Le Creative Sweatshop : « Nous sommes ouverts à toutes les influences décomplexées et visuellement impactantes »

Manger cinq fruits et légumes par jour ? Pas pour Le Creative Sweatshop. Leur Tumblr « Cinqfruits » nous nourrit plutôt l’esprit d’esthétiques et d’inspirations tout à fait singulières.

Né de la rencontre entre Julien Morin et Mathieu Missiaen en 2009, Le Creative n’a cessé de s’agrandir au fil du temps avec notamment l’arrivée de quatre personnes supplémentaires. Ce studio est habile dans de multiples domaines et avide de nouveaux défis. Sa capacité créative s’est d’ailleurs étendue dans la production ainsi que dans la conception en volume 3D et impression. En ce qui concerne ses spécialités, Le Creative réalise avec une fine aptitude tout ce qui relève de la photographie, de la direction artistique et de la conception de décors. Le 20e arrondissement de Paris est habité par une entité grandement imaginative à suivre de très près.

Autant ce studio peut travailler pour des grandes marques telles que Hermès, Yves Saint Laurent ou Tom Ford, autant elle peut collaborer avec Brodinski, acteur influant de la scène musicale alternative. Cette bipolarité créative a attiré toute notre attention. Il a été de bon ton d’en savoir plus à propos de ce studio. Nous avons interrogé ses membres.


Dernier projet en date pour Yves Saint Laurent.

Qu’est-ce qui caractérise votre identité visuelle ?

Le Creative Sweatshop : Notre identité visuelle se caractérise par son côté minimal, nous avons la même typographie depuis le début, et la création d’un logotype a souvent été envisagée mais jamais concrétisée. Nos images sont rarement accompagnées de création graphique car cela nous intéressait moins à l’époque. Néanmoins, pour notre site internet, nous avons dû faire des concessions et avons réfléchi avec nos collègues
Adulte Adulte pour le développement du site Internet ainsi que nos cartes de visites. Nous avons peu de supports mais nous en avons pris grand soin et c’est avec plaisir que nous distribuons nos cartes de visite bleu roi en amidon de pomme de terre !

Quelles sont vos différentes compétences ?

CS : Au sein de l’entreprise, nous sommes des profils variés qui s’étendent de la direction artistique, à la production en passant par la scénographie. Depuis quelques années, nous avons acquis de l’expérience en ce qui concerne la photographie, et les projets sont maintenant entièrement pensés et pris en photo en interne. Il s’agissait de garder toutes nos forces en interne, mais avec la profusion de travail et de nouvelles demandes de clients, nous avons intégré de nouveaux profils susceptibles de nous aider et de s’épanouir au sein de l’atelier. Pour cela, nous avons aussi développé un pôle 3D avec l’acquisition d’une imprimante 3D pendant notre collaboration avec Brodinski, ainsi qu’un nouveau collaborateur en ingénierie venu nous apporter son expertise dans la conception et la sortie de pièces/prototypes et de futurs projets à grande échelle. Cette grande variété de profils et d’expériences nous permet de travailler en petits groupes sur plusieurs projets en même temps, et de ne jamais se reposer sur nos acquis, en poussant toujours plus haut la qualité de nos productions.

Pouvez-vous nous parler de vos supports et matériaux choisis ? Lesquels préférez-vous ?

CS : Ils sont très variés et représentent notre façon de penser. Nous sommes très libres et instinctifs au niveau de la création, et cela se ressent avec le grand nombre d’outils qui se cachent dans notre atelier. Nous avons une base d’outils et de matières liée au papier et au moulage, qui sont nos premiers amours, mais notre façon de penser l’objet est en constante évolution, nous nous devons de nous adapter et de découvrir de nouvelles façons de travailler. Que ce soit sur ordinateur, ou avec un marteau, nous essayons constamment de trouver la meilleure manière d’arriver à nos fins créatives. L’image finale est la combinaison de tous ces savoirs et pour que notre production se renouvelle, nous nous devons de toujours faire évoluer notre gamme de matériaux, nous avons beaucoup travaillé le plastique, le papier, le béton, le plexiglas…

