Design responsable #1, des matériaux pour le futur

La question écologique n’est plus facultative mais nécessaire. Et le design doit évidemment s’y mettre. Certains studios et créatifs puisent dans leur environnement afin d’imaginer les matériaux de demain… Ils dessinent ainsi les contours d’un design qui doit, lui aussi, faire attention à l’utilisation des ressources.

Des étuis de smartphones bientôt en tournesol

Thomas Vailly, designer basé à Eindhoven transforme les déchets de tournesol en biomatériaux pour créer des produits durables, allant de panneaux isolants à des étuis de téléphones. Il s’associe pour cela à des scientifiques du laboratoire de l’Ecole Nationale Supérieure des Ingénieurs en Arts Chimiques et Technologiques (ENSIACET).

La culture de la fleur est généralement dédiée à la production d’huile, de semences ou de biocarburants. Elle génère des déchets agricoles transformables. Thomas Vailly exploite plusieurs étapes de la culture, en utilisant les restes de la récolte, afin de créer un matériau durable, un liant non synthétique et un vernis non toxique.

Par exemple, le tourteau résiduel -un matériau solide issu de l’extraction de l’huile des graines ou des fruits oléagineux- est utilisé comme aliment pour animaux. Toutefois, il est également transformable en une colle à base d’eau. Il peut aussi être chauffé et pressé dans le but de produire un matériau fin et souple, qui ressemble à du cuir.

Thomas Vailly tire aussi profit des tiges du tournesol, qui après la récolte restent et se décomposent dans le champs. Il les collecte et en sépare l’écorce et la moelle. Les fibres de l’écorce, chauffées et pressées sont transformées en panneaux durs. La moelle, combinée à la colle précédemment évoquée, forme un matériau composite, léger et mousseux, qui constitue une alternative naturelle au polystyrène.

Le concepteur considère comme rationnel et logique le fait de s’intéresser à toutes les ressources non utilisées, afin d’en tirer parti. Il envisage de créer une gamme d’articles à partir des matériaux qu’il a développé, de la vaisselle à des panneaux utilisables dans l’aménagement spatial.

SCOBY, issue de la fermentation des sucres

Titulaire d’un diplôme en design industriel acquis à la Poznan School of Form, Róża Janusz présentait dans sa thèse SCOBY, une nouvelle alternative au plastique. Elle s’inspire du kombucha polonais, une boisson résultant de la culture symbiotique de bactéries et de levures dans un milieu sucré. Le liquide est généralement recouvert à sa surface d’une couche épaisse, issue de la fermentation des sucres. Extraite et retravaillée, celle-ci devient la matière organique SCOBY.

Prenant la forme d’un cocon, elle accueille des fruits et des légumes, en croissance. Elle convient aussi au stockage d’aliments secs et demi-secs tels que les noix et les céréales. Elle est comestible ou peut servir en tant que compost.

Des emballages de cosmétiques à partir de bactéries

Elena Amato, designer guatémaltèque, met au point des feuilles de cellulose bactérienne à destination des les produits cosmétiques. Elles sont développées exactement de la même manière que Scoby, le projet précédent. Elena Amato, ajoute de l’eau à la cultures de bactéries et de levures, issues du Kombucha, et étale le matériau récupéré en surfaces planes et lisses mises à sécher. Des pigments naturels, tels que la spiruline, l’hibiscus, le safran ou le charbon, permettent de les colorer.

Les feuilles obtenues présentent des caractéristiques entre le papier et le plastique. Elles peuvent être collées avec de l’eau, ce qui évite l’utilisation de colles ou à d’autres adhésifs lors du scellement de l’emballage. Ce dernier est composé de trois couches, imitant le système d’emballage naturel qui se trouve dans les couches structurelles d’un fruit, composé de jus, de pulpe et d’une peau extérieure.

La couche interne est le produit de soin personnel – la crème pour le visage par exemple. La deuxième épaisseur est un récipient en forme de capsule composé de savon naturel solide. Enfin, la troisième couche, externe, est constituée de la cellulose bactérienne et sert à protéger le récipient de savon situé en dessous, tout en affichant la marque (ici, Ponto) et les informations du produit.

Jusqu’au 27 juin, le centre Pompidou à Paris propose des ateliers pour fabriquer ses propres vases écologiques, avec la designer Violette Vigneron.

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