Lucas Donaud « Un groupe a besoin d’une identité autant musicale que visuelle pour exister »

Mis en lumière grâce au très prometteur Paris Psyché Fest puis présenté dans notre sélection de pochettes de disques et d’affiches de festivals dans le <http://etapes.com/etapes-226>étapes: 226 (spécial musique), le travail de Lucas Donaud nous a immédiatement transportés dans les chimères cosmiques du psychédélisme avec des pochettes de disques où couleurs et formes dialoguent à la perfection. Une sorte de joyeux psychotrope dont on ne se lasse pas.

Lucas Donaud vit désormais à Londres où il travaille principalement avec des labels de musique (Burger Records, Ayo Silver, Sony Music, Because Music), avec des groupes de garage psyché et des festivals (Signal Festival, Paris Psyché Fest, Outta Mind Festival). Lui-même activiste dans la scène musicale psyché avec son groupe Strange Hands, Lucas donne à la pochette de disque et à l’affiche le statut qu’elles méritent : celui de véritables oeuvres d’art.
Premier rapport immédiat à un album, l’artwork est pour Lucas l’aboutissement d’une recherche d’expression et de composition. Du collage à la photographie, son esthétique kaélodoscopique invite à une expérience visuelle unique et témoigne du pouvoir de l’image dans l’expérience musicale.

Nous avons discuté image et musique avec lui.


Peux-tu nous parler un peu de ton parcours. Tu vis actuellement à Londres, quelles sont les raisons qui t’ont poussé à t’y installer?

J’ai quitté Bordeaux il y a 5 ans juste après mes études d’arts graphiques. Travailler dans une agence de pub ou de graphisme
ne m’intéressait pas vraiment, je voulais travailler sur des pochettes de disques mais je ne me voyais pas faire ça à Bordeaux, trop petite ville et il fallait que je vois d’autres choses. L’idée de bouger à Paris ne me convenait pas, j’avais envie de partir de France.
J’étais allé deux ou trois fois à Londres et c’était une ville qui me plaisait; beaucoup de choses s’y passent musicalement et culturellement,
un mois après la fin de mes études j’y habitais.

La musique occupe une place très importante dans ton travail, comment collabores-tu avec les groupes et artistes ?

J’ai commencé à travailler sur des affiches de concerts et des pochettes de disques pour mon groupe Strange Hands.
On a joué avec pas mal de groupes français et internationaux avec qui je suis resté en contact. Les collaborations sont venues assez naturellement, certains groupes avec qui on avait joué m’ont contacté pour me demander de bosser sur leur prochaine pochette et vice-versa. D’autres collaborations sont venues directement de groupes que je ne connaissais pas forcément.

En général, je demande au groupe si il a une idée de ce qu’il veut, ne veut pas, et surtout je demande à ce que l’on m’envoie les morceaux que la pochette représentera. Il est indispensable pour moi de travailler en écoutant la musique du groupe en question, c’est pour cela que j’évite, tant que possible, de travailler sur des pochettes avec des groupes que moi-même je n’écouterai pas. Si la musique d’un groupe ne m’est pas évocatrice, travailler sur leur pochette me sera difficile dans le sens où j’aurai du mal à cerner leurs envies, ce qui ne sera bénéfique pour personne…

Une fois la direction visuelle générale établie avec le groupe, j’entame une grosse phase de recherche d’images utilisant principalement de vieux magazines. Quand je tiens une ou plusieurs pistes qui me plaisent je leur en fait part. J’essaie de communiquer un maximum avec le groupe pour que l’on soit sur la même longueur d’ondes et que le résultat plaise autant au groupe qu’à moi.

De quelle manière le graphisme et la culture visuelle de manière générale nourrissent l’expérience musicale selon toi ?

Un groupe a besoin d’une identité autant musicale que visuelle pour exister.
C’est d’autant plus vrai avec les groupes psyché où l’expérience sensorielle est clé, l’aspect visuel et audio sont vraiment complémentaires, ça dépasse l’idée de l’identité, c’est aller plus loin en reproduisant visuellement le son et vice-versa.
Par exemple l’ambience créée par les liquid light shows des 60’s comme ceux du The Joshua Light Show faisait vraiment partie intégrante de l’expérience musicale pendant un concert, ce genre d’effet plonge le spectateur dans une ambiance propre à la musique jouée en temps réel.


Quelles sont tes influences/inspirations ?

J’ai découvert le psyché/garage vers 16 ans. J’ai commencé à aller voir des concerts et à m’intéresser en profondeur à cette culture.
C’est à ce moment là que j’ai découvert les affiches de Robert Fried, David Singer, Wes Wilson et les films de Jodorowsky et Keneth Anger.
J’avais l’impression de découvrir quelque chose de vrai et novateur dans le sens où ça s’écartait totalement de ce que j’avais l’habitude de voir ou d’entendre. Je continue à écouter ce genre de musique, de vieux et nouveaux groupes et j’essaie d’aller voir le plus de concerts possible, de films, d’expositions, l’inspiration peut être puisée n’importe où.

Tu fais des affiches de festivals, des pochettes de disques, (+ …) Avec quels types de supports te sens-tu le plus à l’aise ?

Les pochettes de disques vinyl, les LP plus particulièrement sont pour moi un excellent support.
Le travail de composition sur un format carré me plait beaucoup et travailler sur un disque est un travail très complet qui va du design de la pochette, en passant par les étiquettes, l’insert et la couleur du vinyl lui-même.

J’aime l’idée que l’objet procure des émotions visuelles et auditives ainsi que “les contraintes” lièes à l’aspect matériel: le son du vinyl va vieillir, sa pochette aussi. Le travail d’affiche est quelque chose de plus temporel à mes yeux, une fois que le festival ou le concert en question est passé, l’affiche peut tomber dans l’oubli alors qu’un disque et son utilisation perdureront dans le temps.

Une pochette de disque incroyable ?

Mark Ashton – Solo et 10CC – Sheet Music. Designés par Hipgnosis Studio (Storm Thorgerson, Aubrey Powell, et Peter Christopherson).


http://lucasdonaud.com/fr/

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