Depuis peu, nous parvenons à travailler des matières plus complexes, le métal ou encore les composites comme le carbone. Là où ça devient intéressant, c’est la rencontre de matériaux hétéroclites qui viennent former une image marquante, et sa diffusion sur nos réseaux. Nous n’avons pas précisément de matériaux de prédilection, certains sont plus agréables à travailler que d’autres, mais en général il s’agit plutôt de phases de travail et d’ambiances générales qui nous touchent. Un jour nous allons aimer travailler le béton brut avec du plastique fondu, puis nous lancer dans un projet plus doux avec de la mousse et des drapés figés. Notre Tumblr « Cinqfruits » retranscrit assez bien ces différents moments d’évasion et de création plastique.

Pouvez-vous décrire le type d’ambiance que vous recherchez dans vos travaux ?

CS : Dans l’ensemble, nous essayons de travailler une esthétique générale qui nous plaît, avec un moodboard ou simplement une image de référence. Nous sommes souvent dans une ambiance surréaliste, tout en restant légère. Notre intention n’est pas de perdre les gens mais de les emmener dans notre univers fantasmagorique. Les réactions sont souvent de l’ordre de l’étonnement, du questionnement sur la nature des matières, mais ce rapport entre ce que nous proposons et la réaction des gens est ce qui nous pousse à toujours rechercher comment anticiper l’objet photographié et le présenter dans notre propre vision rêvée.

Vous avez collaboré avec la prestigieuse marque Hermès, pouvez-vous nous faire part de son brief ?

CS : Pour la troisième fois en 3 ans, nous avons eu la chance de travailler pour les vitrines Hermès. Cette année le thème était la flânerie, nous avons eu la chance de pouvoir expérimenter de nouvelles façons de produire pour nous : l’impression 3D et le thermoformage. Nous avons proposé des vitrines imprimées en 3D pour le premier trimestre. Pouvoir proposer cette technique et la rendre intéressante visuellement pour une marque telle qu’Hermès, a été un vrai défi. Heureusement, l’équipe a compris l’intérêt de cette technique et nous a permis de produire de belles vitrines « aériennes » et apportant une matière nouvelle, brute, plus difficile à décrypter. Pour les vitrines de septembre, nous avons pris le parti de travailler sur la révolution en 3D, nous avons exploré les objets qui sont soumis au temps et à la gravité comme la toupie ou le pendule. Cette fois nous avons exploré le thermoformage, un vrai défi que nous continuons d’expérimenter régulièrement. Depuis, nous avons fait notre propre machine dans l’atelier pour les tests de tous les jours.

Quelles sont vos différentes étapes de réponse à une commande ?

CS : En général, nous répondons assez vite en fonction de notre intérêt pour le projet et la deadline. Au bout d’une semaine ou deux, nous savons si cela se fait ou pas et dans ce temps, nous sommes à même de répondre avec plusieurs pistes créatives et d’estimer le coût de la production. Une fois le budget validé, on se met en train assez rapidement afin de lancer toute la production et pouvoir continuer à travailler sur d’autres projets en parallèle.

Vous avez aussi collaboré avec Brodinski, pouvez-vous nous parler de ce projet ?

CS : La rencontre avec Brodinski s’est faite de manière très naturelle, nous l’avons rencontré par l’intermédiaire d’un ancien collègue de bureau, colocataire avec son manager Guillaume Berg. Brodinski était à la recherche d’une identité visuelle pour la sortie de son premier album studio « Brava », il aimait beaucoup notre univers et nous a donné carte blanche après nous avoir expliqué son album track par track. Pour nous, il s’agissait de retranscrire l’aventure qu’il a vécue en enregistrant avec des rappeurs américains tout en mettant en lumière les différentes ambiances de l’album. Nous avons choisi de lui créer un univers propre, décliné en de multiples supports qui à eux tous, forment une histoire. Nous avons été très enthousiastes vis à vis de ce projet, car nous pouvions mêler nos influences avec une bonne dose de liberté. Nous sommes partis à la recherche d’un lieu assez dingue pour le shooting, dans lequel nous sommes restés enfermés tout un weekend, musique à fond pour shooter les images de l’album. En plus de la création visuelle pour son album, nous avons fait le clip d’ « Interviews », un de nos tracks préférés de l’album. Aussi, nous sommes partis avec lui sur plusieurs dates afin de peaufiner son VJing en live. Cette collaboration fut une très bonne expérience pour toute l’équipe !


