir du Puits Couchoux avec Midi/Minuit, leur nouvelle création en réalité augmentée et pour finir, Aurélien Débat présentera Pièces Montées, un méli-mélo graphique flirtant avec l’art contemporain, inspiré par les formes pâtissières.

Midi/Minuit par Maison Tangible


En plus de celles-ci, qu’avez-vous prévu ?

Un festival est un tout, c’est un écosystème de lieux et d’activités. Comme pour les autres festivals, l’illustration ne peut seulement se montrer et se comprendre par des expositions. D’autant plus qu’elle est une pratique avec des applications multiples : matières, objets, espaces, formes, techniques… Aussi les expositions sont une composante principale, les rencontres et les ateliers sont un deuxième pilier important du festival. Le 2 juillet, les jeunes artistes diplômés ou non, cherchant à évoluer sur le marché de l’illustration, sont invités à présenter leurs portfolios à plusieurs professionnels de l’image (agent, DA, illustrateurs confirmés). Le 3 juillet, Virginie Morgand, Roxane Bee et Vincent Mahé échangeront au sujet de leurs parcours et de leurs pratiques, puis une table ronde sera organisée en présence de Jérémie Claeys, Cruschiform et Marion Demeulenaere. Elle donnera lieu à l’enregistrement d’un épisode du podcast Sens Créatif. Puis pendant toute la durée du festival, des ateliers d’initiation à la sérigraphie, la gravure, ou la risographie auront lieu.

Il y a aussi quelques festivités mais nous avons avancé plus prudemment sur ce volet très événementiel … et pour cause ! L’an prochain, nous visons à déployer ces piliers et pas seulement durant la manifestation estivale. Nous sommes vraiment dans la construction d’un dispositif qui reposera sur des « invariants » (type expositions, rencontres, ateliers, créations) avec des arches et passerelles qui les relieront les uns aux autres.

The Parisianer, Chronique d’un Muséum


Cette diversité témoigne de la pertinence de l’illustration comme médium et de sa capacité à toucher une grande diversité de public. Selon vous, quels rôles joue-t-elle aujourd’hui ?

Des rôles effectivement variés, nous la connaissons le plus souvent comme diffuseur de marques et de slogans. C’est d’ailleurs pour cela que nous la sortons de ce seul contexte, elle joue des rôles bien plus importants sur le plan culturel et sociétal mais nous ne le voyons pas vraiment, que l’on soit professionnel ou amateur.

La recherche académique et les travaux d’études renseignent l’illustration mais la mise en médiation et la vulgarisation n’existent pas vraiment ou ponctuellement sur un sujet donné. Or, l’illustration est un puissant vecteur de médiation d’enjeux complexes, de questions de morale, d’identité, de compréhension du monde… Elle offre surtout un rapport esthétique au monde et au merveilleux. Le monde des belles images est indispensable pour nous les êtres humains !


L’identité graphique conçue par Pierre Jeanneau est partie prenante du festival. Il a confectionné un système modulaire qui se base sur la colonne, en hommage au patrimoine antique de Nîmes. Quels avantages présente cette identité ?

La colonne emprunte plusieurs chemins possibles, à l’image des multiples facettes de l’illustration. Pour transmettre la notion d’événement vivant, elle s’anime, ondule, forme des boucles, vibre. Sa puissance graphique l’ancre dans l’architecture romaine, alors que sa mise en mouvement dans des formes variées et abstraites l’ancre dans une vision contemporaine. La colonne sert également de point d’appui pour dessiner un caractère de titrage sur mesure. Ainsi, la forme et la typographie s’accordent pour offrir un système visuel fort et cohérent au service de l’identification de l’événement.

Nîmes s’illustre, du 2 au 25 juillet
Télécharger le programme du festival
nimessillustre.fr
@nimes.sillustre


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