« Les petits papiers » de Loïc le Gall

Qu’il s’agisse d’objets d’étude, d’objets d’art ou d’objets du quotidien, les professionnels des arts graphiques entretiennent avec l’imprimé une relation sensible. Dans le cadre du partenariat avec l’imprimeur Exaprint, étapes: interroge les acteurs de la chaîne graphique sur ces objets qui façonnent leur quotidien. Pour ce second volet, rencontre avec Loïc le Gall.



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Graphiste spécialisé dans l’édition, Loïc le Gall a conçu pas moins de 300 livres et catalogues d’exposition. Lorsqu’il n’est pas plongé dans une maquette, le professeur de calligraphie et de typographie (Esad Amiens, l’Esav Marrakech, l’Esad Orléans) collectionne les ovnis éditoriaux et chasse les manuscrits précieux.

Suivre le travail de Loïc le Gall
Site Internet : http://loiclegall.com/

Votre ouvrage de référence pour s’initier à la calligraphie/typographie ?
Le cabinet des poinçons de l’imprimerie nationale (1950)

Le cabinet des poinçons est une sorte de catalogue de l’ensemble des poinçons de l’imprimerie royale et aujourd’hui, nationale, qui présente un très grand nombre d’écritures du monde (ge’ez, tifinagh, mandchou, amharique). Je m’en suis souvent servi pour commencer à enseigner la calligraphie aux étudiants et déjouer leurs habitudes d’écriture.

Notre fonction d’enseignant c’est aussi de nourrir la culture et l’histoire de l’écriture est la grande aventure humaine. L’étude de ces écritures permet de revoir l’alphabet beaucoup plus largement, avec une diversité de formes dans l’œil. Les étudiants sortent de l’idée qu’il y a juste l’alphabet latin, l’arabe, les idéogrammes chinois ou le cyrillique. Ils comprennent ce qu’est un signe et comment ça marche.

L’édition d’après guerre est imprimée sur un très beau papier. Mettre de beaux livres, un peu académiques, dans les mains des étudiants, joue sur la façon dont on leur passe le savoir. Cela les responsabilise.

Un projet auquel vous tenez particulièrement ?
Les carnets de la création, aux éditions de l’oeil

Il y a une aventure éditoriale à laquelle je tiens, c’est celle des Carnets de la création. Il s’agit d’une collection de petits livres de 32 pages, née de ma rencontre au Mali avec les photographes maliens et les éditions de l’œil, à la fin des années 1990. Les éditions de l’œil voulaient faire des monographies d’artistes, mais les grands formats coûtent souvent très chers. J’ai donc proposé de faire ces petits livres.

J’aime les petits livres modestes et pas chers, faits avec peu de moyens. Les premiers carnets sont dédiés à des artistes maliens. Depuis, 120 titres sont nés. On a fait des monographies de jeunes artistes du monde entier, au Congo, en Thaïlande, en Iran, en France. Les derniers carnés figurent l’œuvre de 10 artistes chinois, qui ont travaillé autour du cinéma d’animation.

La collection sous-titrée « tout l’art du monde », continue d’exister et a contribué à faire connaître des artistes d’une trentaine de pays, exerçant dans un tas de disciplines différentes. Cette collection hétéroclite couvre l’art contemporain au sens d’aujourd’hui et dans toute sa diversité.

Un projet autour de votre artiste malien préféré ?
Au village, Malick Sidibé (2011), aux Éditions de l’œil

En 2011 Malick Sidibé confie aux Éditions de l’œil, des photos personnelles de son village d’origine, qu’il a photographié précieusement pendant près de cinquante ans. Il s’agit d’un précieux témoignage sur la vie rurale au Mali et son évolution sur plusieurs décennies. Ce travail tendre et intime est surtout l’occasion de découvrir un Sidibé coloriste.

L’idée était de faire un beau livre de photographie sans folklore. Il fallait raconter une histoire avec des photos très hétéroclites et sans cohérence, montrer le Malick Sidibé que l’on connaît sans avoir peur de montrer un autre aspect de l’artiste, globalement moins joyeux. Il y a des photos que l’on présente en tant qu’œuvre et d’autres en tant que documentaire. Il fallait le faire sentir, sans qu’il y ait de frontières, tracées de manière autoritaire. La solution était dans le chemin de fer et dans le rythme général du livre.

J’ai aimé faire ce livre pour ce grand monsieur si modeste et bienveillant. C’est un regard inattendu sur Malick Sidibé et son œuvre.

Le plus beau poster typographique de tous les temps ?
De Laudibus Sanctae Crucis (IXe siècle), par Raban Maur

Plusieurs références me viennent en tête comme Wim Crouwel ou Studio Feixen. Mais le plus fascinant « de tous les temps » n’est ni tout à fait une affiche ni strictement typographique. C’est une page de De laudibus sanctæ Crucis, de Raban Maur. Un travail extraordinaire, d’une profondeur spirituelle et d’une modernité dingue. Ici, Raban Maur cherche un usage de l’image qui ne soit pas idolâtre mais seulement un support à la méditation. Il utilise pour cela la lettre et les formes abstraites. Ce quadrillage de lettres qui passe sur le visage d’un christ avec une grosse tête est fascinant. On dirait Matrix.

Cet ouvrage est intéressant sur la question des relations entre texte et image, car il trouve une autre façon de marier les deux, en les superposant. Le texte peut être décodé ligne par ligne, mais si on prend les lettres dans l’auréole du christ, on lit « Jesus Christ Roi du monde ». Les lettres sur les deux tétons et le nombril forment le mot « deo », soit « dieu ». C’est génial.

Il existe 5 ou 6 copies de ce manuscrit dans le monde. Lorsque j’enseignais à Amiens, j’emmenais les étudiants le voir à la bibliothèque municipale. Cela leur montre qu’au delà des tendances, il y a aussi des eaux profondes du graphisme et que l’histoire est pleine d’idées formelles.
Dans ce monde où tout va très vite, où on surfe sur les références et où tout se vaut, on amoindrit parfois la valeur des choses. Ici la valeur est incontestable. On ne peut pas ne pas être infiniment respectueux devant ce livre. J’ose croire que mes étudiants se sentaient eux-mêmes un peu anoblis de voir ce livre précieux, de voir le soin porté à ces pages et que cela leur a ouvert les portes d’un monde qu’ils ne soupçonnaient pas.

Un objet graphique qui a inspiré votre travail ?
Laus Veneris (1933), poèmes par Swinburne, aux éditions Mercure de France

Je l’ai trouvé aux puces de Vanves. C’était presque rien sur un étale aux puces, mais il m’a arrêté net. La couverture était intrigante. La superposition de cette linéale verte sur une rouge, plus mince et la composition décentrée de la couverture m’ont vraiment surpris. Quand je l’ai ouvert, j’étais comme un fou. Les pages étaient toutes différentes. Les cahiers sont pliés asymétriquement et chaque page semble avoir un format différent.

Cela dit bien la beauté et le rapport très particulier que l’on peut avoir au livre, mais aussi ce que le papier et la matérialité du livre ont d’inégalable. Ce qui me plaît c’est le souvenir du moment où j’ai ouvert ce livre pour la première fois, la surprise en découvrant ces pages inégales. Pour moi c’est un peu un idéal de livre, un talisman.

Popos recueillis par Astrid Fedel.

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