Interview de Silvia Dore, enseignante du Mastère Directeur.trice de Création en Design Graphique

Dans le cadre de sa rubrique « les Portes Ouvertes Numériques », étapes: vous fait découvrir des écoles d’art et de design et les formations qu’elles dispensent. Nous vous présentons le Campus Fonderie de l’Image et ses formations à travers une interview de Silvia Dore, enseignante du Mastère Directeur-e de Création en Design Graphique.



Pouvez-vous présenter les grands axes pédagogiques du Mastère Directeur-e de Création en Design Graphique du Campus Fonderie de l’Image ?

Au sein du Mastère, nous formons des designers graphiques afin qu’ils acquièrent un regard critique sur leur métier, affirment une écriture singulière, tout en s’inscrivant dans un contexte d’apprentissage dynamique, collectif et professionnel. Pour cela, nous les aidons à comprendre les enjeux contextuels de leur projet, à maîtriser les outils techniques nécessaires, ainsi qu’à concevoir, gérer et communiquer sur leur projet.

Chaque formation est ensuite appréhendée en fonction de la singularité de l’enseignant. En ce qui me concerne, j’essaye d’insister sur la responsabilité du créateur, dans le sens ou il s’inscrit dans une communauté plus large du métier. Pour cela j’essaye de porter des cours qui s’inscrivent dans des contextes spécifiques et réels. Par exemple, l’année dernière, nous avons pris part à un projet interscolaire et international porté par Civic City, où nous abordions les notions de passé colonial dans les supports des journaux d’époques en les confrontant aux journaux actuels. Cela a donné lieu à une restitution au Palais de la Porte Dorée, le musée de l’Immigration à Paris.


D’autre part, je suis à l’initiative d’un cours sur les appels d’offres. C’est à mon sens un sujet peu enseigné pendant les cursus scolaires, mais néanmoins très important pour le futur professionnel proche des étudiants. Pour ces cours, je les aide à comprendre quelles méthodes adopter et quelles étapes suivre pour répondre à des marchés publics, mais surtout, à le faire de manière déontologique. Pour cela, Je fais intervenir des professionnels du domaine du design graphique mais aussi des institutions qui soutiennent et défendent la création. Parmi eux, le Centre National des Arts Plastiques en la personne de Véronique Marrier, chargée de mission de design graphique ou encore Christophe Lemaire et Franck Dubois, membres du syndicat professionnel de designer, l’alliance France Design, dans lequel je suis personnellement impliquée.

Il est également très important que les étudiants rencontrent les acteurs contemporains de la discipline, autant des professionnels que des anciens étudiants. Pour cela, dans le cours que je porte de “Méthodologie de projet”, nous invitons des anciens étudiants-étudiantes de la formation à nous raconter leurs expériences scolaires mais surtout la suite de leurs études ou ce que la formation leur a apporté.


Selon vous, qu’est-ce qui fait la spécificité de l’enseignement en design graphique au Campus Fonderie de l’Image ?

Je pense d’abord au fait d’être en contact avec des enseignants praticiens. Nous sommes une équipe jeune et pluridisciplinaire qui a en commun l’exigence formelle et critique du métier de designer. Je pense aussi que le contact avec le monde professionnel est très présent au Campus Fonderie de l’Image. Le dispositif d’alternance y est très répandu et l’école propose plusieurs temps forts aux étudiants : de nombreux workshops dédiés à l’expérimentation, plusieurs cycles de conférences comme le colloque international de typographie, ou encore des salons dédiés à la création comme les Puces Typo et les Puces de l’Illu. Ces événements donnent l’opportunité aux étudiants de rencontrer des professionnels.


En tant qu’enseignante, que pensez-vous de la formation en alternance ?

Je suis favorable à ce dispositif de formation car je pense que la question financière et la contextualisation professionnelle des études est importante et nécessaire d’être posée. Moi-même, lorsque j’étais étudiante, j’ai eu à jongler entre des études dans une école d’art exigeante et des premiers boulots pour les financer.