Brodinski Feat. ILoveMakonnen & Bricc Baby – Interviews (Remix)

Que pensez-vous des réseaux sociaux dans le cadre d’une activité artistique et professionnelle comme la vôtre ?

CS : Les réseaux sociaux sont devenus légions depuis quelques années, et nous ne sommes pas étrangers à ce phénomène. Nous étions très présents sur MySpace à l’époque, c’est ce qui a provoqué la rencontre entre Mathieu (Ndeur) et Julien (Mapw), et depuis, les plateformes créatives sont un des meilleurs moyens de faire connaître notre travail à un maximum de personnes. Avec l’évolution des pratiques et la profusion de moyens de communication, il s’agissait pour nous de faire le bon choix pour véhiculer nos images sur internet. Behance est à l’origine de nos premiers clients réguliers. Le Tumblr « Cinqfruits » nous a permis quant à lui d’afficher notre côté expérimental et créatif. Pour notre activité artistique, il est indéniable que la mise en ligne régulière et ciblée a été très profitable et nous a permis de toucher un nouveau public, de manière instantanée avec un retour de notre public. Que ce soit pour le côté professionnel ou plus libre, il s’agit de moyens supplémentaires très efficaces, et assez libres comme Instagram qui nous rapproche également de tous ces gens de divers horizons qui nous soutiennent et nous poussent à continuer pour faire toujours plus fou !

Pouvez-vous nous parler de votre Tumblr « Cinqfruits » ? D’où provient cette appellation ?

CS : « Cinqfruits » a été créé il y a 5 ans maintenant, et a été un début de réflexion sur notre manière de consommer et l’abondance de déchets issus de la production au sein de l’atelier. Il est pensé comme un carnet de croquis, notre envie était de produire un maximum d’objets en récupérant les différents copeaux, et autres déchets de matières. Sur la base d’une image par jour, et avec un trio dynamique, l’équipe s’est scindée en deux pour produire et photographier des objets de récupération qui soient à la fois créatifs et intrigants. Cette pratique interne de la photographie nous a permis de développer une nouvelle approche de l’image. Jusqu’à présent, nous faisions toujours appel à des photographes en externe en fonction de projets professionnels.

« Cinqfruits » a été lancé dans le froid parisien, et a sûrement cristallisé notre manque de soleil et de réunions fruitées au sein de l’atelier. Il a été lancé comme un défi personnel, une image par jour a été dur à tenir avec la croissance de la société, mais le rythme général a été conservé pour offrir une profusion d’images. À ce jour, nous essayons toujours de détrôner le gouvernement et son « cinq fruits et légumes par jour », en délivrant notre vision des matériaux au fil de nos envies du moment.

Si vous devriez parler de l’un de vos projets futurs, lequel serait-ce ?

CS : Nous travaillons actuellement sur un nouveau projet pour Y/project avec Glen Martens, qui se tiendra à Londres à la rentrée. Nous sommes très excités de travailler sur cette nouvelle commande car il est issu du travail de nos collègues Adulte Adulte, et
se rapproche de ce que nous aimons travailler. Nous sommes ouverts à toutes les influences décomplexées et visuellement impactantes. L’équipe entière a prévu de se déplacer à Londres pour tout faire en interne, et faire participer tous les membres de l’équipe. Nous sommes habitués à faire de la direction artistique et de la production, mais en général pour l’exécution nous avons une équipe pour les installations, cette fois-ci nous dérogeons à la règle pour mettre la main à la patte, et revenir à nos débuts dans l’expérimentation et le travail de la matière.

Rendez vous en Septembre pour les nouveautés !

Pour en savoir plus sur Le Creative :

Le Creative
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Mail : [email protected]

Adresse :
24-32 rue des amandiers
75020 Paris

Propos recueillis par Nicolas Roche

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