Interview de Nicolas Tilly, enseignant en web design et éditions mobiles et chercheur à l’ESAD Orléans

Dans le cadre de sa rubrique « les Portes Ouvertes Numériques », étapes: vous fait découvrir des écoles d’art et de design et les formations qu’elles dispensent. Aujourd’hui, nous vous présentons l’École Supérieure d’Art et de Design d’Orléans et ses formations, en vous proposant une interview de Nicolas Tilly, enseignant en web design et éditions mobiles et chercheur à l’ESAD Orléans.


Nous l’avons déjà fait dans un article de cette rubrique, mais pouvez-vous préciser l’objet du DNSEP Design des média parcours Éditions et du programme de recherche associé ?

Le parcours Éditions permet aux étudiants de s’emparer des mutations de l’édition au regard des enjeux du numérique. Il leur offre la possibilité de se spécialiser dans l’édition numérique et imprimée, en ayant préalablement une formation de designer graphique, d’art, de design d’objet, de web design, de game design… Le parcours est associé au programme de recherche « Édition, média, design : expanded publishing, quand les datas deviennent formes » qui s’oriente sur l’expérimentation de nouvelles formes d’éditions, d’expériences et de fictions interactives offertes par les technologies numériques : réalité augmentée, dispositifs transmedia interactifs et expériences vidéo-ludiques.

À gauche : « Les toboggans », projet de l’étudiante Lucie Bretonneau,
vue de l’exposition « Uncool Memories #2 », 2020.
À droite : « Volutes », projet de l’étudiante Alice de Oliveira Reis,
vue de l’exposition « Uncool Memories #2 », 2020.


Quels enjeux sont liés aux mutations actuelles de l’édition ?

Plus que jamais, l’édition se retrouve aujourd’hui à s’emparer des enjeux du numérique et des média techniques. Il s’agit de penser le travail éditorial en réseau, avec par exemple l’écriture collaborative, ou le Web et les méthodes d’impression qu’il propose aujourd’hui. Ces mutations sont à prendre en compte dans un ensemble, lié également aux usages du numérique avec le smartphone, ses interfaces, sa narration… Un dernier enjeu, à la fois technique et de design, est de concevoir des projets dans un dialogue entre l’imprimé et l’écran, les liens entre ces deux domaines que l’on connaît tous et propices pour imaginer des expériences de lecture inédites.

« Keep in Touch », catalogue de l’exposition collective sous la forme d’une application mobile disponible sur l’App Store. 2017.


En quoi formez-vous les étudiants à répondre à ces problématiques ?

Ils les abordent sous des angles divers et variés qui vont de la pratique du design graphique à la programmation. Le programme de recherche « édition, média, design : expanded publishing, quand les datas deviennent formes » se concentre sur l’apprentissage de ces problématiques, telles que la conception d’application mobile, de fiction interactive, ou de dispositifs de lecture en réalité augmentée. Ce dernier point a été développé par les étudiants en octobre dernier lors de l’exposition Uncool Memories 2 à Orléans. L’exposition propose des modes de lecture très divers qui prennent pour point de départ la création d’une expérience en réalité augmentée à partir d’un format imprimé (affiche, édition, photographie…) et sa transposition numérique (animation, 3D, vidéo, film…) visible au sein d’une application mobile conçue pour l’exposition. Trois projets d’étudiants du Master en Media Design de la HEAD – Genève sont également intégrés à l’exposition.

« Parallax Scroll », projet de l’étudiante Jeanne Gorokhoff. Vue de l’exposition collective « Keep in Touch », 2017.


Quelles compétences souhaitez-vous développer chez vos étudiants ?

