Koralie : l’art à tous les étages

La première chose qui frappe en passant la porte de chez Koralie, c’est sa passion pour l’art. Elle se trouve à tous les étages. Crayons, pinceaux, tableaux, planches de surf customisées, occupent son espace quotidien. En d’autres termes, maison et atelier se confondent, preuve que pour la jeune artiste urbaine et plasticienne, l’art est plus qu’un métier, mais un mode de vie à part entière.

Après plusieurs années aux États-Unis, Koralie vit et travaille actuellement à Paris. Pour autant, elle n’oublie pas de voyager régulièrement pour puiser de l’inspiration dans toutes les cultures. Ce regard et cette essence, on les retrouve dans ses fresques, ses illustrations et expositions, alors, à l’occasion de la sortie de son livre Carnet de dessins (à colorier ou non), nous sommes allés lui rendre une petite visite.


Pour suivre Koralie :

http://www.koralie.com
http://www.instagram.com/realkoralie
http://www.facebook.com/koralie.koralie

Le carnet de dessins est disponible ici : http://bit.ly/1Ot9Z9M


Peux-tu te présenter ?

Je suis artiste plasticienne. J’ai commencé par la peinture sur toile, puis la peinture urbaine, l’illustration, la sculpture, la photo. J’utilise différentes techniques, outils, supports qui m’intéressent, selon les projets ou ce que je souhaite raconter.

À quel âge as-tu commencé, et quand as-tu trouvé/choisi le style qu’on te connais ?

J’ai toujours eu l’âme créative. C’est vraiment la passion qui m’a toujours accompagnée. Enfant, quand mes copines jouaient à la poupée, moi, je peignais, je dessinais. J’ai toujours pris du plaisir à créer, réaliser des maquettes avec tout ce qui me tombait sous la main.
Pour ce qui est du style, on ne le choisit pas, il ne vient pas du jour au lendemain, mais il s’affine au fur et à mesure. C’est à force de faire des choses, de dessiner, de créer sans penser à ce qui peut plaire, ou être à la mode. Il faut se servir de toutes les petites inspirations qui nous entourent, de ce que nous avons dans les tripes. Notre style se façonne petit à petit en fonction de notre personnalité, nos goûts et des messages que l’on veut faire passer.

Qu’est-ce qui t’inspire?

Mes premières inspirations ont été les mangas (je suis de la « génération Goldorak ») avec des héroïnes extravagantes et extraverties, aux tenues sexy, et aux cheveux très longs, de toutes les couleurs. Je me suis aussi beaucoup penchée sur l’histoire du Japon, ses traditions et ses arts, et notamment les Geishas. Ces deux mondes, complètement opposés, qui coexistent dans le même pays, je les ai observés avec une admiration certaine pour les costumes, les coiffures, les rites et les codes. De cette fascination est née l’envie de mélanger ces deux univers pour créer mes propres personnages. J’y ai ajouté de nouvelles cultures et époques, et ce mélange à donner naissance à mes personnages, les « Geishkas », désignation hybride entre Geisha et matrioshka .
Je suis également fascinée par certains mouvements artistiques comme l’art brut, le dadaïsme, l’art nouveau, le Land Art … les artistes qui en font partie sont une grande source de motivation.
Mais mes voyages sont ce qui m’inspirent le plus, je me nourris des paysages, des gens que je rencontre, leur traditions, leur folklore, leur costumes, je suis très sensible à l’architecture, que j’ai étudié pendant 6 ans, et aux édifices religieux.
De ces inspirations, j’ai créé mon propre langage et j’ai construit une harmonie entre tous ces univers si différents en mélangeant tissage, mandala, géométrie, personnages, architecture … l’idée est de créer un équilibre visuel d’éléments qui ne se rencontrent jamais dans la réalité.



Tu viens de nous dire avoir étudié l’architecture, est-ce que tu y retournes sous une nouvelle forme ?

Oui, je l’avais laissée tomber pendant longtemps, mais j’y reviens. L’architecture dans son sens propre implique beaucoup de contraintes : techniques, urbaines, politiques, sociologiques. Je suis revenu à l’architecture en me disant que ce qui m’intéressait le plus dans cette discipline était le côté esthétique : la carapace et son rendu visuel.
J’ai donc décidé, comme pour mon personnage, de me détacher des conventions et de mélanger les bâtiments. Par exemple lors d’un voyage au Vietnam j’ai remarqué que des mosquées, des églises, des temples cohabitaient dans un même quartier. J’ai donc eu l’idée de faire un nouveau monument religieux qui mélangerait ces trois édifices mais de façon subtile. C’est-à-dire raconter un discours sans provoquer. Juste exprimer à travers une illustration, que l’on peut être en harmonie entre différentes religions.

