Interview de Pénélope Isnard, étudiante au Campus Fonderie de l’Image au sujet de la création de l’affiche des Puces Typos #10

Dans le cadre de sa nouvelle rubrique « les Portes Ouvertes Numériques », étapes: vous fait découvrir des écoles d’art et de design et les formations qu’elles dispensent. Aujourd’hui, nous vous présentons Le Campus Fonderie de l’Image et ses formations en mettant en ligne des interviews d’actuel-les ou d’ancien-nes élèves. Dans cette interview par Le Campus Fonderie de l’Image, Pénélope Isnard, étudiante en design graphique, revient sur le workshop de création de l’affiche des Puces Typo #10 qu’elle a réalisée.


Chaque année au printemps, depuis 10 ans maintenant, se déroule le salon des Puces Typo, qui rassemble une cinquantaines d’exposant-es : dessinateurs et dessinatrices de caractères, imprimeurs et imprimeurs, éditeurs et éditrices indépendant-es, et designer-es.

Pour la cinquième année consécutive, le concours de création de l’affiche du salon est organisé autour d’un laboratoire typographique, sous forme de workshop, suivi d’un jury officiel où seulement cinq projets sélectionnés sont présentés par les étudiant-es finalistes au sein du Campus Fonderie de l’Image. Animé par deux intervenant-es professionnel-les du dessin de caractères, de la calligraphie, du signe typographique, ou de l’édition, ce laboratoire typographique est donc toujours l’occasion spécifique de se pencher sur certains enjeux de la création contemporaine de signes. 

Après Louise Robert, Léa Lefrançois, Camille Giunti, c’est Pénélope Isnard qui signe l’affiche officielle de la 10e communication des Puces Typo, le salon de la typographie et de l’édition de caractères fines et hautes en couleur. Comme ses prédécesseuses, Pénélope reçoit un financement pour se rendre à la semaine de la culture graphique thématique organisée par les Rencontres de Lure (partenaire historique de l’école) en août, offerte par le Campus Fonderie de l’Image. Cette année elle pourra découvrir et profiter de cette semaine pour rencontrer des professionnel-les du design participant au conférences autour du thème « D’ailleurs — Alterités, horizons nouveaux, design graphique et typographies d’ailleurs ».

Née à Paris, Pénélope Isnard a grandi à Cerny (Essonne). À maintenant 23 ans, Pénélope étudie au Campus Fonderie de l’Image en Mastère 1 Directeur-e de création en design graphique sous la direction de Clara Debailly et Elodie Mallet et prévoit de faire une dernière année en alternance avant de poursuivre son parcours professionnel.


L’annonce fait donc suite à un laboratoire typographique et au jury officiel du concours, encadré pour cette dixième édition par Léna Araguas et Alaric Garnier (Rotolux Press), Simon Renaud (dessinateur de caractères, co-organisateur de International Type Symposium – Fonts & Faces),Vincent Desclaux (studio Vincent Desclaux, ancien maquettiste DC d’étapes : magazine) et Margot Mourrier Sanyas (responsable de la communication du Campus).

Affiche des 10 ans des Puces Typo @ Pénélope Isnard


Pendant cette semaine de workshop les étudiant-es ont (ré)appris à concevoir des signes et à transmettre un message en affiche, ainsi qu’à répondre à une commande. Cette année, les étudiant-es de Mastère 1 Directeur-e de création en design graphique ont suivi du 24 au 28 février le workshop Form unfollows function, animé par Simon Renaud et par Vincent Desclaux. Entre expérimentation de nouveaux gestes et outils, conception de grilles pour donner naissance à des formes et recherche de formes à partir de supports variés et création de caractères et de signes suite aux recherches effectuées, les étudiant-es ont passé une semaine riche en apprentissage et créativité.

Pénélope a bien voulu répondre à quelques une de nos questions pour nous parler de ses goûts graphiques et de son parcours scolaire et professionnel le temps d’une interview !

Campus Fonderie de l’Image : Pénélope, tout d’abord félicitations, tu viens de remporter le concours d’affiche des Puces Typo ! Est-ce que tu pourrais nous en dire un peu plus sur ce que représente ton affiche ? Comment as-tu eu envie d’aborder les Puces Typo dans cette affiche ?

Pénélope Isnard : Alors tout d’abord merci beaucoup ! Il faut savoir que j’ai réalisé cette affiche dans le cadre d’un laboratoire typographique sous forme de workshop encadré par Simon Renaud et Vincent Desclaux. Le sujet de ce workshop était « Form unfollows function », ce qu’on peut littéralement traduire en français par « Les formes ne suivent pas les fonctions » ; l’idée étant de mieux déconstruire le sujet de la typographie pour trouver de nouvelles manières de l’exploiter. Petit à petit au cours de mes recherches je me suis posée la question sous cette forme : “ la typographie ne veut-elle dire quelque chose que parce qu’on lui donne du sens ? “. C’est donc cette idée que j’ai voulu creuser. La typographie, comme signes organisés pour la lecture, passe au second degré et devient motif là où la forme devient centrale et donne à l’affiche son sens. 

