ECV Bordeaux : une journée pour raconter -M-

Travailler avec un artiste de la trempe de Matthieu Chedid est une aubaine qui ne se renouvelle pas tous les jours. Alors quand le fantasque musicien débarque à l’ECV Bordeaux, les étudiants ravis laissent s’exprimer tout leur potentiel créatif.

Lundi 9 novembre, 7 heures, départ matinal pour Bordeaux. À l’invitation de l’ECV, nous nous rendons dans le Sud-Ouest, assister à une journée particulière pour les jeunes créatifs de l’école. En seulement quelques heures, les 3eme et 4eme années, confinés dans une même salle, vont tenter d’atteindre l’objectif de ce créathon exceptionnel : produire des visuels interactifs autour de l’univers de Matthieu Chedid. Une carte blanche proposée par l’artiste lui-même, qui arrive dans la foulée de la sortie de son nouvel album expérimental LABO2M, accompagné d’une bande dessinée, réalisée avec l’illustrateur Matthias Picard, et d’un site collaboratif, baptisé labo-m.net.




C’est à ce projet de site que les étudiants vont participer et apporter des contenus. L’objectif de ce projet RacontM est de conceptualiser des histoires visuelles mises en forme à partir de la plateforme transmédia Racontr. Une difficulté supplémentaire pour les élèves, qui ne sont pas forcément familier de cet outil de publication. Heureusement ces derniers ont reçu le brief de la journée en amont. Ils vont devoir créer sur l’idée du lâcher prise, de l’amour et de la poésie, tout en restant au plus proche de l’univers de l’artiste.

Dès 8h45, chacun s’affaire, en solo ou par groupe de 2-3, à la réalisation de son histoire. Les premiers croquis et dessins commencent à envahir les tables, et beaucoup d’idées différentes semblent émerger. Julia Schenck et Clémentine Manon décide de rhabiller Matthieu Chedid de la tête aux pieds en imaginant une illustration interactive. En cliquant sur les vêtements présentés dans le dressing, le chanteur enfile au fur et à mesure pantalons, guitares et lunettes. Quand il se saisit d’une des vestes, un titre se lance.


Pierre et Thibault ont, eux, choisi de créer plusieurs animations minimalistes. Le projet, renommé la Bio2 -M-, propose de revisiter en musique le parcours de l’artiste. Chacune des 8 icônes s’inspire d’une chanson et se met en mouvements au clic. Une manière de balayer plusieurs techniques d’animation.

Enfin, le projet d’Alexis s’inspire des « Doodles ». Il signe une sorte de d’illustration libre, un chaos de petits dessins au sein desquels il faut fouiner pour déclencher des animations. Un amusant panorama.




Ces trois projets totalement différents démontrent la diversité des productions de la journée. Au total, 53 projets différents vont venir nourrir le site, signés de la main des 103 étudiants présents à ce créathon. La fin de l’après-midi a été consacrée à la présentation des travaux devant Matthieu Chedid. Les étudiants ont pu l’impressionner par leur maitrise technique et créative, révélatrice d’une génération qui sait à la fois maitriser le dessin, l’animation et son interaction avec le son.

Interview de Matthieu Chedid


Qu’as-tu pensé du travail réalisé par les étudiants aujourd’hui ?

J’ai été impressionné. Je ne pensais pas que ça serait aussi élaboré au niveau notamment de la technologie. J’avais fait exprès de ne pas trop me documenter, et de laisser beaucoup de liberté aux étudiants pour avoir une sorte d’émerveillement naturel. Je n’ai pas de repères particulier dans la pédagogie des écoles de graphisme, donc je pouvais m’attendre à plusieurs niveau. Et c’est vrai que j’ai été assez surpris par la poésie, la créativité, la finesse et l’écoute des étudiants. On sent qu’ils traitent des thèmes d’une manière particulière. Qu’ils rentrent vraiment dans l’univers, qu’ils ne vont pas forcément dans les évidences. Au final, il y a beaucoup de sensibilité et aussi du travail. La plupart des choses que j’ai vues me font penser à des choses d’un niveau professionnel. Je m’attendais à quelque chose de plus « esquissé », de moins abouti.

Quelle place accordes-tu à l’image dans tes projets ?

Je fais toujours attention à l’image car j’adore la fusionner avec le son. Les deux font partie de mon monde. D’un autre côté, avec LABO2M, j’ai été explorer de nouveaux univers. Je voulais aller dans le monde de l’expérimentation, de l’inconnu, des rêves. Avec Matthias Picard, on a fait une bande dessinée inspirée d’un rêve. On est dans le monde du surréalisme, du dadaïsme. Cette fois-ci, je pousse un peu plus sur le côté graphisme et expérimental. D’habitude, j’adapte plus l’image à un univers de chanson ou de spectacle.

« Tout artiste, tout musicien, se doit de s’ouvrir à d’autres univers. »

Penses-tu qu’il faut être un artiste accompli pour se permettre ce type de projet ?

Je crois que les inspirations ou les envies viennent au moment où tu les fais. Il ne faut pas que ça soit trop prémédité. Je ne fais pas les choses dans le calcul. J’essaie de me laisser porter par la vie, et là, ce projet est venu comme ça. J’ai eu envie de tenter cette expérience. J’aurais pu le faire plus tôt, j’en ferais peut-être plus tard. En tout cas, je pense que tout artiste, tout musicien, se doit de s’ouvrir à d’autres univers.
Si ça inspire et que je peux inspirer d’autres gens, donner envie à d’autres musiciens de faire des albums un peu fou, tant mieux. Dans mes spectacles, j’espère faire des choses qui ouvrent des portes. Je pense qu’on est là pour ça.

Quelque part, Matthieu Chedid, on en retient toujours l’expérience ?

Ça peut paraître un peu « fleur bleue » mais honnêtement, dans ce que je fais, il y a ce langage organique, un truc du coeur. Je n’ai jamais fait quelque chose pour des raisons superficielles. Après on aime ou on aime pas, peu importe, mais au fond il y a de l’authentique, que les gens ressentent. Ce qui fédère dans mes projets, c’est qu’il y a cette chose qui vient du bon endroit. On peut discuter de la qualité, des choix, mais la provenance est toujours pure.




La journée ne s’est pas arrêtée là, puisque l’école a également tenu à faire plaisir au chanteur en demandant aux première année de réaliser des totems, en l’initiant à un cours de sérigraphie et en lui proposant une petite expo sur divers projets réalisés par des étudiants.

C’est ensuite pour ponctuer cette journée et remercier tous les étudiants, que Matthieu Chedid a fait ce qu’il sait faire de mieux avec un petit concert improvisé.

Photos et propos recueillis par Charles Loyer

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