Les étudiants sont formés pour concevoir des expériences de lecture variées. Cela implique d’acquérir des compétences multiples et complémentaires. Par exemple, nous leurs enseignons la réalisation d’une maquette (papier et numérique) destinée à la réalisation d’une application, d’un projet Web, ou d’un objet 3D qui sera ensuite animé avec le logiciel Unity, pour par exemple le rendre interactif… La plupart du temps, les étudiants sont amenés à travailler sur des supports différents et donc à penser des temps différents (de lecture, de jeu, d’expérience…). L’apprentissage du code est aussi un élément central afin de comprendre les média numériques contemporains, de concevoir des projets et de dialoguer avec des personnes différentes au sein d’une équipe. Cela leur permet ensuite de se positionner dans leurs choix lorsqu’ils décident de travailler avec un logiciel.

« Div in », catalogue des projets des étudiant•e·s sous la forme d’une application mobile. 2018.


Quelle philosophie, vision ou conception, du métier de designer transmettez-vous à vos étudiants ?

Il s’agit pour eux de se préparer à leurs futurs métiers de designer, dans un monde de plus en plus complexe et changeant. Pour cela, nous faisons en sorte qu’ils s’interrogent sur le rapport des média numériques à l’environnement et l’écologie, à ce qu’ils pensent l’histoire et les histoires des média, à ce qu’ils prennent en compte les questions qui animent notre société. Penser dans l’école à ce qui se passe en dehors de l’école. La vision du designer est multiple et passe, dans l’apprentissage, par des interactions entre de multiples média techniques. C’est pourquoi une grande ouverture d’esprit dans les domaines du design est indispensable.

« Discord », mélange entre jeu de cartes et puzzle, le but étant de manipuler les cartes et de trouver les associations entre elles. Nicolas Tilly. 2020.


Une situation d’enseignement ou un projet de diplôme qui vous aurait marqué ?

Je citerai trois diplômes de DNSEP de juin dernier, ceux d’Antoine Souvent, Théo Bonnet et Basile Jesset, qui ont été particulièrement riches dans ma relation d’enseignement avec les étudiants. Pas seulement à cause de la crise sanitaire actuelle, mais aussi car ces trois projets abordent de façon singulière le métier de designer : de la typographie en mouvement en relation avec du son, de l’édition et de la fiction aux formats multiples sur le Web ou l’imprimé, et enfin la conception d’outils pour archiver des images sur le Web et concevoir des parcours de lecture. Ce sont pour moi trois profils de jeunes designers contemporains.

Qu’est-ce qui vous anime dans l’enseignement ?

L’aspect qui m’anime le plus dans l’enseignement est le fait d’être toujours en mouvement, à la recherche de concepts, d’idées et de formes. Rien n’est statique quand on enseigne le design, une chose en amène une autre. Les réflexions des étudiants sont également très stimulantes.

« Mémoriel », projet de l’étudiante Gersende Le Blay. Vue de l’exposition collective « Keep in Touch », 2017.


Quels ouvrages recommanderiez-vous à de futurs étudiants ?

Ils sont forcément très nombreux, mais je pourrai citer « Post-Digital Print. La mutation de l’édition depuis 1894 » d’Alessandro Ludovico aux Éditions B42, « Aux sources de l’utopie numérique » de Fred Turner chez C&F éditions ou encore « L’écriture sans écriture – du langage à l’âge numérique » de Kenneth Goldsmith chez Jean Boîte Éditions. Un des derniers ouvrages qui a retenu mon attention est « Technique & design graphique, Outils, médias, savoir », ouvrage collectif coédité par la Haute école des arts du Rhin et les Éditions B42.

Quels graphistes, designers ou artistes vous intéressent en ce moment ?

Je regarde beaucoup le travail de Zach Lieberman et celui de Tim Rodenbröker pour leurs approches du design graphique et de l’animation par la programmation. Les projets du studio Dumbar et My Name is Wendy sont aussi très inspirants. Je regarde également les filtres en réalité augmentée du designer MEISAI/Kitasenju Design qui sont très surprenants.

« Do you understand », narration interactive pour smartphone. Travail en cours. Nicolas Tilly 2020.

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