Interview d’Émilie Sandoval, enseignante en Motion Design, réalisatrice et dessinatrice

Dans le cadre de sa rubrique « les Portes Ouvertes Numériques », étapes: vous fait découvrir des écoles d’art et de design et les formations qu’elles dispensent. Aujourd’hui, nous vous présentons LISAA, L’Institut Supérieur en Arts Appliqués et ses formations en proposant une interview d’Émilie Sandoval, enseignante en Motion Design et illustratrice.



Dans le cadre de votre cours « Videolab », quelles compétences souhaitez-vous développer chez vos étudiants ?

Le cours a pour objectif de s’approprier les outils photo, vidéo et son, et d’expérimenter l’hybridation d’images. À travers différents exercices, les étudiants s’initient au montage, à la prise de vue en studio et en extérieur, à la pixilation, à la prise de son, au montage son, aux techniques vidéos hybrides : incrustation sur fond vert, animation, dessin 2D sur vidéo…

C’est un laboratoire d’expérimentations où les étudiants explorent, dans un premier temps, les différents aspects de l’image fixe avant de travailler l’image en mouvement.

L’histoire du cinéma graphique est intimement liée à l’histoire du cinéma. C’est pourquoi il me semble fondamental de revenir aux origines du cinéma (la photographie et la découverte de la persistance rétinienne), afin de s’interroger sur la nature du mouvement et la construction de la temporalité en vidéo, qu’elle soit à partir d’images fixes ou d’images en mouvement.

En 4e année, j’encadre un module technique autour de l’utilisation d’un logiciel d’animation traditionnelle 2D, TVpaint, qui permet d’apporter des solutions graphiques autres que l’animation 2D numérique de flat design. L’idée est de donner un outil en plus aux étudiants dans leur valise, avec lequel ils peuvent décliner un graphisme plus accidenté, fait de matière, vibrant et intuitif. Il permet notamment d’utiliser la vidéo comme support d’écriture animée en faisant de la rotoscopie.


En quoi l’école forme-t-elle à la réalité professionnelle du métier de motion designer ?

Le cursus est en deux parties. D’abord, un bachelor en 3 ans, où les étudiants prennent en main les différents outils de communication. Ils intègrent toute la chaîne de production d’un média animé : l’écriture, la conception, la direction artistique, la création graphique, l’animation, parfois le tournage, puis la post-production.

Ensuite, un master en 2 ans, où les étudiants sont en contrat professionnel, donc expérimentent le domaine de l’entreprise sur le long terme, tout en gardant à côté, un enseignement organisé sous forme de modules techniques et de projets clients, menés avec des partenaires, afin de les familiariser avec la relation client dans le cadre d’une commande.

Nous insistons sur les différentes étapes de validation d’un projet : concept, dossier de présentation, animatique et animation. Cela leur apprend une méthodologie de travail nécessaire à ce type de production. Ainsi ils conçoivent et transmettent l’idée d’un projet avant de se lancer dans la production et l’animation de celui-ci.


Quelle conception du motion design transmettez-vous à vos étudiants ?

Le motion design est la plupart du temps au service d’un message. Ses formes et ses supports sont multiples, ce qui multiplie aussi les problématiques.

À Lisaa, nous enseignons une approche générale de cette discipline. Cela passe par l’écriture en premier lieu : elle peut être figurative, abstraite, narrative ou conceptuelle. Elle peut s’exprimer de différentes manières : en animation 2D, 3D, en vidéo, en pixilation, en photographie ou même en réalité augmentée…

C’est un enseignement extrêmement riche et exigeant envers l’étudiant, qui doit beaucoup travailler.

Un bon motion designer doit être capable d’adapter sa direction artistique en fonction du client et de la commande. Il faut être créatif, pluriel, force de proposition. Il ne faut pas être au service de l’outil mais l’inverse, c’est à dire sans cesse se réinventer, tout en développant une écriture et une identité personnelle forte, dans le but de se démarquer.


Quels sont les futurs enjeux auxquels devra faire face le motion design et en quoi y préparez-vous vos étudiants ?

À l’heure d’Instagram, des réseaux sociaux, des chaînes YouTube et autres, dont les algorithmes multiplient les chances de resserrer votre champs visuel, il faut plus que jamais éveiller sa curiosité, se cultiver, s’ouvrir. Le motion design ne doit pas se nourrir uniquement de lui-même, au risque de tourner en rond. Il est indispensable de se forger une culture artistique, graphique, cinématographique et visuelle dense. Pour cela il faut se nourrir de tous les domaines des arts : cinéma, peinture, sculpture, musique, danse, bande dessinée, etc. Cela signifie aussi qu’il faut aller voir des expositions, rechercher des informations en bibliothèque, voir les choses en « vrai » et pas seulement derrière son écran.


Y-a-t-il une situation d’enseignement ou un projet de diplôme qui vous aurait marquée ?

Je me souviens d’un étudiant qui avait pour ambition de réaliser pour son projet de fin d’études une installation visuelle plus ou moins abstraite, projetée sur 3 immenses panneaux de 3 mètres par 4. Cela nécessitait de l’artillerie lourde en terme d’équipement que ni lui ni l’école n’étaient en mesure de fournir. Il devait aussi accomplir un travail de mise en place technique ingérable par rapport au temps de production qu’il lui restait pour terminer le film. Qu’importe : il a revu son projet en conséquence, et a investit à la place une petite salle du sous-sol de l’école pour son jury. Le pari était réussi. Il a su garder son cap et créer une installation immersive et sensitive, avec une proposition plastique très personnelle, inventive, qui sortait des sentiers battus. Il a été Major de la promotion cette année là.


Qu’est-ce qui vous anime dans l’enseignement ?

La transmission d’une culture et d’une passion, l’échange avec les étudiants, la réflexion artistique sur des projets… Mais surtout les rapports humains, que ce soit avec les étudiants mais aussi avec l’ensemble de l’équipe pédagogique (surtout dans cette école à l’esprit familial et d’entraide). C’est d’ailleurs pourquoi la situation actuelle de cours à distance due au COVID est particulièrement difficile. C’est aussi la satisfaction de voir les étudiants progresser, gagner en maturité au fil des années, et aboutir leur projet de fin d’études.

Quel ouvrage recommanderiez-vous à de futurs étudiants ?

Concernant mon cours de vidéo, je leur donne souvent en référence des ouvrages sur le cinéma et le cinéma graphique, tels que « le cinéma graphique, une histoire des dessins animés, des jouets d’optique au cinéma numérique » de Dominique Willoughby, qui permet d’entrevoir l’évolution du graphisme animé depuis les origines du cinéma. Il y a aussi « Hitchcock/ Truffaut » de François Truffaut, série d’entretiens entre les deux cinéastes, dans lesquels Hitchcock aborde les questions de construction d’un film, de scénario, de mise en scène.

Cependant, je leur recommande surtout de se tenir au courant de ce qui se fait dans tous les domaines artistiques, que ce soit à l’opéra, au théâtre, en danse, en art contemporain ou autre, d’autant que le motion design s’immisce de plus en plus dans tous ces domaines. Se forger une grande culture artistique est la clé principale pour mûrir des réflexions et des concepts graphiques forts.

Quel graphiste, designer ou artiste vous inspire en ce moment ?

Pour n’en citer que quelques uns, et en vrac : Studio aka, Londres, Adrien M et Claire B, Catherine Meurisse, JR, Clément Cogitore, Rupert et Mulot, Olafur Eliasson, Formes vives, Céline Sciamma, Michel Gondry, et des centaines ou milliers d’autres, mais il n’y a pas la place.


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