Interview de Damien Mathé, enseignant en graphisme à l’ESA St-Luc Tournai

Dans le cadre de sa rubrique « les Portes Ouvertes Numériques », étapes: vous fait découvrir des écoles d’art et de design et les formations qu’elles dispensent. Nous vous présentons l’ESA St-Luc Tournai à travers une interview de Damien Mathé, enseignant en graphisme.


Auffret Mahée – Big King Market


Pouvez-vous présenter les grands axes pédagogiques de l’ESA SaintLuc Tournai?

L’un des axes majeurs de la pédagogie de notre ESA est le suivi personnalisé des étudiants. Au-delà des travaux pratiques mis en place pour permettre aux élèves d’acquérir des compétences artistiques et techniques, l’objectif est d’aider à se découvrir en tant que créateur. Nombreux sont celles et ceux qui entrent chez nous avec une profonde envie de créer, sans toutefois avoir une idée précise de ce qu’ils recherchent : bien souvent, ils ne sont pas conscients de leur potentiel. C’est en se mettant au contact des projets et de leurs finalités diverses qu’ils se dévoilent peu à peu, quitte à parfois se surprendre eux-mêmes. Notre philosophie consiste à faciliter cette prise de conscience, en encourageant la singularité et l’originalité des propositions, ainsi que la remise en question permanente. Nous invitons nos étudiants à révéler leur personnalité artistique, tout en respectant les consignes propres à chaque projet. En d’autres termes, notre première vocation est de former à la créativité, et non à une technique particulière. L’outil doit toujours s’adapter au concept, et non l’inverse.

Martin Bouscayrol


Selon vous, quelle est la spécificité de l’ESA Saint-Luc Tournai par rapport aux autres écoles de design?

Notre école délivre, à l’issue de trois années d’études, un diplôme de Bachelier en Arts Plastiques Visuels et de l’Espace (accompagné d’une mention de spécialisation dans l’une des six options que compte l’ESA). Il s’agit d’un cycle court, mais qui ne transige pas pour autant sur l’exigence de la formation. Nous faisons en sorte de fournir une éducation artistique de base très solide, qui permet à minima de se lancer dans une activité professionnelle, ou de choisir un complément de formation, si souhaité. Par exemple, au sein de l’option Graphisme, dans laquelle j’enseigne, il est fréquent de voir des étudiants se diriger vers le motion design ou l’animation. Ce sont des pratiques que nous abordons pendant le cursus, mais que nous n’avons pas forcément le temps de développer à part entière, comme le ferait une école spécialisée. Mais ce n’est pas un souci, car nous délivrons un bagage suffisamment généraliste pour être autonome dans la plupart des situations. En réalité, nous essayons de faire goûter à nos étudiants un panel élargi de procédés, afin que chacun puisse y trouver son intérêt, voire éveiller une curiosité qui deviendra peut-être quelque chose de plus déterminant à l’avenir.

Joseph Baert – The Lucs


En quoi l’école forme-t-elle à la réalité professionnelle du métier de designer graphique?

Une des principales qualités d’un créatif est d’être capable de rebondir, même lorsqu’il est confronté à une demande inédite. Il y a des milliers de solutions qui n’existent pas encore, et on ne peut les trouver que si l’on entraine son esprit à les débusquer. Nous exposons les étudiants à des projets de natures très variées, ce qui les pousse à réinventer constamment leur mode de pensée. En quelque sorte, nous les entrainons à développer leurs ressources créatives, de manière à ce qu’ils soient capables d’élaborer leurs propres stratégies, y compris face à des situations inattendues.

Karotkaya Alina – Magazine


Quelle conception du design l’école transmet-elle aux étudiants?

Nous essayons le plus possible d’éviter que notre école ressemble à un « moule », qui produirait des bacheliers tous semblables les uns aux autres, bien que l’on ne puisse pas nier qu’il est possible de reconnaître quelqu’un qui est passé autrefois par nos murs. Le design, c’est agencer des formes, des rythmes, des couleurs, des matières… Mais c’est aussi une façon de penser, et c’est ce que nous défendons avant toute chose. Les idées et le concept doivent prévaloir, quelle que soit la technique employée. Nous sommes persuadés qu’un designer bien formé artistiquement, culturellement et intellectuellement, sera mieux armé face aux mutations de la profession, que quelqu’un qui serait spécialisé dans un domaine exclusif, et dont le profil est au bout du compte à la merci des éventuels bouleversements sectoriels, qui se multiplient avec la numérisation des métiers. Nous encourageons la démarche, la prise de moyens et de risques.

Sophie Mil – Projets exposés lors de sa présentation de diplôme


Selon vous, quels sont les grands enjeux auxquels le design va devoir faire face?

Personnellement, je crois que le développement de l’intelligence artificielle va représenter un très grand défi pour nos métiers. Bien que je ne pense pas qu’elle incarne une menace pour la créativité dans son ensemble, elle peut néanmoins concurrencer la branche plus « exécutante » de notre secteur. Il suffit de voir les progrès fulgurants du machine learning (qui devient le moteur de plus en plus de fonctions des logiciels de création) pour s’émerveiller d’un côté, tout en s’interrogeant sur les profonds changements qu’ils impliqueront pour les métiers de l’image à l’avenir. Alors qu’il existe déjà des plateformes en ligne qui proposent un logo pour une vingtaine d’euros, et que des applications pour smartphone permettent d’en créer quasi gratuitement, l’IA pourrait être perçue comme un nouvel instrument de compression des revenus des créateurs. Il y aura des révolutions et des déceptions, à n’en point douter, mais je pense que notre métier se transformera, comme il l’a toujours fait, et qu’au bout du compte l’ingéniosité et la sensibilité humaines resteront les meilleurs choix, car si les algorithmes impressionnent par leur efficacité brute, ils sont incapables de saisir la finesse, les détails, ou tout ce qui est implicite dans un processus créatif. L’ordinateur calcule plus vite que nous, mais est-ce qu’il pense mieux ? Je crois qu’avec la bonne pédagogie et la priorité placée sur l’humain — l’écoute et la prise en compte des besoins — nos créations auront toujours plus de charme et de pertinence, et continueront à trouver leur public.

Olivia Bécart


En quoi l’ESA Saint-Luc Tournai s’adapte-t-elle à ces évolutions ?

On ne bâtit pas sa carrière sur un seul outil, et encore moins aujourd’hui. Nous savons que tout peut changer, sur un laps de temps parfois plus court qu’il n’y paraît. Quelle que soit la nature du challenge qui se présage, nous pensons que le bagage que nous transmettons confère l’autonomie nécessaire pour réagir, et vivre ces transformations de façon relativement sereine. Accepter l’évolution, en quelque sorte, et trouver de nouvelles manières de s’exprimer ou de répondre à la demande. Les pratiques de l’option Graphisme ont beaucoup changé sur les vingt dernières années. Aujourd’hui, nous travaillons sur des concepts qui font appel à une large palette de méthodologies : illustration, photographie, sérigraphie, scénographie, gravure, 3D, travail de la typographie, animation, etc. Bien entendu, il en va de même pour les autres options de notre ESA. L’idée, encore une fois, n’est pas d’en faire une spécialisation, mais de permettre aux étudiants de toucher à des médiums différents, de s’exprimer de manière personnelle et singulière à travers eux, et ainsi élargir leur capacité de réaction. C’est, nous le pensons, leur atout majeur pour affronter les enjeux de demain.

Claire Perelli – Kimchi
Anouk Sipos – Canned Hits


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