D&AD a les yeux rivés sur le futur

Le 21 mai 2019, la 57e édition du D&AD festival s’ouvrira pour 3 journées d’échanges, d’expositions et de conférences. Designers et professionnels des industries créatives et de la communication se réuniront à Londres pour questionner la capacité du design à imaginer le futur. « Shaping the future », le thème choisi cette année, sonne donc comme le leitmotiv de tous les designers et donne lieu à nombre d’interprétations. Nous avons demandé à Marian Bantjes et Sagi Haviv, en tant que présidents des jurys de Typographie et de Design Graphique, quelles étaient leurs attentes. 

Marian Bantjes, Designer, Typographe et Illustratrice, présidente du jury Typographie.

Selon vous, le thème « shaping the future », va-t-il faire émerger des problématiques centrales ? Quelles peuvent-elles être ?

En tant que juge de la catégorie Typographie, je ne m’attends pas à ce que cela affecte mes critères de notation ou les résultats que je déduirais. La typographie se juge principalement par le prisme de l’artisanat – l’imagination étant importante également, mais l’exécution sera toujours le critère le plus déterminant.

En quoi est-il important d’avoir un festival comme D&AD aujourd’hui, afin d’interroger cette idée de « shaping the future » ?

Ça ne l’est pas plus aujourd’hui qu’à n’importe quel moment. Les concours servent essentiellement à permettre de comprendre l’esprit du moment dans le design. Récompenser le meilleur travail c’est comme effectuer un grand tri, et permet aux formes d’une époque particulière du design d’émerger. De plus, c’est une récompense pour ceux qui produisent un travail plus avancé que ce qu’il ne leur rapporte, ce qui est en soi, une incitation à produire davantage de travaux de qualité.

La catégorie Next prend de plus en plus d’importance dans le concours. Un conseil à donner aux jeunes générations de designers ?

Je crois dur comme fer en le fait qu’il faille connaître ses bases et particulièrement avant de les remettre en question. La typographie est très sensible à cela. Je m‘inquiète beaucoup du fait que les nouveaux designers s’engouffrent trop rapidement dans des logiciels en changement perpétuel, sans connaître l’importance des détails en typographie. Une typographie pauvre ruinera la plus belle des créations, peu importe le medium. Mon conseil aux jeunes designers est donc de passer beaucoup de temps à travailler la typographie de façon « old-school », ce qui est une façon de distinguer précisément les « mauvaises » et les « bonnes » pratiques. Les travaux plus expressifs, ou avant-gardistes viendront après.

Vous avez développé une approche de plus en plus personnelle du design et de la typographie. Qu’est-ce qui vous y a conduit ?

Et bien mon approche a été de plus en plus personnelle depuis 16 ans. Avant cela, j’ai été typographe pendant 10 ans puis j’ai dirigé une compagnie de stratégie en design durant 10 autres années. C’est donc après 20 années d’expérience, et d’un travail plutôt conservateur, que j’ai commencé à casser certaines règles et envisager le design de façon plus personnelle, à en faire comme de l’art en quelque sorte. C’est la seule chose que j’avais à faire afin de préserver ma santé mentale, soit ça, soit quitter le design définitivement. Pendant ces 16 dernières années, mon travail a beaucoup évolué, suivant des expérimentations et des intérêts plus personnels. Au début, mes travaux consistaient bien plus en de la customisation de lettres qu’aujourd’hui – quelque chose que j’ai largement abandonné en faveur d’un travail visuel avec des structures faites de motifs et de mises en page inhabituelles. Il y a trop d’idées motivantes aujourd’hui pour qu’elles tiennent dans une seule vie, une soif d’une éternelle découverte faite de nouvelles étincelles d’idées.

Sagi Haviv, co-fondateur et designer à Chermayeff & Geismar & Haviv, président du jury Design Graphique.

Selon vous, le thème « shaping the future », va-t-il faire émerger des problématiques centrales ? Quelles peuvent-elles être ?

Le thème de cette année évoque le pouvoir qu’ont les designers de créer des formes et des images qui agiront sur nos vies de tous les jours et nous pousseront à aller de l’avant. L’environnement visuel dans lequel nous évoluons pour la plupart est un environnement créé de toute pièce – par des intérêts commerciaux, des ingénieurs, des créateurs de logiciels et je l’espère, par des designers conscients de ce qu’ils font. En tant que designers, nous devons de plus en plus plaider en faveur de notre cause, en affirmant que les formes et les idées que nous créons ont une valeur intrinsèque, dans un monde de plus en plus généré virtuellement. En tant que membre du jury cette année, nous espérons voir et récompenser des designs novateurs qui rendront notre environnement visuel meilleur et plus humain.

La catégorie Next prend de plus en plus d’importance dans le concours. Un conseil à donner aux jeunes générations de designers ?

Les conseils sont toujours difficiles à donner car nous travaillons tous de manières tellement différentes ! Si j’avais quelque chose à dire, j’exhorterais la nouvelle génération de designer à ne pas écarter les manières plus traditionnelles de faire, dans le seul but de rechercher des nouveautés. Le dessin à la main par exemple, est une technique intemporelle et incroyablement efficace pour transformer des pensées ou des idées provenant de votre cerveau, en des formes distinctives.

D&AD Awards, du 21 au 23 mai 2019,
Old Truman Brewery, Londres.

Plus d’informations sur le site du D&AD Festival.

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