Workshop de création de l’affiche des Puces Typo avec Simon Renaud et Vincent Desclaux


CFI : Au cours de ce laboratoire typographique Form unfollows function, vous avez été livré-es un peu à vous-même durant deux jours d’expérimentations plastiques et graphiques avant de recentrer le travail respectif vers le concours d’affiche suite à une double conférence sur le travail des deux intervenants. Est-ce que ce processus immersif de travail, les techniques et conseils de Simon Renaud et Vincent Desclaux ont influencé ta manière de concevoir l’affiche des Puces Typo ? Penses-tu que cet apprentissage te servira pour la suite de ton parcours scolaire et / ou professionnel ?

P.I : Oui évidemment c’est sur la base de ce workshop et de leurs conseils que j’ai pu réaliser cette affiche. Effectivement l’idée était de travailler d’abord à la main pour ensuite faire intervenir le numérique, pour ne pas être bloqué par des formes qu’on a l’habitude de faire. J’ai aussi beaucoup apprécié de ne pas me focaliser sur la commande, mais de travailler la forme et son signifié dans son sens large, ça m’a permis de m’ouvrir sur de nouvelles idées. Ils ont été d’une aide précieuse et je les remercie, je pense que ça m’a permis de prendre plus de recul et de liberté dans ma création. Savoir s’abolir des règles pour en faire un terrain de jeu.


CFI : Peux-tu nous détailler les étapes de travail qui ont nécessité la création de l’affiche ?

P.I : Dans un premier temps nous avons eu deux jours pour réaliser une suite d’exercices manuels sur la forme et la typo. L’idée était d’utiliser des outils que l’on utilise rarement, de peindre avec le coude par exemple, c’était très rafraîchissant. Cela m’a permis de réaliser une suite de formes abstraites très fortes, presque calligraphiques. Ensuite nous avons eu deux autres jours pour créer, agencer, construire, travailler une affiche à partir de ces formes initiales. Il a fallu numériser les formes pour les exploiter et dans mon cas y intégrer la typographie. Cette idée de créer des formes et de leur insuffler un sens par la composition d’une image était intéressante.

Workshop de création de l’affiche des Puces Typo avec Simon Renaud et Vincent Desclaux


CFI : Quelles étaient les contraintes dans la commande ? As-tu éprouvé des difficultés particulières, notamment pour représenter un salon de typographie ? Si oui, comment as-tu réussi à les surmonter ?

P.I : Il n’y avait pas de contraintes importantes dans cette commande comparé à d’autres. Au contraire on était assez libre de composer, ce qui est toujours appréciable. En termes de réelles contraintes ce qui a été assez compliqué c’était de créer un système exploitable à partir de mon affiche pour toute une campagne de communication. Dans l’état, l’affiche est assez forte, mais si on décompose les éléments elle perd en force. La difficulté était donc de trouver un moyen de garder cette force sans qu’elle devienne répétitive. J’ai donc décidé de réaliser d’autres formes pour pallier cette problématique.

CFI : Concernant tes études, comment es-tu arrivée au Campus Fonderie de l’Image ? Tu as toujours eu un attrait pour le design graphique ? Quels sont selon toi les atouts de l’école ?

P.I : Avant le Campus Fonderie de l’Image, j’ai fait une MANAA à l’école Autograf et j’ai passé un BTS design graphique à l’école de Condé. J’ai une passion pour le dessin, les activités manuelles et les Arts appliqués depuis… toujours en fait. A partir du lycée j’ai su que je voulais me diriger vers cette filière, il n’y avait pas d’autres options envisageables. En sortie de BTS, je voulais continuer les études mais en ayant un pied dans le monde du travail. Pour cela, j’ai cherché une école qui proposait un cursus en alternance, on m’a parlé du Campus Fonderie de l’Image, notamment des événements organisés par l’école (cf : Les Puces de l’Illu – le festival de l’illustration, les conférences, et bien sûr Les Puces Typo), et des nombreux workshops. Je me sui rendue aux Journées Portes Ouvertes de l’école, j’ai découvert les locaux et on a pu imprimer nous-mêmes en sérigraphie des totebags avec l’affiche des Puces de l’Illu. Je pense que c’est vraiment la multitude de rencontres, d’événements et d’activités qu’offre l’école qui m’a convaincue de m’inscrire. J’ai ensuite dû passer un entretien et chercher une entreprise, l’école proposait pas mal de solutions pour ça, c’était assez pratique. J’ai dû suivre une année de licence Designer-e en communication graphique écoresponsable afin de pouvoir intégrer le Mastère Directeur-e de création en design graphique. 

