Interview de Camille Mouchet, licière à la Manufacture nationale des Gobelins

Dans le cadre de sa nouvelle rubrique « les Portes Ouvertes Numériques », étapes: vous fait découvrir des écoles d’art ou de design. Aujourd’hui, nous vous présentons le Mobilier national, les Manufactures des Gobelins de Beauvais et de la Savonnerie. Pour mieux vous faire découvrir les formations dispensées, nous interviewons d’anciennes élèves. Aujourd’hui, nous vous présentons Camille Mouchet, actuellement technicienne d’art (artiste licier) à la Manufacture nationale des Gobelins.

Camille Mouchet, sur un métier à tisser de basse lice
©Mobilier National, Thibaut Chapotot


Bonjour Camille. Pouvez vous nous dire ce qui vous intéresse dans votre métier ?

Dans un premier temps et assez simplement, le textile en lui même.
J’aime travailler la laine, voir les couleurs se mélanger sous mes doigts. L’idée de réaliser une oeuvre de A a Z est aussi une fierté. Nous montons le métier à tisser, choisissons les couleurs, la préparation… Le dialogue avec les collègues est une étape importante, particulièrement intéressante avant de commencer à tisser.

De plus mon métier a un lien direct avec notre patrimoine, nous réalisons des oeuvres textiles avec une technique ancestrale. Elles vont durer dans le temps et seront peut-être un jour restaurées ou exposées dans des musées.

En création je trouve un réel intérêt à travailler avec des artistes vivants et renommés, connaître leurs points de vue, leurs discours etc. Plus qu’intéressant, je dirais que c’est passionnant.

Camille Mouchet sur un métier à tisser de basse lice
©Mobilier national, Thibaut Chapotot


En quoi votre formation vous a t-elle préparée à la réalité professionnelle de votre métier ?

Je pense que personne n’est réellement préparé à la réalité professionnelle de notre métier. Il faut déjà devenir licière, et ensuite passer plusieurs années à tisser pour se rendre compte de ce que cela implique.
Notre formation est très poussée et prépare parfaitement à la technique grâce à l’acquisition de bases solides.

La pratique technique étant la plus grosse part du cursus de formation nous savons tisser lorsque nous arrivons dans les ateliers professionnels, nous avons des connaissances en art pour dialoguer et comprendre les artistes, nous maitrisons la couleur et le dessin.

Nous apprenons aussi à appréhender le temps d’une nouvelle manière. Nous connaissons parfaitement la réalité de notre métier, car nous sommes en lien direct avec nos futurs collègues que nous voyons tisser au fil des jours de notre formation.

Mais l’ambiance d’un atelier et celui d’une formation ont tout de même bien des différences, comme dans toutes les professions je suppose.

L’artisanat est un métier qui s’apprend chaque jour au contact des plus anciens, la formation se poursuit ainsi bien après nos études.

Essais sur un métier à tissé de basse lice


Qu’est ce que votre école vous a enseigné ou transmis qui va au-delà de la technique et de la réalisation ?

Il y a bien entendu toute la formation en histoire de l’art, le fait d’appréhender une oeuvre sous un autre angle, comprendre les courants, développer son oeil critique et ses gouts en matière d’art. La formation nous enrichit personnellement. Elle m’a appris à voir les choses d’un autre oeil, notamment les formes et les couleurs, à avoir une nouvelle approche du temps qui passe et du travail demandé pour réaliser une tapisserie. Mais j’ai aussi appris à accepter le jugement des autres sur mon travail artistique et cela n’est pas une chose facile.

Quelle a été la chose la plus importante à l’école ?

La chose la plus importante a l’école ? J’ai envie de répondre les copines ! C’est un peu bateau comme réponse, mais elle est primordiale car les amies que vous vous faites pendant votre formation deviennent en réalité vos futures collègues ! C’est une chance de travailler dans un atelier entourée de personnes que vous appréciez.

Mais plus techniquement, la chose la plus importante à l’école était l’atelier de tissage. C’est là ou nous avons passé le plus de temps, appris notre futur métier par le biais d’un formateur. Il nous transmet son savoir faire et toutes ses connaissances pour nous permettre de réussir au mieux. Nous apprenons à défaire, à accepter de ne pas y arriver, à comprendre la tension du fil, à l’apprivoiser.

Flûtes utilisées sur les métiers à tisser de basse lice
©Mobilier national, Thibault Chapotot


Quelles surprises vous a réservé votre formation ?

La formation se déroule dans l’enclos de la Manufacture des Gobelins, un petit espace hors du temps caché dans le 13ème arrondissement ! Rien que cela, c’est une véritable surprise. Je suis tombée sous le charme du lieu en le visitant la première fois et depuis 10 ans je ne me lasse pas de cet endroit. Sortant d’un bac technologique et ne venant pas d’un milieu artistique, la formation ma réservé d’autres surprises… De la découverte de courant artistiques comme le maniérisme, aux premiers cours de modèle vivant, an passant par la visite de certains musées, le stage dans les ateliers de teinture où encore les expositions à la galerie des Gobelins…

Trois mots pour qualifier vos années d’études ?

Uniques, enrichissantes et joyeuses !


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