Les diplômés : Ivan Murit, créateur de TexTuring

Chaque année, chez étapes:, nous proposons à l’automne un numéro spécial diplômes qui présente une sélection des projets de fin d’études réalisés par les étudiants en école d’art et de design. Un an après la dernière promotion, une nouvelle génération vient de décrocher le précieux sésame. Mais que sont devenus ces jeunes graphistes dont nous avons été séduits par le projet et que nous avons eu la joie de passer dans nos colonnes au cours des années précédentes ? Nous avons mené l’enquête.

Pour son projet de diplôme Ivan Murit a eu la brillante idée de concevoir un programme informatique permettant d’appliquer à une image des trames organiques paramétrables. Un projet qui a enthousiasmé de nombreux professionnels. Ivan Murit a profité de cet élan pour s’impliquer à fond dans son logiciel TexTuring, dont il vient de lancer officiellement la première version, à télécharger sur son site internet. Véritable passionné de science et de design génératif, il nous en dit un peu plus sur son parcours et comment il a réussi à faire grandir son bébé.

Pour suivre le travail d’Ivan Murit :
http://recherche-visuelle.tumblr.com
http://ivan-murit.fr


Peux-tu nous raconter ton parcours depuis l’obtention de ton diplôme ?

J’ai fait ma licence aux beaux-arts de Rennes, puis mon master aux beaux-arts de Valence, en design graphique. En septembre, je me suis installé en tant qu’indépendant et là, j’ai commencé à faire des petits boulots : des sites web, des flyers, des choses assez classiques. Parallèlement, j’ai ma production personnelle et mon projet Texturing, qui est le prolongement de mon projet de fin d’études. Pour rappel c’est un logiciel de création graphique, destiné aux agences et créateurs. Après mon diplôme, j’ai lancé assez rapidement un Kickstarter, pour trouver des financements. Cette campagne a nécessité que je m’implique dans beaucoup d’à-côtés, comme du Community Management.
En janvier, je me suis occupé des Rewards du financement participatif, puis j’ai attaqué à nouveau le développement du logiciel pour lequel j’ai notamment bossé avec un ingénieur. Enfin j’ai eu une résidence à la villa Médicis pendant trois mois.

Pourquoi avais-tu choisi les études de graphisme ?

J’ai fais un Bac scientifique. Les sciences m’intéressent énormément, je suis un grand passionné de géométrie, de physique, du fait que des équations mathématiques puissent être tracées, qu’il existe une relation entre les formes et les chiffres.
En sortant du lycée, j’ai hésité à aller vers une prépa pour une école d’ingé ou une MANAA. Il se trouve que j’ai choisi la deuxième option. J’ai ensuite fait un BTS où j’ai un peu abandonné l’aspect scientifique. À la fin des deux ans, j’ai découverts la programmation. Depuis, c’est reparti, je suis à nouveau à fond dans la géométrie. Les beaux-arts m’ont quand à eux permis de comprendre qu’il était possible d’expérimenter le medium un peu plus profondement.


Il y avait une place importante pour la programmation aux Beaux-Arts ?

Un peu, mais pas suffisamment. C’est d’ailleurs une des choses qui m’a poussé à aller à Valence. À L’Ésad, il y a une approche un peu plus numérique. Mais globalement je suis très satisfait de toutes mes études.

Comment tu as vécu le passage des études à la vie professionnelle ?

Ça c’est fait assez naturellement. Par exemple pour Texturing, il n’y a pas un moment précis où je me suis dit « je vais faire un Kickstarter ». J’avais senti que mon outil était viable, qu’il intéressait les designers graphiques autour de moi. De véritables connaisseurs de typographie et d’impression. J’ai senti les besoins autour de mon projet dans ces milieux là, donc naturellement je me suis dis qu’il fallait prolonger ce travail.

Tu as envisagé d’intégrer une structure ?

Non pas vraiment. J’ai travaillé un semestre chez Lust aux Pays-Bas au cours de mes études. C’était super intéressant, il y avait beaucoup de projets de recherche, mais pour l’instant je préfère jongler moi-même avec des petites choses. Acquérir de l’expérience dans des activités très variées. Je suis entre les sciences, l’art et le design, ça me permet de faire par exemple des installations numériques artistiques, ou des projets de design en rapport avec la typo et l’image. Ma constante, je pense, est mon approche personnelle, c’est à dire, aborder l’image par le système avec comme medium de prédilection, la programmation. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est de pouvoir produire du design génératif.

As-tu eu de bonnes ou mauvaises surprises ?

La mauvaise surprise est que le software de Texturing, j’ai dû le faire entièrement seul. Je devais le faire avec un ingénieur, mais ça n’a marché qu’un temps, car on ne s’est pas entendus sur les langages de programmation. J’ai eu une période très sous l’eau. Je me suis aperçu que collaborer, quand on a toutes les choses en main, ce n’est pas toujours facile. Mais ça n’a pas terni, mon envie de collaborer avec des ingénieurs.


Typographie Ubuntu customisée avec TextTuring

Quels sont les langages que tu utilises ?

Le soft est en Java, mais je pense qu’on aurait dû le passer en C-Sharp avec Unity. On utilise le Processing en librairie graphique, puis pleins d’autres librairies pour des tâches plus précises.

Qu’est ce qui t’a donné envie de prolonger ton projet de diplôme ?

Des quatre pièces que j’avais imaginées pour mon diplôme, Texturing était celle qui se raccrochait le plus au design graphique. Il y avait une utilité pratique. Le soft s’inscrit dans une chaîne de production. Mais, à la base dans Texturing, ce qui m’intéresse le plus c’est ce qui est en amont, c’est l’expérimentation graphique et programmatique qui m’y a amené.

Peux-tu nous en dire plus sur le financement participatif, nous raconter ton expérience ?

Je m’y attendais un peu, mais je me suis fais surprendre. Il y a eu un côté un peu envahissant. Il faut être super présent pour la communauté que l’on souhaite construire. Répondre aux questions, mettre en place des tutos, planter des graines à droite et à gauche pour que ça prenne. Je dois dire que ce fût un mois très intense. Il y a aussi une pression différente avec le financement participatif, parce que contrairement au projet d’indépendant, au lieu d’être payé à la fin, tu l’es au début. Mais c’est plutôt sain. Je me posais surtout la question de savoir comment poursuivre le projet, si je n’atteignais pas les objectifs de financement.

Maintenant, quels sont tes projets pour la suite ?

Alors c’est encore concentré sur Texturing. Il y a d’abord le lancement de la realease, donc de la maintenance, des bugs fix forcément, un peu de communication pour m’assurer que le logiciel fonctionne bien partout.
À côté de ça, j’ai des projets d’expérimentation, je vais continuer à créer des images pour mon blog recherche visuelle, mais aussi j’envisage des collaborations avec des studios en générant de multiples variations d’images à partir de mes algorithmes. En fait, ce que je souhaite, c’est d’être indépendant et être consulté comme intervenant en design génératif sur des projets ponctuels.

Propos recueillis par Charles Loyer

Partagez votre projet de diplômes 2016 sur notre site dédié pour faire partie de la sélection 2016 à paraître dans la revue. Un numéro soutenu par Fotolia.

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