Les Diplômés : Henna Burney, designer et chercheuse au LCA.

Chaque année, chez étapes:, nous proposons à l’automne un numéro spécial diplômes qui présente une sélection de projets de fin d’études réalisés par des étudiants en écoles d’art et de design. Que sont devenus ces jeunes graphistes dont les travaux nous ont séduits et que nous avons présentés dans nos colonnes au cours des années précédentes ? Nous avons mené l’enquête.

Diplômée de l’École Boulle en 2016, Henna est aujourd’hui designer et chercheuse dans les agromatériaux, comme le présupposait son diplôme. Son projet Oryza avait pour objectif de transformer la matière première en matériaux peu polluants et les rendre attractifs. Avec le Laboratoire de Chimie Agro-alimentaire (LCA), elle axe son travail sur la balle de riz, l’enveloppe autour de la céréale, produite à 6000 tonnes par an mais non exploitée. Grâce à la technique de la thermocompression, elle fabrique des plaques dont elle tire profit de diverses manières.

Site personnel: hennaburney.com
Site du projet: Oryza


Peux-tu nous raconter ton parcours depuis l’obtention de ton diplôme ?

En juillet 2016, j’ai obtenu un DSAA en Design Produit à l’école Boulle. Après cela j’ai suivi une année FCND (Formation Continue Non Diplômante) qui m’a permis de faire un échange de 6 mois au Japon au département Céramique des Beaux Arts de Tokyo (Geidai). Ce fut l’opportunité de démarrer un travail de recherche entre la céramique et des matières végétales. Suite à cet échange, j’ai intégré de nouveau pendant 4 mois le LCA, au sein duquel j’ai développé mon projet de diplôme. En collaboration avec Antoine Rouilly (maître de conférences à l’ENSIACET à Toulouse), j’ai continué a travailler sur le développement de mon matériau : j’ai eu la possibilité de l’expérimenter plus profondément en concrétisant les paramètres du procédé et en travaillant sur la coloration naturelle. À la suite de quoi, j’ai été mise en relation avec l’Atelier LUMA avec lequel je travaille aujourd’hui.

Pourquoi avais-tu choisi ces études ?

J’ai commencé mes études, en design industriel, à l’Université de Buenos Aires. Grâce un accord bilatéral entre l’UBA et l’École Boulle, j’ai choisi de suivre une formation en design de produits, une formation plus focalisée sur la recherche. De là je me suis questionnée sur le rapport entre le design et le développement des matériaux issus des matières végétales, plus spécifiquement sur les agromatériaux. Grâce à un mémoire de recherche, j’ai pu éclaircir mon profil en tant que designer, et constituer des bases théoriques pour mes travaux de recherches.

Comment as tu vécu ton passage de l’école vers l’insertion professionnelle ?

Dès lors que j’ai démarré ce travail de recherche entre le design et les agromatériaux, je savais que je voulais donner une suite, notamment au développement du matériau, après l’obtention du diplôme. Cette ambition m’a permis de très vite me faire des contacts, d’aller plus loin avec ce projet et ensuite d’intégrer l’équipe de Atelier LUMA.

As-tu eu des retours suite à la publication du numéro ?

La publication de mon projet a été un moyen de communiquer ma recherche plus facilement. J’ai reçu quelques mails des étudiants et designers qui s’intéressent aussi au développement des matériaux à partir de matières végétales.


Dans la poursuite de ton projet de diplôme, l’éco-responsabilité et le réemploi sont des axes que tu souhaites garder dans ton travail ?

Mon projet Oryza a été déterminant. Nous, designers, avons l’avantage de concevoir en utilisant différents matières. Nous avons aussi la responsabilité de respecter les conditions écologiques actuelles et futures en proposant de nouvelles alternatives. J’ai le sentiment que le travail n’est pas fini et que le chemin est encore long pour donner une véritable place aux agromatériaux.


Quels sont tes projets pour la suite ?

Dans un contexte environnemental critique, il est important de se pencher sur les matières végétales en alternative aux matériaux issus de ressources fossiles qui permettent d’obtenir des matériaux à court cycle de vie. Dans un premier temps, j’aimerais mettre au point le projet Tierra (dallage végétal), pour démarrer une vraie distribution.
J’envisage de m’installer en tant que designer indépendante et de développer une start-up, afin d’utiliser ces matières pour la conception de mes objets, de les rendre intelligibles, de leur donner une deuxième opportunité au sein de nos habitats. Je continue de travailler en partenariat avec le LCA car il est important que designers, chercheurs, et agriculteurs, s’unissent pour contribuer à la transition climatique tout en profitant des nouvelles esthétiques offertes par ces matières.

Propos recueillis par Florian Bulou-Fezard

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