Le studio Catalogue passé en revue

Talents à Suivre part à la rencontre de la jeune génération de créatifs français et les disciplines du design graphique. Une rubrique en partenariat avec Adobe. Retrouvez en intégralité l’interview dans le n°250 d’étapes: et le timelapse de la création originale réalisée pour le n°250 ici.


Suivre le travail de Catalogue
Site web : http://www.cataloguestudio.fr/


Par Marion Bothorel

Fondé en 2013 par Gaspard Ollagnon, catalogue est un bureau de design graphique basé à Lyon. De la création d’une pochette vinyle à l’identité d’un cabinet de gestion, le studio réalise des projets de communication, d’édition et de signalétique, dans les domaines culturels, institutionnels et industriels. Porté par les notions de message, de liens formels et de transmission d’information, catalogue donne forme aux idées. 

Catalogue Gaspard Ollagnon étapes
Magnacarta
Logotype, identité visuelle et charte graphique pour Magnacarta, réseau français de cabinets de gestion de patrimoine indépendants.


Votre restaurant préféré à Lyon : Celui d’un ami, Sauf Imprévu, dans le 6e. Vous ne serez pas déçus.

Une destination rêvée pour l’été : Belle-île en mer.

La musique à écouter sur la plage : Sur la plage, de nuit : Yo la tengo, Green Arrow.   

La dernière exposition que vous avez visitée : Celle de Guillaume Martial, photographe, pour la restitution d’une résidence auprès d’un public en situation de handicap.

Le nom du studio si ce n’avait été catalogue : Pentagram était déjà pris.

Catalogue ExitVerse étapes
Exit Verse
Conception graphique de la pochette d’album « Grant No Glory » du groupe Exit Verse, Ernest Jennings records, New-York.


Quel est votre parcours, pourquoi avez-vous décidé de vous lancer en indépendant ?

Gaspard Ollagnon: Mon parcours a ceci de singulier que je suis semi-autodidacte. Je suis passé par l’école des Beaux-Arts de Saint-Étienne avec un goût déjà prononcé pour la communication visuelle, à une époque où le graphisme y était peu considéré. Je me suis formé de mon côté, j’ai rejoins une formation professionnelle technique poussée, puis j’ai commencé à travailler au sein d’une entreprise tout en développant des projets plus personnels à côté. Ces projets ont pris de plus en plus de place et j’ai pu me lancer à mon compte. Le statut d’indépendant me séduisait sur le papier mais j’ignorais à l’époque s’il me conviendrait. Je suis resté une dizaine d’années dans cette configuration et j’ai appris énormément durant cette période.

Travaillez-vous souvent avec des collaborateurs extérieurs ? 

Au sein du studio je suis seul mais il m’arrive de faire appel à des collaborateurs extérieurs sur des tâches pour lesquelles je ne me juge pas suffisamment efficace. Ceci constitue seulement une partie de mon activité. L’autre est occupée par mon poste de directeur artistique au sein de l’agence Graphéine. 

Pourquoi avez-vous choisit de vous installer à Lyon ? 

La ville offre un compromis intéressant : elle est de taille humaine et présente une qualité de vie indéniable, tout en étant ouverte sur le monde et plutôt vivante. Et puis la scène graphique locale est active. L’ENSBA, Bureau 205, Graphéine, Trafik, La direction, Alles Gut, sont quelques noms parmi une foule d’indépendants talentueux. 

Caspard Ollagnon Catalogue étapes
Village des Créateurs
Identités visuelles de l’exposition « 37e latitude » du Village des Créateurs à la galerie Joyce, Paris.


D’où vient votre intérêt pour le graphisme ? 

Mes parents travaillaient tous deux dans le milieu culturel. Mon père était peintre et scénographe, il m’a sensibilisé assez tôt à l’image. Je me suis ainsi senti rapidement « légitime » dans un musée ou une exposition, au sens où l’on m’a permis de me questionner sur ce que je voyais. Je crois que cette légitimité a réellement été une chance et la porte d’entrée vers ce qui constitue la part sensible de ma pratique. À cet apprentissage s’est ajouté un intérêt pour l’imagerie musicale et toute la culture punk/skate de l’époque. Nous reproduisons les logos des marques californiennes au Posca sur nos planches. C’était aussi l’époque des compilations (cassettes puis CD). Il fallait trouver les moyens de produire de belles pochettes pour se faire plaisir et impressionner les copains. Et plutôt que de photocopier celles qui existaient, pourquoi ne pas les repenser ? La culture de la photocopie et du collage a constitué une de mes premières inspiration (Art Chantry, Malcolm Garrett, le Letraset).

