Les diplômés : Adrien Contesse, graphiste indépendant

Chaque année, chez étapes:, nous proposons à l’automne un numéro spécial diplômes qui présente une sélection des projets de fin d’études réalisés par les étudiants en école d’art et de design. Un an après la dernière promotion, une nouvelle génération vient de décrocher le précieux sésame. Mais que sont devenus ces jeunes graphistes dont nous avons été séduits par le projet et que nous avons eu la joie de passer dans nos colonnes au cours des années précédentes ? Nous avons mené l’enquête.

« Boom Boom Tss Boom Boom Tss Tss Boom », pas facile d’écrire des sons et des rythmes… Adrien Contesse a lui trouvé la solution. Pour ce jeune graphiste, véritable fana de Beatbox, le projet de diplôme à l’Esad Amiens fut l’occasion de sortir sa passion de sa chambre et de s’en servir comme base d’expérimentation afin de développer un système d’écriture basé sur ce courant musical. Bien lui en a pris, puisque, avec ce travail, le Rémois a récolté les félicitations du jury et quelques mois après l’obtention de son diplôme s’est officiellement lancé en indépendant.

Pour suivre le travail d’Adrien Contesse : http://www.adriencontesse.com

Que fais-tu depuis ton diplôme ?

Je me suis installé en tant que designer graphique indépendant et je scinde mon activité en trois parties que je gère à peu près de manière égale en terme de temps. D’une part, je travaille avec des clients, sur des commandes comme de l’identité visuelle. À côté, je poursuis mon projet de fin d’études Beatbox. Je suis allé à la recherche aux financements et j’ai obtenu plusieurs bourses et plusieurs établissements m’aident dans la poursuite de ce projet. La troisième partie concerne la recherche. J’ai intégré une équipe qui fait un travail de retranscription écrite de la langue des signes. C’est un projet porté par l’Esad d’Amiens.

Comment as-tu vécu ton passage d’étudiant à indépendant ?

En fait, à côté de l’école, j’ai toujours eu une vie associative. J’étais et je suis toujours graphiste et directeur artistique d’une association qui organise des événements culturels et musicaux autour du Hip-Hop. Depuis 6 ans qu’elle existe, nous l’avons fait grandir. Moi, ça m’a permis d’observer la réalité du travail, la réalité d’une commande, comprendre comment travailler avec des amis ou des clients pour arriver à un résultat et obtenir un retour du public, même si c’était de l’associatif et qu’on ne parlait pas d’argent. Je pense que ça m’a formé en plus de l’école, qui propose une approche plus créative que professionnelle. Pour moi, il est indispensable de lier les deux. Cette expérience m’a aussi permis de faire des contacts et de repousser la peur de s’installer en indépendant.
J’ai aussi pris mon temps avant de me lancer. Après mon diplôme je suis parti deux mois à l’étranger. En revenant, je suis resté chez mes parents 4 ou 5 mois pour vraiment réfléchir à ce que je voulais faire, mon positionnement, mon activité, comment démarcher. Je me suis donc réellement lancé en janvier 2016 et commence à avoir quelques clients.

Tu dis scinder ton activité en trois parties. Pourquoi est-ce si important pour toi de continuer à nourrir des projets personnels à côté de la commande ?

C’est un peu une stratégie. Quand on a un client, on essaie de le mener au maximum vers de la qualité, mais le résultat dépend aussi de ses envies et de ses moyens. On ne peut pas lui offrir une chose qui n’est pas désirée. Le fait de faire des projets personnels permet d’avoir une plus grande liberté, de toucher des domaines plus inaccessibles dans une relation commerciale. J’ai pris conscience de cela lors de mon stage chez National Forest Design, l’agence de Steven Harrington. Chaque vendredi est consacré à son art personnel, à créer des toiles pour nourrir ses expositions. Mais ce n’est pas une journée de perdue, puisque c’est pour lui une façon de se faire voir et de ramener des clients dans son activité de design plus généraliste. Je me suis inspiré de lui et je pense que mon projet Beatbox peut aussi être un tremplin.

Comment se construit ta relation avec les clients ?

Mes premiers clients étaient mes potes, mais j’ai commencé a apprendre avec eux. Parfois ça prend du temps pour bien amener les choses, de faire comprendre la vision de notre travail et quels en sont les enjeux. Aujourd’hui, avec l’asso et l’école, je me sens plutôt mur et performant pour expliquer mes choix. Dans une commande, je passe presque 80% de mon temps à faire de la pédagogie, des présentations pour réussir à ce que le commanditaire accepte de transmettre son message, avec mes moyens.

Remontons quelques années en arrière. Qu’est ce qui t’a motivé à la sortie du bac de te lancer dans des études de graphisme ?

Oui, ça remonte puisque j’ai fait 5 ans à l’Esad, mais avant, deux ans de BTS et une année de mise à niveau.
À la sortie du Bac, je ne savais pas du tout quoi faire. Rien ne m’intéressait particulièrement. Je me rappelle de mon père qui m’a alors fait un listing pendant une heure et demie de toutes les formations possibles. À chaque proposition, j’opposais un « non », sauf pour la création graphique, où ma réponse fut « Pourquoi Pas ». En réalité, je n’avais pas une grande idée de ce que cela pouvait être. J’ai donc tenté. Dès la mise à niveau, j’ai été séduit et je me suis assez vite révélé alors que je n’étais pas forcément bon élève avant. Je me suis rendu compte que je pouvais faire des choses qui me semblaient intelligentes et qui me demandaient d’évoluer.
J’ai fait l’Esad ensuite, parce que le BTS est très professionnalisant et presque trop rapide.