Cette formation au Campus Fonderie de l’Image donne l’opportunité aux étudiants d’évoluer dans un cadre professionnel, donc délimité et contractuel, ce en quoi je suis favorable. J’estime beaucoup les étudiants en alternance car ils se partagent entre 2 temps de travail : un professionnel qui exige des résultats rapides et un scolaire avec des temps d’expérimentation. Ce n’est pas facile de passer de l’un à l’autre. Je pense néanmoins qu’il est important de poser la question de la qualité des organismes professionnels dans lesquels les étudiants s’inscrivent ainsi que la répartition du temps entre l’école et l’entreprise.

Le dispositif d’alternance augmente également les potentialités d’embauches, notamment dans les entreprises dans lesquelles les étudiant-es se trouvent. Néanmoins, cette formation leur permet, à la fin de leurs études, d’avoir le choix entre intégrer une entreprise ou se lancer en indépendant, avec tous les outils que nous essayons de leur donner.


Selon vous, quelles sont les qualités à avoir pour être un-e bon-ne designer ?

Il faut savoir porter attention aux contextes dans lesquels on s’inscrit, savoir créer des signes de qualité, porter soin à ses créations et surtout, à ses relations avec les commanditaires, les collaborateurs et les prestataires. Il s’agit pour moi de penser au sein du projet, un système co-écrit. C’est-à-dire qu’il faut réfléchir à un système ainsi qu’aux outils à partager. Je pense que le rôle du designer graphique est plus que jamais de rendre visible et lisible le savoir, d’en permettre une transmission et un partage. Ensuite, c’est surtout la notion d’adaptabilité qui me semble la plus actuelle pour être un bon designer graphique. Il s’agit de s’adapter au contexte de création, aux temporalités des projets, aux budgets déployés et surtout aux usages de nos créations, en essayant de jongler avec la nécessité du numérique et du tangible. Pour conclure, je dirais qu’il faut savoir travailler en équipe, en inter-disciplinarité, savoir partager, tout en prenant plaisir aux signes que l’on crée.


Auriez-vous un ou plusieurs exemples de projets de diplôme à nous faire part, qui résume la pédagogie de l’école ?

Les projets de diplôme des élèves sont variés, difficile de résumer toute une pédagogie. Certains s’appuient sur des thématiques personnelles engagées, je pense notamment au diplôme de Claire Zaniolo qui questionnait avec un regard critique l’absence des figures « noires » dans les livres officiels d’histoire du graphisme. Ou encore au Bescherelle pensé par Camille Giunti qui a pour but de démocratiser l’utilisation et l’apprentissage des différents langages inclusifs et non genrés.

D’autres projets sont de type plus appliqués émergent de leur contexte d’alternance, comme le projet de diplôme de Thibault Eldin sur la refonte de l’identité visuelle pour le musée des arts décoratifs de Paris. Il est parti d’un constat et d’une critique envers les usages au quotidien des outils de communication du musée. Pratiquant de l’intérieur, on se rend compte de manière concrète de l’utilité du design graphique. 😉

Pour les aider à développer leurs sujets de projet de fin d’études, j’ai cette année proposé le workshop « Totem » avec Diane Boivin, mon associée à notre studio stéréo buro. Au travail classique individuel de recherche d’un sujet, que l’on se garde souvent de partager avec notre camarade, nous avons proposé de partir du collectif pour enrichir l’individu. L’idée était de mettre en commun et en regard plusieurs références et expérimentations pour ouvrir des perspectives de sujets. En partageant, assemblant des formes et recherches de chacun, ils ont construit en groupe des totems aux expérimentations plurielles. Une expérience qui les oblige à penser « avec » l’autre, à composer et s’inspirer de rencontres accidentelles de langages graphiques différents et penser un ensemble « cohabité » dans lequel chacun trouve sa place.

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