Peut-on dire que la « Geishka » est ta signature ?

Oui, c’est un personnage récurrent de mon travail. Quand j’ai commencé à peindre dans la rue, soit on faisait de la typo, soit des personnages et c’est vrai que je suis assez vite arrivée à celui-ci.
Je l’ai ensuite fait évoluer en fonction de mes voyages, de mes inspirations, de mon parcours personnel. On le retrouve maintenant dans mes architectures, sous forme de colonnes, ou dans des vitraux en forme de mandala.
L’idée est d’utiliser mon personnage comme un élément graphique. C’est pour ça que je ne l’ai jamais personnifié. Il est toujours sans expression, les yeux fermés.
Mais j’extrais de plus en plus des parties du personnage, comme les cheveux , les motifs des costumes ou les bijoux, pour en faire des oeuvres plus abstraites.

« Aux États-Unis, être artiste est un mode de vie mais surtout un métier assumé »

Parles-nous de ton expérience à New York, y a t-il une différence à être artiste outre-Atlantique ?

D’abord, quand je suis arrivée à New York, je n’étais pas totalement perdue, j’étais déjà représentée dans une galerie là-bas (Joshua Liner Gallery). Je collaborais avec des marques comme Etnies, Kidrobot, Upperplayground ou des magazines comme Juxtapoz mais, c’est vrai que d’y vivre c’était complètement nouveau. Il a fallu recommencer notre vie de zéro. Il y a cette énergie de NY, à laquelle on revient toujours. Pendant 4 ans, tous les jours, j’avais le cœur qui vibrait rien que du fait d’évoluer dans ces rues. C’est une ville qui m’inspire, me motive, m’encourage… même si elle m’épuisait parfois. Je pense souvent à cette chanson d’LCD Soundsystem : “NY I love you, but you’re bringing me down” .
J’y ai rencontré beaucoup d’artistes et vécu la différence avec la vie en France : aux États-Unis, être artiste est un mode de vie (comme partout) mais surtout un métier assumé. Ca m’a fait du bien d’observer leur façon de fonctionner là bas, et même si je n’applique pas vraiment leurs méthodes, je suis rentrée en France avec une forme de déculpabilité.

C’est difficile de faire valoir la valeur de son travail en France ?

Il y a toujours un souci de faire comprendre que même si un artiste travaille avec plaisir, tout travail mérite salaire. Par exemple, il m’est arrivé que des personnes me proposent de faire une fresque dans un hôtel, en échange de l’hébergement gratuit. On se demande s’ils ont proposé le même échange à la femme de chambre ? Les commanditaires de ce genre, font-ils semblant d’être cons ou le sont-ils vraiment ? Comme je dis souvent “on ne remplit pas son frigo de likes Facebook”, donc le seul argument de la visibilité ne fonctionne pas !



Est-ce que les réseaux sociaux te permettent d’éviter de démarcher ?

Avec les réseaux sociaux, les rapports ne sont pas les mêmes. Le fait de ne plus avoir d’intermédiaire facilite les relations de travail. On est aussi moins obligé de passer par une galerie ou une agence. Moi, j’adore avoir une relation directe avec les clients. Je ne démarche jamais directement mais quand on vient me voir pour une proposition, je sais très bien parler de mon travail. De plus, il y a assez de mes travaux sur le net, pour que quand un client ou une agence me démarche il sache à quoi s’attendre.

Et tu aimes faire ce travail d’auto-promotion sur les réseaux ?

J’adore faire ça, parce que c’est un échange. On aime bien montrer ce qu’on fait et avoir un retour immédiat, avant on avait un retour sur notre travail seulement lors de nos vernissages. Mais on voit aussi que ça fait plaisir aux gens et qu’ils aiment suivre notre évolution. On montre d’autres choses que seulement le travail fini, on prend conscience du travail accompli. Et puis ça permet de gérer son image, c’est important de ne pas laisser les autres s’en charger.

As-tu des supports sur lesquels tu préfères travailler ?