Pourquoi avais-tu participé au numéro diplômes ?

J’étais et je suis toujours abonné à étapes:. Quand j’étais dans mon année de diplôme, j’avais lu attentivement tous les projets présentés l’année précédente pour comprendre comment les étudiants avaient réussi à relever ce défi, comment ils avaient amené le jury dans leur idée. J’ai essayé d’analyser et de m’enlever une pression, en me disant « tous ces projets sont biens, intéressants, mais aussi faisables ». Ça m’a aidé à me lancer.

As-tu eu des retours ?

D’avoir les félicitations du jury pour mon diplôme et derrière une publication dans une revue, c’est une grosse reconnaissance. Pas mal de gens connaissent le magazine. Quand ils te disent « je t’ai vu dedans », on sent que ça a du sens. Aussi, quand je vais voir les gens pour présenter mon projet, la publication me permet d’appuyer et crédibiliser mon propos.

Pour un jeune graphiste indépendant, il est important de mettre en valeur son travail pour se faire remarquer. Quels sont les moyens que tu utilises ?

Je commence à développer ma présence sur les réseaux sociaux, notamment avec mon projet Beatbox. Après je n’ai pas une page en mon nom personnel. Je le ferai surement, mais je pense que pour ça il faut pouvoir l’alimenter régulièrement. En revanche le site web oui. j’ai décidé de faire une sélection assez restrictive des travaux et de ne montrer que le meilleur. Je communique aussi beaucoup sur mon projet Beatbox, parce que c’est un projet qui attire les gens dans l’idée et j’ai tellement travaillé dessus que c’est pour moi la meilleure des cartes de visite.

Pour revenir à Beatbox, quelles sont les nouveautés depuis l’année dernière ?

Au moment du diplôme, le but était de créer un système d’écriture pour le beatbox et de proposer une application qui allait permettre sa diffusion, son apprentissage et son utilisation.
Depuis, j’ai fait pas mal de promotion. Beaucoup de rencontres avec des professionnels de la linguistique, de la musique, des beatboxers et des professionnels du design numérique et typographique. Ces échanges m’aident à savoir comment évoluer. Là, je travaille avec Andro, le champion de France 2015. Je rentre dans une phase de tests approfondis du système. Enregistrement avec vidéo et mise en place d’une méthodologie à appliquer à plusieurs personnes pour pouvoir capter leur ressenti. Le but est de produire une version vraiment aboutie du système d’écriture d’ici quelques mois et ensuite pouvoir développer l’application en y intégrant des outils créatifs, ludiques et historiques.
Pour avoir un package complet qui s’adresse aux néophytes comme aux experts. J’ai des supers retours des beatboxers qui trouvent génial que quelqu’un participe d’une manière nouvelle à la démocratisation de la discipline. Il y a un vraie base scientifique dans le projet, mais j’essaie de la distiller pour toucher un public plus large.

As-tu découvert des choses en réalisant ce projet ?

J’ai découvert que quand on se met à fond dans un projet, ça marchait. Je ne suis pas sorti de ma grotte pendant toute ma 5e année. J’ai travaillé, travaillé, travaillé, sans vraiment savoir où j’allais. Mais juste après l’obtention de mon diplôme, il y a eu une grosse reconnaissance. Je ne m’en doutais pas avant, mais ça m’a donné de l’énergie, une rigueur dans le travail. Le bénéfice se trouve surtout au niveau des rencontres et des collaborations futures qui vont se mettre en place.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Monter un studio à moyen, long terme m’intéresse. Je ne me sens pas spécialement prêt aujourd’hui. Je pense que j’ai envie d’expérimenter des choses et c’est plus facile en freelance que quand tu lances un studio avec d’autres personnes. Peut-être dans 5 ou 10 ans, en France ou ailleurs.
On me murmure aussi de faire une thèse sur mon projet de Beatbox. Donc l’idée serait peut-être de continuer ce projet au maximum et aller le proposer dans une université à l’étranger.

Un mot pour finir ?

Il faut y aller à fond sur son projet de diplôme, parce que quand tu le réussis, un élan t’es donné qui permet de gommer les petits doutes que tu as à la sorti de l’école.

Propos recueillis par Charles Loyer

Les projets que Adrien Contesse a souhaité partager avec nous :

Vocal Grammatics




Mémoire, système d’écriture, application… Système d’écriture pour le Beatbox.

Velours


Association culturelle et musicale qui organise des évènements pluridisciplinaires autour de la culture Hip Hop (concerts, battle de danse, graff, expo d’art, photo, installation interactive, etc.) http://velours-asso.com

Cadre Vert


Logo, identité, et charte graphique complète pour Cadre Vert, une entreprise de design végétal d’intérieur.

Partagez votre projet de diplômes 2016 sur notre site dédié pour faire partie de la sélection 2016 à paraître dans la revue. Un numéro soutenu par Fotolia.

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