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Édito

// Make a move. //

Disparu le 18 octobre 2020, le prolifique Enzo Mari s’est affirmé, toute sa vie en défense d’un design déontologique. À la question « Qu’est-ce qu’un bon design ? », il répondit : « Bon signifie durable, accessible, fonctionnel, bien fait, pertinent émotionnellement, résistant, socialement bénéfique, beau, ergonomique et accessible financièrement ». Celui qui, à travers le projet « Autoprogeazione » mettait à disposition les plans de sa collection, invitant les amateurs à construire eux-mêmes leur mobilier, avait une conviction : rendre l’utilisateur actif dans la production l’engage à en comprendre les principes de fonctionnement et par là même, sa valeur. C’est, sans doute, à ce même principe, que le designer italien souscrit, lorsqu’il immisce le mouvement dans ses œuvres. L’art cinétique, qu’il déploie dans de nombreux objets, donne à l’utilisateur le pouvoir de modifier les formes, de les animer en fonction d’une perspective ou d’un mouvement. En un sens, il ôte à l’artiste une part d’autorité pour la déléguer au spectateur. Dans le texte d’introduction au catalogue d’exposition « Arte programmata », publié en 1962, Umberto Eco avait saisi cet enjeu. « L’art au XXe siècle devait proposer à l’homme la vision de plusieurs formes simultanément et continuellement en évolution parce que telle était la condition à laquelle sa sensibilité était soumise (…) Tant mieux si les géomètres des formes, les planificateurs des poudres de fer, les architectes des sphères juxtaposées, les poètes des moteurs électriques qui mettent en mouvement des rubans colorés, huiles, surfaces de treillis, perspex, feux, plaques, tasseaux, cylindres, auront habitué (le critique artistique du futur) à considérer les formes non pas comme quelque chose qui attend d’être vu, mais comme quelque chose qui se fait tandis que nous le considérons ». Ses paroles, prononcées il y a presque soixante ans, résonnent aujourd’hui dans une société, où l’interaction a pris le pas sur les formes d’expression unilatérale. C’est à travers ce prisme que nous avons souhaité reconsidérer les évolutions optiques et cinétiques dans le design, avec, bien sûr l’humilité de n’en avoir prélevé que quelques échantillons. Nous ne pouvons aussi, dans ses pages ne vous en présenter que des images et donc des points de vue arrêtés. Voilà donc l’occasion de vous avertir que l’œuvre d’Enzo Mari est présentée à la Triennale de Milan jusqu’au 18 avril 2020, et que cette rétrospective sera l’occasion d’observer, sous tous les points de vue, les créations d’un designer révolutionnaire. Suivant les derniers vœux du créateurs italien, ce sera aussi la dernière opportunité d’accéder à son œuvre pour les quarante années à venir. Le mouvement vous appelle !

Par Caroline Bouige

 

Couverture

Création d’Ines Alpha en collaboration avec l’artiste Kaya Kozo. Inspiré par un univers floral mais aussi aquatique, ce maquillage 3D ondule en fonction des mouvements du visage et dévoile des reflets irisés. Interview page 70 de ce numéro. www.inesalpha.space

 

Agenda

04/03 – Typographie et jeu-vidéo, comment en faire un mariage réussi ?

Aujourd’hui, chaque jeu-vidéo représente un travail colossal et rien n’est laissé au hasard. Du gameplay au motion design, ce sont des compétences multiples et diverses qui sont sollicitées. Parmi eux, les designers graphiques ont fort à faire, tant les nombreuses informations présentes dans un jeu-vidéo nécessitent différentes organisations et mises…

Feed

Time Book, des serre-livres comme specimen typographique

Dans le cadre du prochain numéro d’étapes: à paraître ce mois-ci et disponible en pré-commande ici jusqu’au 15 mars, nous publions un extrait de notre rubrique « Concours ». Projet issu du Type Directors Club #66TIME BOOK Quinsay Design, Hangzhou Située dans la ville de Hangzhou, non loin de Shanghai, Quinsay est une agence…

Ressources

PERGRAPHICA® lance Catching Feels, un nouveau Lookbook présentant ses papiers premium

Pour tous les créatifs, le lancement d’un nouveau lookbook est un évènement. Ces ouvrages servent à présenter l’ensemble de leurs réalisations et permettent aussi de démontrer les qualités d’impression et d’ennoblissement des papiers utilisés. Un lookbook est donc en définitive une véritable vitrine pour les directeurs artistiques, les maisons d’édition…