Pour moi, l’important est de trouver le bon support, les bons outils et le bon équilibre pour ce que tu veux exprimer. Je n’ai pas de support de prédilection, j’aime autant peindre une toile, réaliser une fresque murale, faire une sculpture, une installation, faire une collaboration avec une marque et utiliser l’ordinateur pour une illustration, penser à des produits dérivés … Tout est une question de bonne répartition entre ce que tu fais graphiquement, dans ta vie de tous les jours, et les outils que tu utilises pour arriver à ces choses.
La liberté d’un artiste c’est de ne dépendre de personne. Si les projets et donc les sources de revenus sont variés et s’équilibrent, ça permet de garder une indépendance.

http://etapes.com/system/47610/large/koralie-l-art-a-tous-les-etages.JPG

Est-ce difficile d’adapter son univers aux différents supports et commandes ?

Je ne travaille pas de la même façon effectivement. Quand je bosse sur une expo par exemple, je vais essayer d’innover un maximum, de réaliser tous les projets que j’ai en tête, des nouvelles techniques, d’introduire un nouvel univers, quitte à déstabiliser mes collectionneurs. C’est ce qui va me permettre d’avancer.
Quand je fais des fresques, je vais essayer de rassembler tout ce que j’aime sur le moment. Après pour les collaborations je ne vais jamais proposer quelque chose de complètement différent de ce que je fais habituellement. Je vais partir d’une idée déjà exécutée pour la remodeler. L’idée étant de ne pas perdre les gens, puisqu’ils m’ont engagé pour un univers précis.
Ensuite il y a le livre. J’ai toujours adoré ce support. J’ai eu le premier projet « Black Color Book » avec mon mari SupaKitch, et aujourd’hui il y a « Mon carnet de dessin ». Adapter des illustration réalisées ces dernières années au format livre était super intéressant.

Peux-tu nous raconter les étapes clés de ce projet ?

Après le « Black Color Book » de l’an dernier, un livre qui expliquait aux enfants (et aux plus grands) notre démarche artistique aux travers d’activités, Céline Remechido, l’éditrice des éditions Pyramyd, m’a proposé de réaliser un livre de coloriage. Ça tombait bien car j’avais déjà l’idée en tête. Ça a pris du temps, et il y avait plus d’exé que de créas, il fallait que j’ajoute ou enlève des détails, que je corrige des épaisseurs de traits, que je modifie des éléments, que j’uniformise le tout… mais je suis très satisfaite du résultat.
J’ai décidé d’en faire une expo ensuite. Je me suis mis au défi de colorier tous les dessins du carnet : je les ai fait imprimer au même format en digigraphie (haute qualité d’impression) sur du beau papier et je les ai peints, crayonnés, découpés … avec des feutres, de l’acrylique, des Poscas, de l’aquarelle… afin de les rendre singulier et unique. Je me suis beaucoup amusée, et j’ai pris conscience du pouvoir apaisant du coloriage.

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L’expo, la tournée, te permettent de prolonger la vie de l’ouvrage ?
En quelque sorte. En fait, j’aime bien que l’art puisse être populaire, qu’il ne s’adresse pas qu’à une élite. Je trouve important de proposer des produits dérivés, comme des livres ou des sérigraphies, pour permettre à l’amateur d’art de posséder un « petit bout de l’artiste ». Les oeuvres originales sont parfois trop chères et ne s’adressent qu’à un type de collectionneur. C’est pourquoi l’idée était de négocier avec les lieux qui vont accueillir mon expo “Koralie Color” pour proposer des oeuvres originales abordables.
Le vernissage principal de l’expo sera jeudi 3 décembre à partir de 19h à Sergeant paper, elle durera 3 jours puis sera répartis entre Marseille, Anglet et Bordeaux.

Les prochaines dates de la signature du carnet de dessins ( + mini po-up store ) :

. N A N T E S / samedi 28 novembre . Les Poulettes . 17hoo-19hoo

. P A R I S / du jeudi 3 décembre au samedi 5 décembre . Sergeant Paper .
– Jeudi 3 décembre : 17h – 19h00 : signature + pop-up
– A partir de 19h : vernissage de l’expo : « Koralie Color »
– Samedi 5 décembre : 15h – 17h atelier pour kids

. A N G L E T / samedi 12 décembre . Girl’s Shop .
10hoo-19hoo : pop-up / guest: Little Madi
17hoo-19hoo : signature + vernissage exposition

. B O R D E A U X / dimanche 13 décembre . Darwin .
10hoo-18hoo : pop-up au village de noël
16hoo-18hoo : signature / guest: Little Madi
Exposition et intervention urbaine

. M A R S E I L L E / samedi 19 décembre . Grand Playground .
17hoo-19hoo : signature & pop-up + vernissage
Exposition jusqu’au 11 janvier 2016

Photos : Charles Loyer et Koralie.

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