Échirolles, le temps d’un week-end

Exit Paris, Échirolles nous voilà. Tous les deux ans, au beau milieu du mois de novembre, la commune de la banlieue grenobloise devient la place centrale du Mois du graphisme. Une manifestation qui s’étale désormais sur une période de deux mois et demi (jusqu’au 30 janvier 2015) et dont la renommée s’étend sur le territoire national et international. étapes: s’y est rendu, le temps d’un week-end.

Vendredi 12h30, arrivée à la gare, temps gris, température basse, l’hiver est déjà là, mais la pluie annoncée n’a pas encore pointé le bout de son nez, malheureusement, ce n’est que partie remise… Les premières impressions météos passées, il est temps de rejoindre l’équipe organisatrice. La journée commence tambour bâtant, direction le Musée Géo-Charles, première étape d’un marathon graphique qui s’étalera sur un peu plus de 48 heures.

Autour d’un café, Diego Zaccaria, Directeur des affaires culturelles de la ville d’Échirolles, et fondateur du Mois du graphisme, revient sur l’ambition de cette aventure, née en 1990, de tisser des liens entre les graphistes et la population locale. Une relation qui s’est construite au fil des années, avec plus de 150 expositions et l’organisation récurrente d’ateliers auprès des habitants et des scolaires. Avec pour chacun de ces évènements une volonté affichée : faire comprendre la portée sociale du design graphique, le rôle primordial qu’il joue dans le quotidien et l’espace public.
Après cette introduction, vient l’annonce du programme. Des expositions et une série de projections qui d’emblée dévoile une sélection de qualité, reflet de la diversité des pratiques graphiques.


?time=1418750862Yann Legendre : un Français à Chicago – Cliquer pour voir la galerie d’images

Le tour débute par l’exposition Yann Legendre : un Français à Chicago, avec Michel Bouvet, commissaire associé, aux commentaires. Sur les murs, les travaux du graphiste/illustrateur français s’enchainent et révèlent la richesse de sa production : affiche pour le Steppenwolf de Chicago, illustrations pour le journal Libération, ou encore couvertures de livres. Cet ensemble dévoile une forte influence créative puisée outre-Atlantique ainsi qu’une méthode de travail singulière et appliquée, où chaque image se construit élément par élément, sans croquis préalable.

« Moin c’est plus »

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Penser un monde nouveau, l’affiche en regard – Cliquer pour voir la galerie d’images

Changement d’univers, direction le Musée de la Viscose. À l’instar des autres lieux culturels de la ville d’Échirolles, le site est chargé d’histoire. Placé entre les terrains de l’ancienne usine et la cité qui abritait ses ouvriers, le musée s’est installé dans l’habitation du contremaître à l’initiative d’une association d’anciens viscosiers. Au sein des murs, des machines et des archives retracent l’histoire et les procédés de fabrication de cette soie artificielle. C’est au milieu de cet espace que l’exposition Penser un monde nouveau, l’affiche en regard est montrée. Un parcours d’affiches élaboré par Gérard Paris-Clavel, graphiste et fondateur du collectif Grapus. Ces images politiques et signifiantes véhiculent de forts messages et expriment leur capacité à donner du sens à travers différentes utilisations : dans leur expression originale, dans la presse (en s’intégrant dans des entretiens menés par le quotidien l’Humanité) ou dans un musée (les affiches sont posées sur des outils industriels). L’occasion aussi de revenir sur ces images créées au cours du dernier siècle par des grands noms de l’affiche, Milton Glaser, Grapus, Alain Le Quernec, Savignac, Tomi Hungerer.


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Lola Duval & Compagnie – Cliquer pour voir la galerie d’images

Deux expositions seulement, mais la couleur de cette édition du Mois du Graphisme est affichée avec déjà beaucoup d’images à intégrer. Pas le temps de souffler, on file directement à Grenoble, Bibliothèque Kateb Yacine, pour inaugurer l’exposition Lola Duval & Compagnie. On quitte la politique pour plus de culturel, avec des campagnes de communication pour des espaces dédiés à la culture, des réalisations pour le monde de l’édition et de la presse, des signalétiques de lieux emblématiques, ou encore des créations pour le Batofar ou le Petit Bain. Sur les murs, s’offre au spectateur, la production prolifique et colorée de Lola Duval, graphiste française à l’énergie débordante. Encore une fois, beaucoup de pièces graphiques dispersées dans l’espace de la bibliothèque, symboles de la capacité des graphistes à collaborer avec une multitude d’acteurs.

