Debora Cheyenne Cruchon : le chemin qui l’a mené jusque LA

Talents à Suivre part à la rencontre de la jeune génération de créatifs français et des disciplines du design graphique. Une rubrique en partenariat avec Adobe. Retrouvez en intégralité l’interview dans le n°251 d’étapes: et le timelapse de la création originale réalisée pour le n°251 ici.


Retrouvez les travaux de Debora Cheyenne Cruchon sur son site web :
www.deboracheyenne.com


Française immigrée à Los Angeles, Debora Cheyenne Cruchon multiplie les casquettes, entre ses fonctions de directrice artistique au sein de l’agence de design Buck et ses propres projets de sculpture, de peinture et d’animation. Inspirée par la nature et l’art numérique, elle déploie un univers mystique aux couleurs saturées.

Debora Cheyenne Cruchon étapes
Permanence / Impermanence, solo show, galerie Leminspace , Los Angeles, 2019

Votre lieu favori à Los Angeles : The Underground Museum
La dernière série que vous avez regardée : Insecure
Une oeuvre qui vous a marquée : Red and Brown, de Rothko
Le livre que vous avez dévoré cet été : L’écriture des pierres, de Roger Caillois
L’outil que vous préférez pour créer : Un bon stylo !

Propos recueillis par Marion Bothorel

Pouvez-vous nous retracer le chemin entre vos études en France et votre arrivée à Los Angeles ?

J’ai suivi l’option Arts Plastiques au lycée, puis j’ai fait une Manaa et une formation de design graphique multimédia à Olivier de Serres. J’ai mis toute mon énergie à entrer aux Gobelins, en formation directeur et réalisateur de cinéma d’animation. Par la suite, j’ai réalisé un court métrage d’animation, « Couchée », pour France Télévision. À la suite de mes études, j’ai déménagé aux États-Unis où je travaille aujourd’hui en tant que directrice artistique chez Buck, une agence de design spécialisée en publicité et animation. J’y suis restée car j’aime mon travail, et je sens qu’il y a réel un intérêt pour la nouveauté et la diversité, autant artistique que sociale. Cela a nourri ma pratique et lui a donné plus de profondeur. J’aime aussi l’intérêt porté aux nouvelles technologies et les liens qui se tissent avec les pratiques artistiques ici. Los Angeles est une ville en constante ébullition, elle regorge d’opportunités et de personnes engagées à rencontrer.

Figures and Ground, duo show, galerie Nucleus, Los Angeles, 2017

Quel est votre rôle au sein de Buck ?

En tant que directrice artistique, j’y élabore des concepts, des recherches de couleur (c’est un peu mon dada), des explorations stylistiques, des travaux multimédias. J’ai la chance de pouvoir travailler avec différents médiums et sur des projets intéressants, variés et de courte durée, ce qui m’empêche de m’ennuyer. Je découvre des techniques que j’applique ensuite à mon travail personnel, afin de le rendre plus efficace. Buck est réputé pour l’amicalité des personnes qui y travaillent, c’est un peu comme une famille pleine de talents dont il est difficile de se séparer.

Pouvez-vous nous parler des projets personnels que vous menez en parallèle du studio ?

J’ai commencé à faire des expositions ces dernières années, et j’utilise chacune d’elles pour explorer un nouveau médium ou concept. Je viens tout juste de terminer une nouvelle série de peintures digitales, Permanence/Impermanence. Je suis particulièrement fascinée par l’art digital. Avec les réseaux sociaux et notre présence grandissante dans un monde virtuel, il est logique d’explorer, puis de reproduire mon expérience de cet univers dans mon art. Je reste très attachée aux pratiques plus traditionnelles et physiques, notamment la sculpture. Je travaille sur l’interaction entre ces deux opposés, physique et virtuel, la connection et le fort contraste que je peux établir entre eux.

Debora Cheyenne Cruchon étapes
Figures and Ground, duo show, galerie Nucleus, Los Angeles, 2017

Comment vous servez-vous des logiciels Adobe au quotidien ?

