George Hardie au Bel Ordinaire : « voir des choses et les faire voir »

Le graphiste, illustrateur et enseignant anglais George Hardie, connu pour ses pochettes de disques pour Pink Floyd ou Led Zeppelin dans les 70’s, bénéficiait d’une exposition monographique au Bel Ordinaire, à Pau. Quelque peu mise à mal par la Covid-19, l’exposition « Voir et faire Voir », dont le commissariat était assuré par Claire Colnot & Amish Shah, deux anciens élèves de George Hardie, donnait l’occasion de revenir sur 51 ans de carrière de cet incontournable graphiste anglais. Membre du fameux groupe Hipgnosis au début des années 1970, sa production ne s’est néanmoins pas cantonnée aux pochettes de disques. George Hardie aura sondé toute sa vie des médiums différents, de l’auto-édition à l’illustration.


Né en 1944 à Chichester, modeste bourgade du sud de l’Angleterre, il étudie à la St Martin’s School Of Art puis au Royal College of Art, avant de poser ses crayons chez NTA Studio. C’est ici qu’il collabore avec Hipgnosis, groupe de designers emblématique des 70’s. L’impact qu’ont eu par la suite ses créations pour le Dark Side of the Moon des Pink Floyd ou Led Zeppelin, a cependant été sous-estimé par George Hardie lui même. Modeste, il dit de ces oeuvres qu’elles lui ont simplement donné « un passé », ne réalisant qu’à 60 ans qu’il « ne pouvait plus ignorer cette partie de sa jeunesse gâchée à concevoir des pochettes de disques ».


Les 217 oeuvres réunies dans l’exposition « Voir et Faire Voir » rendaient ainsi justice à George Hardie en montrant l’étendu de ses connaissances. Les bases de son savoir, constitué par des recherches sur la forme, le volume, la couleur ou les multiples niveaux de lecture d’une image, étaient appliquées à des supports variés. En témoignent ses timbres pour le Royal Mail, (dont un du tunnel sous la manche reprit par La Poste) ou son ouvrage « Metaphorical Measurements for a British Olympics », qui suscita des réactions amusées outre-manche.


Le charme et la force des travaux de George Hardie se manifestent particulièrement dans son humour et sa compréhension profonde des règles de la communication graphique. Sans efforts apparents, ses oeuvres suscitent des réactions allant du rire à l’émerveillement ou la stupéfaction. Ses dessins dépassent le simple travail du professionnel face à une commande et forcent à chaque fois à « porter une nouvelle paire de lunettes », à expérimenter de nouvelles idées. Ainsi, chaque nouveau projet semble pousser George Hardie un peu plus dans un réseau complexe de règles liées à la fonctionnalité, à l’impression, au contexte, au destinataire du message…

« Voir et Faire Voir » permettait donc de prendre la mesure de l’étendue du travail de George Hardie, graphiste fascinant et attachant dont nous n’avons pas fini de sonder l’oeuvre.


Pour aller plus loin :

‘The rules of the game’, article de Daniel Nadel, paru dans Eye no.58 vol.15, 2005.

« George Hardie on five decades of illustrating and designing by hand » article d’Alexander Hawkins paru sur It’s Nice That en 2016

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