« Les petits papiers » d’Edith Carron

Qu’il s’agisse d’objets d’étude, d’objets d’art ou d’objets du quotidien, les professionnels des arts graphiques entretiennent avec l’imprimé une relation sensible. Dans le cadre du partenariat avec l’imprimeur Exaprint, étapes: interroge les acteurs de la chaîne graphique sur ces objets qui façonnent leur quotidien. Rencontre avec Edith Carron, illustratrice française basée à Berlin.




Depuis 6 ans, Edith Carron conquiert la presse magazine internationale à coups de crayons appuyés et frénétiques. En plus de compter M le Monde, le Guardian ou encore le New Yorker parmi ses clients, l’illustratrice collabore avec des marques, parmi lesquelles, Gucci, le Chocolat des Français et Google. Entre ses carnets de croquis, ses dessins de commande et les cartes postales qui ornent son bureau, Edith Carron baigne dans le papier comme un poisson dans l’eau.

Suivre le travail d’Edith Carron
Site Internet : www.edithcarron.com
Instagram : edith_carron

Un titre de presse avec lequel vous aimez travailler ?


illustration de l’article “You’re Not Really Wearing That to School?” publié le 20 juin 2014

J’aime les commandes éditoriales car elles sont très restreintes dans le temps. Elles se font parfois, dans la journée même et les illustrations sont éditées très rapidement. J’aime cette adrénaline.

Le travail avec New York Times est comme cela. Très urgent, avec de nombreux allers-retours. Mais les corrections sont pour la plupart pertinentes et constructives. Dans la presse américaine, le rôle du directeur artistique est très important. Il a souvent déjà une idée sur le sujet. Il y a aussi plus d’auto-censure dans ce que l’on peut montrer au niveau du corps. Pour un illustrateur ça peut être assez complexe.

Pour l’article “You’re Not Really Wearing That to School?”, je devais dessiner des habits sexys sur une adolescente sans que l’on voit une ligne de sein. J’ai d’abord dessiné une jupe mais elle était trop longue, puis j’ai fait un short, mais il était trop court. Donc on a fait un short un peu plus long. Au total, j’ai dû faire une dizaine de croquis !

Vous tenez des carnets de croquis depuis plusieurs années. Est ce qu’il y en a un auquel vous tenez particulièrement ?


J’utilise beaucoup de carnets. Des petits au format de carte postale, avec beaucoup de pages et une couverture rigide. Je les emporte avec moi en voyages, à des expositions etc. pas besoin de tables ou de support avec ce format, on peut dessiner debout. Je n’achète pas de carnets trop chers ou trop précieux parce que c’est difficile de dessiner dedans après. On n’ose pas trop.

Je dessine beaucoup mes amis ou les gens dans la rue mais aussi des choses qui m’inspirent. Pendant mon année de diplôme, je me suis beaucoup remise aux carnets. C’est à cette époque que j’ai commencé à l’appeler “journal”. Je réalisais un film d’animation mais je suis quelqu’un de très impatient et je me disais que j’allais craquer si je n’avais pas quelque chose de quotidien. Je faisais beaucoup de recherches sur le féminisme pour mon diplôme, donc je dessinais rapidement toutes les idées que j’avais et je les publiais sur internet. C’était pour moi une manière de produire, de noter ce que je pensais, ce que je vivais et d’être moins stressée par l’animation, qui était un projet plus long. Cette pratique quotidienne m’a permis de développer une écriture qui n’étais pas là avant.

J’aime beaucoup ces dessins car ils sont très vivants et un peu étranges. J’étais très libre dans le trait, un peu brouillon. Des fois je regrette cette période. J’aimerais arriver à redessiner comme ça mais c’est lié à cette période-ci de ma vie, très stressante mais aussi très vivante. Ça influence beaucoup le dessin.

Votre illustrateur.rice français.e préféré.e ? Jeanne Detallante

Je suis fascinée par ceux qui ont des univers très différents du mien, c’est le cas de Jeanne Detallante, dont j’aime l’étrangeté des images. Son trait est détaillé et précis, ses personnages sont toujours un peu étranges, à la frontière des genres. Elle n’est pas seulement dans le beau ou le mignon. Ses dessins sont toujours questionnants, vacillants. Je ne vois pas ça beaucoup, donc ça m’intéresse.

Elle a aussi un petit côté vintage que j’aime bien et que je n’ai pas du tout. Je l’ai rencontrée récemment et elle m’a dit qu’elle aimait bien chiner aux puces. Ce goût des choses et des objets se retrouve dans son travail.

Un projet qui sort des sentiers battus ?

J’ai fait une collaboration avec Stefanie Manns, photographe et amie que j’ai rencontré aux Beaux Arts de Berlin. On a réfléchi à plusieurs scènes avec des modèles et une scénographie dessinée. J’ai fait une première série de croquis et quand on a su avec quels mannequins on allait faire le projet, j’ai retravaillé des croquis pour chaque modèle. C’était très excitant de changer d’échelle, de dessiner sur la peau, de créer un décor pour ce shooting et de voir la traduction de mes croquis en photo. J’aime bien passer aux grands formats, j’aimerais le faire beaucoup plus.

En tant qu’illustrateur on travaille beaucoup tout seul, mais c’est passionnant de collaborer avec des spécialistes d’autres domaines comme la photographie, que je ne connaissais pas du tout.

Un livre que vous avez très envie d’acheter ?

J’aimerais beaucoup m’offrir un livre de Rose Wylie dont j’ai vu l’exposition dans une galerie Berlinoise. J’aime son univers figuratif très moderne ainsi que la spontanéité et le rythme de son trait.
Ses tableaux sont de très grands formats. C’est passionnant à regarder. Sa manière de travailler la peinture est très proche de celle du dessin. On dirait que ses tableaux sont des carnets de croquis agrandis. C’est coloré, c’est joyeux, mais elle n’est pas dans le décoratif.

Mais peut être plus que les livres, j’aime être entourée d’images. J’ai un espèce de carnet de Rose Wylie récupéré à la galerie que j’ai accroché au dessus de mon bureau. J’ai beaucoup de cartes postales d’artistes que j’aime bien au mur.

Propos recueillis par Astrid Fedel.



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