Entrevue avec Aurélie Dorard, céramiste contemporaine

Aurélie Dorard, céramiste parisienne, a progressivement construit sa singularité au fil des années. Elle a notamment travaillé pour une agence de communication visuelle et elle a fondé d’autre part la librairie conceptuelle The Lazy Dog, pour ensuite se recentrer sur une activité plus libre, plus lente et plus créative, en l’occurrence, la céramique.

Aurélie a su insuffler un nouveau sens à son quotidien et une aura dans chacune de ses créations. Étapes a souhaité explorer l’univers inspiré et inspirant de cette artiste.

 » Entre artisanat, art, et design, mon travail s’inscrit dans une démarche de durabilité et de décélération du temps « 

Vous êtes à l’origine de The Lazy Dog, pourriez-vous revenir rapidement sur ce qu’était ce lieu, cette expérience ?

Aurélie Dorard : The lazy dog était une librairie galerie spécialisée en graphisme, illustration, photo, cultures urbaines, lifestyle… Nous proposions des livres bien sûr mais « pas que ». L’idée était de mettre en avant le travail des graphistes ou illustrateurs sur différents types de supports. Nous vendions donc aussi des affiches, de la papeterie, des tee-shirts et toutes sortes de goodies liés à des petits labels et artistes dont nous aimions le travail… C’était un carrefour de rencontres incroyables, un terrain de jeux où tout était ouvert. Notre public était composé de professionnels de l’image, graphistes, illustrateurs, DA, photographes, mais nous souhaitions proposer des produits qui puissent s’adresser à un public de non initiés. Nous avions à coeur de faire découvrir des artistes et de faire vivre le lieu à travers des expos et différents évènements.

Pouvez-vous nous parler de votre pratique actuelle de création ?

A : J’ai commencé la céramique en loisirs à mesure que mon activité à The Lazy Dog se développait. L’entreprise grossissait et la charge de travail organisationnelle et administrative grossissait aussi. J’avais donc besoin de revenir à quelque chose de plus créatif et plus libre. Aujourd’hui, je consacre tout mon temps à la création, la fabrication et la distribution de petites séries et de pièces uniques en céramique. Des objets décoratifs ou/et utilitaires en grès et porcelaine.

Quel était votre parcours étudiant ? Comment en êtes-vous arrivée là ?

A : J’ai suivi des études de communication visuelle. Déjà à l’époque je souhaitais travailler le « volume » et si possible « avec mes mains ». Je pensais m’orienter vers la scénographie ou l’animation volume (films d’animations, marionnettes), mais en sortant de l’école j’ai trouvé très rapidement un job dans une grosse agence de communication visuelle. J’ai eu la chance d’intégrer une cellule un peu spéciale au sein de l’agence, qui gérait tous les projets de refonte d’identité ou de positionnement de marque et tous les projets un peu ludiques du genre création de mascottes etc… C’était donc assez créatif mais le cadre d’une grosse structure ne me convenait pas et l’univers « marketing corporate » m’a rapidement rebuté. J’y suis resté 5 ans et j’ai monté la librairie en parallèle. C’était une expérience extrêmement enrichissante mais au bout de sept ans harassantes, nous n’avions plus la même motivation. La céramique que je pratiquais déjà à ce moment, était à la croisée de mes besoins créatifs et spirituels. Je voulais revenir à quelque chose de plus concret. La matière me fascine toujours et il y a la dimension créative bien sûr. Je voulais continuer à travailler de manière indépendante et faire un travail manuel. Je ne voulais plus passer autant de temps derrière mon écran.

Quel univers cherchez-vous à construire au travers de votre atelier ?

A : Je fabrique des objets décoratifs et utilitaires. Des objets du quotidien, sensibles, voués à être regardés mais aussi touchés et sentis. Entre artisanat, art, et design, mon travail s’inscrit dans une démarche de durabilité et de décélération du temps. Je propose des objets avec du sens pour des clients à la recherche d’une consommation responsable, des objets avec une âme. Je produis des pièces façonnées entièrement à la main avec une technique exigeant un savoir-faire important et dont chaque exemplaire sera unique. J’adore l’idée de pouvoir faire des choses nouvelles et contemporaines avec un matériau naturel et ancestral, auquel on n’impose pas de contrainte de temps.


« Chez Aurélie », par Jean-Christophe Torres.

Pourriez-vous décrire votre univers ?

A : À la croisée d’un savoir faire traditionnel et d’une esthétique contemporaine, je dirais que je cherche à développer un univers qui est vecteur d’émotions et de sensations. A travers les objets que je crée, je cherche à surprendre et à transmettre de la poésie dans la vie de tous les jours.

Les expériences professionnelles que vous avez eues vous ont-elles aidées pour développer votre pratique actuelle de la céramique ?

A : Oui, dans le sens où j’ai été habituée à avoir une démarche créative mais également à gérer une petite entreprise. Elles m’ont aussi appris à savoir ce dont je n’avais plus envie.

Quelles sont vos principales inspirations ? Est-ce que le design et le graphisme sont-ils des sources de création pour vous ?

A : Mes sources d’inspirations sont variées : la matière terre, la nature, l’architecture, l’enfance, l’anthropomorphisme, les rêves, le surréalisme… De mon passé de directeur artistique dans la communication visuelle, j’ai gardé un goût pour le dessin et les jeux graphiques, mais la matière me fascine aussi et j’aime faire contraster les textures. Je peux passer d’une porcelaine blanche et translucide à un grès noir brut et chamotté, du mat au brillant, et du lisse au granuleux.