Workshop de création visuelle de pochette vinyle avec la formatrice Elsa Aupetit (Studio Kiosk)


CFI : Justement peux-tu nous dire où tu travailles en alternance ? Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce que tu y fais ?

P.I : Je travaille à Canal+ dans le studio Mycanal depuis deux ans maintenant. Nous réalisons tous les visuels qui sont sur la plateforme de streaming Web et des déclinaisons pour les autres devices. C’est un travail assez intensif, il faut être efficace et comprendre comment une image fonctionne, comment elle va être perçue par l’internaute ou le téléspectateur et la téléspectatrice. Nous sommes plusieurs alternants à travailler pour Mycanal. Ce travail nous permet de développer notre technique et nous apprenons comment fonctionne une charte et notamment son application Web. Aussi, nous recevons quelques commandes de création mais cela reste avant tout un travail d’exécution. C’est pour cela que je cherche une agence ou un studio pour ma dernière année d’alternance, de Mastère 2 en Directeur-e de Création en design graphique, afin d’évoluer et de renforcer mes qualités créatives et formelles ainsi que d’apprendre davantage d’aspect technique et managerial plus sur l’aspect créatif de notre métier : comment transmettre un brief à son équipe, comment l’écrire, comment inspirer les créatifs et créatives d’un studio, etc.

Illustration de Pénélope Isnard pour Mycanal


CFI : Quels sont les typographes / designers / studios / agences que tu suis en ce moment ou dont tu apprécies le plus le travail ?

P.I : En vrac : L’Agence Murmurel’Atelier Irradiél’atelier Barr Parisle Studio Bureau Borschele Studio des Signes, le compte Instagram @Michael_Clasen

CFI : Est-ce qu’il y a une affiche qui t’a marquée récemment ou au cours de ta vie ? Et pourquoi ? (Affiche de film, d’exposition, de concert, militante, publicitaire…)

P.I : Comme ça je dirais les affiches d’Oliviero Toscani pour Benetton. Ce ne sont pas des affiches graphiques à proprement parler mais je trouve génial qu’une marque ait laissé libre cours à un artiste comme Toscani pour s’exprimer sur des sujets trop souvent bridés. Ces images sont fortes, elles ne laissent pas indifférent, elles questionnent, elles dénoncent. C’est une communication qui réussit à vendre mais qui en plus porte un message d’ouverture d’esprit, d’acceptation et de respect.

Oliviero Toscani pour Benetton


CFI : Que souhaiterais-tu faire après ton Mastère au Campus Fonderie de l’Image ? Tu envisages plutôt de travailler dans une grande agence, un petit studio, en freelance ou ailleurs ?

P.I : Comme je le disais plus haut je ne connais que le travail dans une grande entreprise, donc j’aimerais idéalement travailler dans un petit studio ou une agence. Être freelance m’intéresse aussi mais ce n’est pas pour tout de suite, peut-être plus tard ou combiné avec autre chose. J’apprécie aussi beaucoup faire des illustrations, de l’animation et récemment je me suis mise à la photographie… J’attends de voir comment les choses vont évoluer plutôt que d’avoir une idée fixe de ce que je veux faire, surtout avec l’année de diplôme qui s’annonce !

Workshop de création de l’identité d’une marque de vêtement engagée


CFI : Qu’aimerais-tu dire aux futur-es étudiant-es du Campus ?

P.I : De toujours s’accrocher, je pense. De ne pas abandonner même si tout semble perdu, même si on en a marre, même si on n’a plus aucune confiance en soit ou en son travail. Même si parfois tout devient compliqué, il y a toujours un moment où les choses se calment. Si on abandonne au moment difficile on ne verra jamais le fruit de nos efforts. Il faut aussi éviter de trop se focaliser sur quelque chose à s’en rendre fou, il faut prendre du recul, accepter de faire une pause, d’aller tester de nouvelles activités, pour revenir avec un œil nouveau sur le problème qu’on avait. Par exemple ces dernier temps je m’essaie à la photographie pour ouvrir mes possibilités en termes de création. Ne pas hésiter à montrer son travail, ne pas avoir peur des mauvais retours. Justement dans la création de l’affiche des Puces Typo, si je n’avais pas eu les retours de Simon et Vincent, je n’aurais pas eu ce résultat.

@ Pénélope Isnard / Modèle : Ludyvine Tertois


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