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Hugo Ramirez et les participants à la masterclasse

Après une après-midi de visites dans les jambes, la journée n’est pour autant terminée. Les étudiants partis en workshop pendant 3 jours dans la montagne accompagnés des graphistes animateurs, Jean-Baptiste Levée, Yoann Minet, Quentin Bodin, Luc de Fouquet et Hugo Ramirez redescendent à Échirolles, l’occasion d’échanger à chaud sur le travail effectué au cours de cette excursion créative. La suite : diner, discussions et partages d’impressions autour d’un verre, quelques heures de sommeils et début d’une nouvelle journée.


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14-18, la der des ders – Cliquer pour voir la galerie d’images

La pluie s’est enfin invitée, ce samedi s’annonce animé. De nombreuses personnes ont fait le déplacement pour participer au lancement officiel du Mois du Graphisme et sont au rendez-vous du départ matinal pour l’Hôtel de Ville où a lieu 14-18, la der des ders. Centenaire de la Grande Guerre oblige, l’exposition rassemble une sélection d’affiches du collectionneur isérois Bernard Champelovier, des documents issus des archives municipales d’Échirolles, mais aussi différentes pièces confiées le temps de l’exposition par les habitants de la ville, rappelant que cette période fait partie de l’histoire commune.

Quelques discours s’enchainent avant de revenir au Musée Géo-Charles, grignoter un bout et admirer la fanfare sous une pluie toujours battante. Dans ces conditions, l’Escale numérique au Cinéthéâtre de la Ponatière qui suit est la bienvenue. Au chaud et au sec, les spectateurs sont ravis d’admirer les créations digitales de graphiste français. Tous requinqués (certains en on profité pour piquer du nez), le programme se poursuit par l’exposition Un Tour de France des jeunes designers graphiques au Moulins de Villancourt. Agréable surprise, ce grand espace accueille parfaitement l’exposition présentée en janvier dernier à la Fête du graphisme à Paris, enrichie au passage, de nouvelles créations. On y découvre une toute nouvelle exposition, composée d’affiches, supports de communication, packagings…


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Un Tour de France des jeunes designers graphiques – Cliquer pour voir la galerie d’images

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Exposition 20/20

L’enchainement se fait directement avec l’exposition 20/20 à La Rampe. C’est encore des affiches, mais cette fois elles sont produites par des étudiants. Des écoles d’Art, de communication et de graphisme ont été invitées à réaliser une création sur « la représentation graphique des grandes villes de France ». Un thème pas évident à aborder mais dont les résultats apportent une variété intéressante de formes et traitements graphiques, sans pour autant tomber dans le cliché facile.
Enfin arrive le BD concert. Un concept singulier mêlant une projection d’un roman graphique avec une musique jouée en live. Pour l’histoire, on a le droit à « Au vent mauvais » de Thierry Murat. Au son, c’est le groupe The Hyènes qui officie. L’exercice surprenant a dans l’ensemble conquis le public pas avare d’applaudissements à l’épilogue de cette performance.

http://youtu.be/YYJDXowc9_Y

Le lendemain, le programme annoncé est plus léger. La matinée se passe au cinéma Pathé dans lequel sur un gigantesque écran est projeté Plus d’un siècle de génériques de film et de série en France. Le projet est proposé par l’association We Love Your Names et nous emmène en balade durant 1h30, revoir nos meilleurs souvenirs cinématographiques via le générique. De l’introduction psychédélique de Enter the void de Gaspar Noé, au loufoque et satirique Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil de Jean Yanne .
Le séjour se termine par une excursion en altitude, pour un déjeuner au bord d’un lac, histoire de reposer les esprits et digérer toute cette matière graphique ingurgitée au cours des dernières 48 heures. À la gare de Grenoble, pour le départ, les visages portes les marques d’une fatigue saine. Il est temps de quitter Échirolles, mais le Mois du graphisme, ne s’arrête pas à ce weekend inaugural. L’expérience se poursuit jusqu’à la fin janvier avec de nombreux débats et conférences et le maintient des expositions sur toute la durée.

http://www.graphisme-echirolles.com

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