Pouvez-vous parler du choix des couleurs ? Sont-elles symboliques ?

A : En céramique, le choix des couleurs est issu d’une longue recherche qui s’apparente au travail d’un chimiste. L’émail n’a rien a voir avec la peinture car l’étape du feu à la cuisson vient fusionner les matières et couleurs en une matière immuable. J’aime les couleurs douces. Pour moi, elles doivent renvoyer au naturel, à l’organique mais également à ce que l’esprit peut amener de plus subtil ou créatif. La ligne qui se dégage de mon travail aujourd’hui serait de mettre en avant cette matière première brute et mate, le grès ou la porcelaine, parfois même de la poudre d’oxydes… En contraste avec un jeu plus graphique ou dessiné, amenant finesse, traces du passage de la main et de l’esprit.

Vous utilisez de la céramique et de la porcelaine, quel est votre matériau de prédilection ? Qu’est-ce qu’il vous plaît chez lui ?

A : Je travaille les terres de haute température : le grès et la porcelaine (qui sont toutes les deux de la céramique, au même titre que la faïence mais qui elle est une terre de basse température). Ce sont des terres qui ont la propriété de cuire à 1280°C. Cette cuisson rend la terre étanche. On dit que le tesson est « fermé ». C’est à dire que la matière a totalement fusionné, elle n’est plus poreuse. C’est une transformation magique qui se fait par l’étape du feu. C’est un peu comme reproduire un phénomène naturel. Visuellement ou au touché, c’est quelque chose qui se ressent comme profond, inaltérable et rassurant.

Pourriez-vous caractériser votre esthétique ? En Revendiquez-vous une en particulier ou est-ce trop tôt ?

A : Je suis encore dans la recherche mais je me rapporterais plutôt à mon choix de couleurs et de matériau.

Vous considérez-vous comme artisan ou artiste ?

A : Les deux. Je n’ai pas une production standardisée, chaque objet que je crée est né de mon imagination, d’une réflexion, du travail de mes mains et de la matière. Ce qui distingue l’artiste de l’artisan est pour moi une question de point de vue. Un bol peut à mon sens être un objet porteur de sens, une oeuvre d’art à usage utilitaire.

Le fabriqué en France semble revenir depuis quelques années ? Est-ce justement une tendance qui vous anime ?

A : Oui, j’irai même plus loin. Je suis encore davantage animée par le fait de connaître les personnes qui produisent les objets qui partagent mon quotidien, comme j’aime savoir d’où provient ce qu’il y a dans mon assiette.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

A : Je travaille à la recherche de nouvelles formes et couleurs. Je prépare plusieurs événements à la rentrée, dont ma participation à la biennale des métiers d’art de Pantin en octobre et une exposition dont je ne peux pas encore parler.

Où sont vendues vos créations ?

A : Je vends en direct à mon atelier, lors de ventes de créateurs ou salons des métiers d’arts. J’ai également un petit portail de vente en ligne sur le site Etsy. Et mes collections sont distribuées dans plusieurs boutiques telles que : Maison Nordik, Le Sept Cinq, Centre Commercial, Wait Paris Store, French Touche, Les Petroleuses.

Que pensez-vous de la plateforme Etsy par exemple ?

A : J’aime bien l’esprit d’Etsy. C’est une plateforme qui renforce les entreprises créatives, les économies locales, les engagements collectifs et aide à changer la manière dont nous achetons, vendons et créons des biens. Elle développe de nombreux outils pour aider à développer une activité et fédérer une communauté de vendeurs et d’acheteurs.

Envisagez-vous de créer un shop en ligne sur votre site ?

A : Pour l’instant Etsy me convient mais j’y réfléchis.

Quels sont vos projets futurs ?

A : J’ai plusieurs projets… J’aimerais bien travailler d’autres matériaux comme le verre ou le métal. J’aimerais aussi faire plus de pièces uniques. Je souhaiterais développer les cours que je donne pour l’instant de manière ponctuelle. Cela me plaît beaucoup car c’est un temps partagé autour de la terre et de la création et cela permet d’être moins dans la productivité. Et j’aimerais un jour ouvrir un espace dédié à la créativité où je puisse également montrer le travail d’artistes où artisans dont j’admire le travail.

 » Je voulais continuer à travailler de manière indépendante et faire un travail manuel. Je ne voulais plus passer autant de temps derrière mon écran. « 

Pour plus d’informations sur Aurélie Dorard :
aureliedorard.com
Facebook
Instagram
[email protected]
+33(0)6 29 99 72 22

Propos recueillis par Nicolas Roche

Lieux de vente de ses créations :

MAISON NORDIK : 159 rue Marcadet, 75018 Paris

LE SEPT CINQ : 54 rue Notre Dame de Lorette, 75009 Paris

LE SEPT CINQ : 26 rue Berger, 75001 Paris

CENTRE COMMERCIAL : 2 rue de Marseille, 750010 Paris

WAIT-PARIS STORE : 9 rue Notre Dame de Nazareth, 75003 Paris

ELVIS : 17 avenue reille, 75014 Paris

FRENCH TOUCHE : 90 rue Legendre, 75017 Paris

LES PETROLEUSES : 7 rue Versigny, 75018 Paris

LES BULLES : 145 avenue Pasteur, Bagnolet 93170 Bagnolet

SUMMER CAMP : 10 rue Masurel, 5900 Lille

MIZUE : rue des 3 Croissants, 44000 Nantes

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