Le Marché de l’Illustration Impertinente est-il vraiment impertinent ?

Le Marché de l’Illustration Impertinente est-il vraiment impertinent ? Telle est la question que nous nous sommes posée dès que nous avons eu vent de la nouvelle édition de l’événement. Organisé par le Hasard Ludique, tiers-lieu situé dans une ancienne gare de la petite ceinture (à Guy Moquet plus précisément), le Marché de l’Illustration Impertinente rassemble plus de 30 exposant.e.s le temps d’un week-end. De Camille Deschiens à Hyperbaudet en passant par Marie Boiseau, Cé Pé (qui signe l’identité du marché) ou le génial projet de photographies érotiques d’hommes Lusted Men, l’évènement fait la part belle à tous les corps et à toutes les orientations sexuelles. Un événement ouvert qui pose une question fondamentale : comment montre-t-on le désir ?

Pour obtenir quelques éléments de réponse avant le week-end du 3 et 4 octobre, nous nous sommes volontiers prêtés au jeu de l’impertinence dans cette toute première interview impertinente par étapes. À prendre donc au second degré, si ce n’est au millième.

Pour en savoir plus sur les festivités des 3 et 4 octobre prochains, rendez-vous sur le site web du Hasard Ludique.

Johanne Licard – Flowertits


Pourquoi organiser le marché de l’illustration impertinente au Hasard Ludique ? Ce n’est pas un peu racoleur ?

Le but n’est pas de racoler mais de répondre à l’urgence de renouvèlement de l’imagerie populaire des représentations sexuelles. Avec des images qui n’objectivisent pas un type de personne plus qu’un autre, qui n’excluent ou ne stigmatisent personne… Bref qui cassent les « normes » et explorent d’autres possibles que ceux dont nous sommes inondés par les médias depuis des années.

On fait plaisir aux yeux et on stimule les consciences !

Les illustrateur.trice.s présent.e.s montrent tous.tes la sexualité sans évoquer les clichés de sa représentation habituelle, normative. Vous avez pensé à faire part de l’expo à Valeurs Actuelles ?

Tout à fait. Un de leur journaliste nous a semblé tout particulièrement intéressé par les tatouages de Anna Wanda Gogusey représentant un clitoris dans une fleur. On a hâte de voir ça !

Blague à part nous sommes très fièr.e.s de présenter ces 30 artistes qui chacun.e avec leur style offrent une très belle palette de regards sur la vraie sexualité d’aujourd’hui.

Anna Uru – Chameleon


Une idée d’illustrateur.trice présent.e pour revoir le logo de la «Manif’ pour tous» ?

Pleins ! Je suis sûr que Marie Casaÿs, Sapphosutra ou encore le Studio Bara pourraient insuffler une bonne dose de tolérance et une petite touche LGBTQI+ friendly à leur logo !

Par contre, on arrive à la parité au niveau des artistes ?

Par vraiment, nous avons une majorité d’artistes femme…

Vous pensez donc que les hommes ont plus de mal à dessiner la sexualité ?

Vaste question ! Illustrer la sexualité (en tout cas celle dont on parle ici, la vraie) c’est illustrer l’intimité. Je pense que la société n’encourage pas les hommes à se connecter à cette intimité et plus globalement à leur vie intérieure. De ce fait peut-être y a-t-il une forme de désintérêt pour le sujet ?

Anna Maria Riccobono – Baiser


De l’autre côté la récente libération de la parole, liée au combat féministe, sur de nombreux sujets intimes comme le consentement, le plaisir féminin, la domination, les règles,… amène de plus en plus de femmes à s’exprimer sur ces thèmes à travers leur art et influencent forcément le regard des hommes qui les entourent.

D’ailleurs cette année c’est un homme qui signe le visuel du festival : Cé Pé avec ses tableaux picassiens de corps déstructurés.

Le sexe va être la thématique centrale du week-end. Est-ce que ça veut dire qu’on va voir des pénis et des vagins pendant deux jours ?

Un certain nombre d’organes génitaux, de zones érogènes et de corps dénudés oui… Mais jamais de manière gratuite ! La sélection flirte avec tous les registres : érotique, poétique, carrément pornographique, mais aussi humoristique et même politique.

Adèle Tronchet


Vous accueillez le projet Lusted Men. C’est quoi ce truc ?

Depuis juillet 2019, le collectif Lusted Men a lancé un appel à contribution photographique ouvert à tous·tes, professionnel·le.s et amateur·trice·s – indépendamment de leur genre ou de leur orientation sexuelle.
En partant du constat que l’érotisme est depuis (trop) longtemps réservé aux femmes – la culture visuelle leur ayant appris à se mettre en valeur, à se laisser regarder et être offertes pour le plaisir – Lusted Men entend rétablir l’équilibre, enrichissant le champ des représentations des hommes*. Plus de 230 contributions ont à ce jour été envoyées, allant de nus réalisés en studio à de simples selfies post coïtaux.

Une sélection de clichés sera exposée pour la première fois pendant toute la durée du marché et les fondatrices viendront animer une table ronde en présence de 4 contributeurs.rices.  *s’identifiant comme tel·le·s

©Caribe Lunar & The Bishop Black pour Lusted Men
©Chloé Sassi pour Lusted Men

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