DYStopie : conversation avec Adulte Adulte

Adulte Adulte est un studio de design graphique fondé par Florent Faurie et Daniel Ribeiro, diplômés de l’ECV à Paris. Depuis 2011, tous deux explorent différents supports de création, imprimés et numériques. En mai 2012 est paru le premier numéro de DYStopie, un fanzine qui se fait espace de liberté créative pour les invités d’Adulte Adulte. Dans le dernier en date, sorti en octobre 2013, sont ainsi intervenus Yann Gerstberger, Philippe Jarrigeon et CG Watkins.

Nous avons évoqué avec Florent et Daniel les relations entre leur démarche créative et les concepts de dystopie et de fiction; une parfaite introduction pour notre prochain numéro consacré à ces thèmes, disponible début mars.

Pourquoi le nom DYStopie ? 
Il nous fallait une porte d’entrée assez radicale pour notre projet. Quelque chose d’évocateur, d’un peu intello et surtout rien de drôle. Nos éditions ne comportant pas le moindre texte, ça nous plaisait d’y greffer ce nom, apportant ainsi une lecture quasi romancée des portfolios présentés. Peut-être moins consciemment, DYS signifiant « négation » en grec, ce nom correspondait aussi à notre « non-volonté » de faire un fanzine. Il y en a tellement. Si l’on se lançait là dedans, il fallait partir à contre-sens, sans budget et sans concept d’une certaine manière. Et puis, ça sonne bien.

Le parti pris du noir et blanc est-il une contre-utopie ?
Pas nécessairement. C’est certes une contrainte que l’on s’est d’abord imposée pour des raisons financières. Mais ce choix nous a cependant mis dans une position plus confortable quand il a fallu mettre côte à côte trois portfolios vraiment différents dès le premier numéro. L’ensemble devient immédiatement plus cohérent et des parallèles peuvent même être mis en évidence entre les séries des différents contributeurs. De plus, certains d’entre eux travaillent très peu le noir et blanc. Le support devient du coup un exercice et change le sens de leur travail ce qui nous intéressait aussi.

Quelle est votre vision du futur ?
Quelque chose d’hybride. Avec l’archivage systématique de toute matière visuelle via des plate-formes comme Tumblr, la culture et la mémoire graphique collective deviennent moins abstraites et tendent à se solidifier. Ceci laisse, dans le champ de la création visuelle, la part belle aux clins d’oeil, aux hommages et aux détournements qui trouvent maintenant un public de plus en plus réceptif (comme c’est déjà le cas pour le cinéma et la musique). C’est une évolution plutôt importante pour notre génération. Idem quant à la démocratisation d’outils de création performants, intuitifs et ludiques. Le regard du public sur le graphisme évolue et l’univers visuel de demain se nourrira probablement plus que jamais de ce dialogue (ou conflit) entre création professionnelle et amateure.

Comment expliquez-vous le relatif succès de la thématique de la fiction dans la création contemporaine ?
À vrai dire ce regain d’intérêt nous a échappé. Il nous semble que la fiction n’a jamais vraiment quitté le champ de la création. Elle est, à nos yeux, le prétexte voire le mensonge qui justifie toute forme de narration. Chaque oeuvre ou série d’oeuvres porte en elle un aspect narratif, même s’il faut parfois aller chercher cet aspect du côté du protocole, de la méthode, voire de la critique d’art…

Quelle est la place du graphiste dans la construction d’univers fictionnels ?
Le graphiste est un créateur d’identité. Il définit des systèmes de langage pour les univers auquel il s’attache et devient l’artisan du lien entre ces univers et ceux qui les visitent ou les habitent.

A quoi ressemblera le fanzine en 2050 ?
On peut supposer, vu l’état économique de la presse papier que le fanzine de 2050 sera peut-être la dernière forme d’édition imprimée…
C’est un objet dont le concept est, déjà de nos jours, teinté de nostalgie, un peu comme avoir un groupe de punk aujourd’hui. Autrement dit, il est pour nous, très peu sujet à l’évolution. Plus que l’esthétique, c’est la démarche qui est décisive. L’exercice étant bien entendu de ne pas tomber dans un folklore voué à devenir obsolète mais bien d’entretenir ce sentiment de liberté et de vitalité. C’est ce sentiment avant tout qui génère son engouement et fédère sur des séquences ponctuelles les passionnés d’une génération.

http://dystopie.fr/
http://adulte-adulte.fr/

Pour pré-commander le numéro 218, spécial fiction, anticipation, innovation, c’est ici : http://bit.ly/LDOKpq
Livraison prévue à parution du magazine à savoir vers le 10-15 mars 2014.

design indaba

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