Interview d’Inès Mangin, restauratrice de tapis et tapisseries au Mobilier national

Dans le cadre de sa nouvelle rubrique « les Portes Ouvertes Numériques », étapes: vous fait découvrir des écoles d’art ou de design. Aujourd’hui, nous vous présentons le Mobilier national, les Manufactures des Gobelins de Beauvais et de la Savonnerie. Pour mieux vous faire découvrir les formations dispensées, nous interviewons d’anciennes élèves. Ainsi, nous vous présentons Inès Mangin, actuellement restauratrice de tapis et de tapisseries au Mobilier national (technicienne d’art, fonctionnaire de catégorie B, ministère de la Culture).

©Mobilier national


Bonjour Inès, qu’est-ce qui vous intéresse dans votre métier ?

J’ai choisi cette voie car je souhaitais travailler au contact des œuvres d’art.  Aujourd’hui, je conserve des tapisseries, souvent centenaires. J’ai la chance de travailler au plus près de ces œuvres et grâce à mon métier, je les transmets aux générations futures.

La transmission se fait également à travers la tapisserie elle même. Chacune d’entre elles porte les traces de son concepteur. Ainsi, je suis en lien direct avec les artistes et artisans du passé. Je peux observer les techniques anciennes, des traces de leur passage, comprendre comment ils ont fait.

Une autre facette de mon métier est de documenter les oeuvres, de m’intéresser à l’histoire de la tapisserie, à la fois dans ses aspects liés à la création, mais aussi dans ceux liés à son « utilisation ». Le dialogue avec les conservateurs du patrimoine est ici très important.

Enfin, il y a un travail de remise en question, on s’interroge toujours sur la méthode, le choix des techniques de conservation, etc. La recherche dans ce domaine est toujours active, avec de nouvelles techniques testées régulièrement.

Espace de travail ©Mobilier national


En quoi votre formation vous a-t-elle préparée à la réalité professionnelle de votre métier ?

La formation interne du Mobilier national prépare très bien et déborde même des connaissances spécifiques à nos options. Grâce à un tronc commun en dessin et histoire de l’art que l’on aborde en profondeur, la formation est très complète.

Bien évidemment, la technique est la partie la plus importante du cursus. Elle se pratique, pour les options restauration tapis et tapisserie, au sein des ateliers, avec les professionnels. La formation est très poussée, on aborde à la fois le tissage à l’aiguille, la restauration ancienne dite au dernier point, et la conservation. On aborde aussi la conservation préventive et toutes les notions autour de la conservation des œuvres.

Une fois la formation terminée, nous avons de solides bases pour démarrer un premier projet. Souvent nous sommes en équipe avec un ou une restauratrice aguerrie qui nous accompagne.

Dans l’artisanat, on apprend tout au long de sa carrière. La formation est le point de départ et la carrière s’enrichit d’expériences concrètes et de dialogues avec ses collègues.

Flûte de laine pour des points de restauration d’une tapisserie ©Vincent Leroux


Qu’est-ce que votre école vous a enseigné ou transmis qui va au-delà de la technique et de la réalisation ?

En plus de la technique apprise, la formation donne de solides connaissances d’histoire de l’art.

Au niveau des arts plastiques, il y a une pratique poussée du dessin académique mais aussi des projets plus excentriques. On découvre notamment différentes techniques dont la gouache, l’acrylique, les pastels secs et gras, le découpage, le collage. Nous avons aussi pu participer à des expositions pour la galerie des Gobelins.

Enfin, à la fin de la formation, nous passons un concours afin d’être fonctionnaire. L’école nous transmet les missions de la fonction de publique : alors, bien sur on travaille pour l’état, mais ce n’est pas la mission la plus importante. Être fonctionnaire permet de transmettre nos savoirs faire à tous, d’être un lieu ouvert au public, accessible à tous.

tissage, copie d’après ancien ©Mobilier national


Quelle a été pour vous la chose la plus importante à l’école ?

Très certainement l’enrichissement personnel, grâce à la rencontre avec le monde de l’artisanat à travers nos professeurs, nos futurs collègues et nos camarades de classe. L’école nous apprend aussi une nouvelle approche du temps. Ce sont des métiers lents, l’apprentissage est long.

Quelles surprises vous a réservé votre formation ?

La formation est peu connue mais mérite à l’être. On y enseigne les mêmes métiers depuis des siècles. En effet, on se trouve toujours dans l’endroit où 400 ans plus tôt, les premiers liciers dirigés par Le Brun ont crées les plus belles tapisseries et tapis, au XVIIe siècle.

Trois mots pour qualifier vos années d’études ?

Épanouissement, enrichissement, connaissances.

flûtes de laine ©Mobilier national

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