J’utilise essentiellement Photoshop. Il m’arrive aussi d’utiliser d’autres logiciels, tel qu’After Effects si je travaille sur une animation. J’étais très réticente au début à utiliser Photoshop, car je valorisais plutôt le travail sur papier. J’ai l’impression que ma manière d’utiliser Photoshop est plus “primaire” pour cette raison. Non pas dans l’aspect de mes dessins, mais dans ma manière de travailler. J’utilise très peu de brushs, c’est un peu archaïque ! Pour moi, utiliser ces logiciels permet une certaine expérimentation. Je suis fascinée par les couleurs très vibrantes, presque violentes pour les yeux, ainsi que la texture lisse du digital. Il est possible de pousser les couleurs vraiment loin et d’étudier leurs interactions très facilement. Maintenant que j’y ai touché il est difficile de retourner à la peinture. 

Pouvez-vous nous parlez de votre dernière série de peintures numériques Soft Strobe réalisée sur Photoshop ?

J’ai réalisé cette série dans le cadre d’une exposition pour Cartoon Network. Avant, je n’avais jamais vraiment travaillé numériquement sur mes projets artistiques. J’ai été influencée par mon travail chez Buck, et je souhaitais aussi produire des oeuvres reproductibles. Je suis très inspirée par la 3D, et les oeuvres numériques. Il y a quelque chose au premier abord de presque rebutant, n’ayant pas le charme ou la texture de pratiques traditionnelles, mais j’y trouve une certaine naïveté et un esprit ludique nouveaux.

Debora Cheyenne Cruchon étapes
Soft Strobe, solo show, galerie Cartoon Network Studio, Los Angeles, 2019

Quel regard portez-vous sur le design graphique américain ?

Le design se tourne vers les nouvelles technologies, cela nous demande de nous renouveler constamment et de chercher à aller plus loin. La présence d’expériences interactives s’accroit, que ce soit dans la création ou dans les musées. Pousser la stimulation des sens en utilisant des outils virtuels, est assez fascinant. Cependant, il est possible de tomber dans un design rébarbatif servant à solliciter les utilisateurs sur les réseaux sociaux, par exemple.

Pouvez-vous nous expliquer votre interprétation du thème “Retour à la Nature” ?

Il n’y a rien de plus réconfortant pour moi que cette idée. Quand je pense au retour à la nature, je pense à rentrer chez moi, en France. Retrouver cette végétation luxurieuse, marcher dans les feuilles humides, sentir l’odeur de la mousse et une profonde communion avec la nature. J’y trouve aussi quelque chose de mystérieux, à la fois effrayant et stimulant. Cela me vient peut-être du désert et de la solitude qu’on y trouve. On se sent mis à nu, seul avec notre propre condition. C’est ce contraste entre vie et changement permanent, confort et nervosité, attraction et défiance que j’ai voulu exprimer au travers de cette illustration.

Debora Cheyenne Cruchon étapes
9 Hours Meal

Quel est votre rapport à la nature, très présente au sein de vos créations ?

Lorsque je vivais en France j’étais très connectée avec la nature, c’était un thème principal dans mon travail. J’avais la chance de vivre à côté d’une forêt, j’y marchais, méditais, dormais parfois ! C’était en quelque sorte mon repère, l’endroit où je me sentais en sécurité. Los Angeles est une ville très peu verte, ce qui a affecté mes habitudes. Cependant les parcs californiens sont incroyables, et je suis tombée amoureuse du désert. Pour moi, il n’y a pas de sensation qui égale le fait d’être dans cet espace gigantesque et aride.

Êtes-vous sensible aux questions écologiques ?

Je n’ai pas de voiture, ce qui peut sembler assez fou par ici. Une bonne partie de mes vêtements sont de seconde main, j’achète mes fruits et légumes dans des programmes de récupération de surplus alimentaire, je rapporte les restes de la cantine du studio et je n’utilise l’air conditionné qu’en cas extrême… Autant que possible j’essaie de prendre conscience de mes habitudes, et de parler avec des amis et collègues afin de trouver des pratiques plus écologiques.

“Contacts”, la création réalisée par Debora Cheyenne Cruchon pour L’Instant Créa.
À retrouver ICI

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Du 4 février au 15 avril 2023 → Cycle de conférences ‣ Les éléments de l’architecture II – Pavillon de l’Arsenal (Paris)

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