Les illustrations de Samantha Fung : entre féminisme et animalisme

Samantha Fung a étudié le journalisme à Hong Kong, et s’est finalement tournée vers une maîtrise des Beaux-Arts en Illustration au College of Art d’Edimbourg. Aujourd’hui, son travail de freelance lui permet de produire des illustrations engagées, inspirées des tatouages traditionnels et à l’intersection de ses convictions féministes et animalistes.



Comment décris-tu ton travail ?

Mes dessins sont inspirés par les tatouages ​​traditionnels. Des artistes-tatoueurs vegan telles qu’Avalon Todaro et Hilary Jane sont des profils qui m’ont encouragés à explorer des illustrations inspirées par cette pratique. J’adore aussi le travail d’Alexis Hepburn et de Jessica O qui tatouent beaucoup de figures féminines.

Mes illustrations sont aussi teintées des expériences vécues dans le groupe de sensibilisation que j’ai lancé, Hong Kong Pig Save, sur la base des groupes du Save Movement qui documentent le sort des animaux dit « de ferme ». Lors des veillées organisées près des abattoirs, j’ai témoigné d’images horribles d’animaux mourants, assoiffés, battus. Le dessin est le moyen de libérer la colère et la douleur que ces moments ont crée en moi.

Mon style vient aussi de mes souvenirs d’enfance. Après l’école, je passais beaucoup de temps dans les bibliothèques. Je ne lisais même pas les mots mais je scrutais toutes les images. Très tôt, les livres pour enfant m’ont donné le désir de créer.


Avec quels matériaux dessines-tu ?

Aujourd’hui, je conçois mes illustrations avec de l’aquarelle sur papier. Auparavant, j’avais l’habitude d’utiliser des crayons de couleur pour les dessins détaillés. Ce sont cependant les encres et l’aquarelle qui sont majoritairement utilisées dans les dessins préparatoires de tatouages. J’ai donc essayé l’aquarelle et j’ai appris à l’aimer.


Quels thèmes te tiennent à coeur de transmettre dans tes illustrations ?

Le veganisme, le droit des animaux et l’empowerment des corps féminins.

J’ai réalisé une série d’illustrations inspirées des faits et des chiffres de l’élevage. Elle illustre la souffrance vécue par les truies dont les corps sont emprisonnés dans des caisses de gestation, incapables de se tourner et de nourrir leurs bébés ; des vaches réduites à des machines à gagner de l’argent ; des 91% de la forêt amazonienne déforestée pour nourrir les animaux d’élevage. En fin de compte, dans mes illustrations, je souhaite reconnecter à travers les yeux du regardeur, la chair présente dans les assiettes avec celle d’animaux vivants, respirants et sentients.


Être une illustratrice femme, racisée et qui s’est battue pour sa santé mentale sont des raisons pour lesquelles tu as besoin de distiller ton engagement au quotidien ?

Cette illustration ci-dessus représente parfaitement le carrefour où je me situe, entre féminisme et maltraitance animale. Ce portrait de moi nue à quatre pattes, imitant la position rampante d’un animal, montre les parties de mon corps divisées par des lignes en pointillées et étiquetées de la même façon que ceux des animaux d’élevage partis à l’abattoir. Beaucoup de gens, hommes et femmes indépendamment, soutiennent l’idée d’égalité des droits et d’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Pourtant, la majeure partie du monde consomme des produits de l’industrie des animaux d’élevage, qui exploite et instrumentalise le système de reproduction de l’anatomie féminine.


Quelle est l’illustration que tu as préféré concevoir ?

Everybody is a work of art est un gigantesque dessin au crayon que j’ai réalisé l’an dernier. Dessiner tous ces corps de femmes dans leur grande pluralité et voir de nombreuses personnes s’y identifier m’a fait me sentir forte et à la hauteur. 


Est-ce compliqué, dans le métier d’illustratrice, de porter l’étiquette d' »artiste engagée » ?

J’ai pendant longtemps été serveuse et il m’était difficile de travailler pour une entreprise qui se préoccupe uniquement de son propre profit. J’ai quitté ce poste pour pouvoir me concentrer sur mes illustrations. Même si cela peut devenir stressant de travailler dans ma chambre toute la semaine et de gérer les commissions, le fait de gagner ma vie avec le dessin et de pouvoir prendre soin de mon chien me rend vraiment heureuse. J’adore la vie de freelance !


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En quoi consiste tes prochains projets ?

Je rapporte Sasha, le chiot que j’ai adopté du Royaume-Uni, avec moi à Hong Kong. Un ticket pour un animal coûte très cher, environ 1 500 livres, je vends donc des portraits personnalisés d’humains, avec ou sans leurs animaux, sur commande sur Instagram ou Facebook pour aider à le financer.


Quel est ton projet rêvé ?

Devenir tatoueuse. L’industrie est intimidante, mais si je fais profil bas tout en acquièrant les compétences nécessaires, je pourrais, plus tard, transformer des corps en de belles et grandes illustrations.

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