Pouvez-vous nous parler de votre processus de création ?  

Mes techniques de travail sont classiques. Je pose les bases et cartographie mentalement le sujet qui m’est donné. Je tente de déterminer les questions auxquelles je dois répondre. Puis il vient une phase d’analyse des données du problème sans exclure les possibilités de réponses instinctives ou les parti-pris appuyés. Il faut parfois se méfier d’un excès d’analyse et de contextualisation, qui peut inhiber un certain talent nécessaire. Ne pas avoir peur de se tromper. Les réponse naissent souvent de l’erreur. On peut penser à Beckett « Rater encore. Rater mieux. ». 

Clients petits et grands, culture et entreprises, vous travaillez dans des domaines très différents. Un domaine vous attire-t-il plus que les autres ? 

J’ai toujours souhaité confronter ma pratique au réel, au sens large. Tenter d’appliquer les mêmes règles et le même niveau d’exigence pour des projets très différents. Aujourd’hui il n’y a pas vraiment un domaine qui m’attire plus qu’un autre. J’ai bien quelques clients ou projets rêvés, mais ce n’est pas le plus important. J’ai souvent été étonné des relations nées de collaboration avec des clients issus de milieux réputés peu sensibles graphiquement. Un des talents du métier de designer réside peut être dans la capacité d’installer une relation qui permet d’emmener le commanditaire le plus loin possible, à l’embarquer avec soi en lui communiquant la bonne dose d’attention et d’enthousiasme. Et ceci doit pouvoir s’appliquer à chaque projet, dans chaque milieu.

Gaspard Ollagnon Catalogue étapes
Village des Créateurs
Identité visuelle de l’exposition « Jungle Touch » du Village des Créateurs à la galerie Joyce, Paris.


Souhaiteriez-vous aujourd’hui développer votre activité dans une direction plus spécifique ou préférez-vous la diversité des projets ?

Je souhaite continuer à travailler pour différents domaines avec un niveau d’exigence plus important qu’hier.  

Pourriez-vous nous parler d’un projet qui vous tient à coeur ? 

Il s’agit d’un projet peu diffusé, celui d’une identité visuelle pour un artiste nommé Mehdi Krüger, poète et artiste de spoken word. Celui-ci m’a demandé de concevoir une affiche, avec comme contrainte d’y faire figurer son portrait. J’ai détourné la demande en lui proposant de faire apparaître son visage directement dans le texte de son concert. Le public peut ainsi quitter la salle avec le texte entier écouté lors de l’évènement. Selon la distance à laquelle on se place, l’affiche délivre des messages différents. J’aimais également idée de dissoudre l’image dans le texte, de les mêler. C’est une manière de laisser penser que l’oeuvre constitue l’artiste et non l’inverse. J’ai fais appel à Olivier Bral, sérigraphe talentueux, pour réaliser et imprimer cette affiche en deux tons, argent et noir. 

Quels projets à venir vous enthousiasment ? 

À priori tous. Débuter est toujours exaltant. C’est ensuite que ça se complique.

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Mehdi Krüger
Identité visuelle et direction artistique pour le compositeur et musicien Mehdi Krüger, issu du spoken word. Conception d’un monogramme, matérialisé sous la forme d’un tampon.


Pouvez-vous nous expliquer votre interprétation du thème « Mystères de la nature » ?

C’est une très libre interprétation d’un cycle de vie, démultiplié. Une exploration graphique de l’idée du renouvellement. 

Il se nomme Zéro déchet, en référence à une amie qui oeuvre dans ce domaine. (http://www.zorrodechet.fr/)

Quels est votre rapport aux réseaux sociaux ? 

J’y figure mais je n’y suis pas forcément présent quotidiennement. C’est une manière de maintenir une distance que je juge respectable. 

Dans votre travail, vous arrive-t-il de prendre en compte des questions écologiques ? 

Oui, au moins lorsque l’on parle d’impression. Les normes ont changé à ce niveau, avec l’objectif de produire moins et mieux. Nous cherchons aujourd’hui à proposer aux clients des solutions techniques astucieuses, pour diminuer les quantités de matières utilisées, en les aidant à repenser la manière dont ils communiquent.  

Pensez-vous que le rapport au graphisme et au design va changer dans les années à venir sous le prisme d’une prise de conscience écologique ? 

Oui, indéniablement. L’éthique devra rentrer en considération de manière plus évidente dans le processus de conception et de création. Penser à nouveau le design comme outil de contestation du marché, l’idée est intéressante. 

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Zéro Déchet – Gaspard Ollagnon



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