Martin Méry « Proposer une scénographie à la hauteur du Grand Palais »

Depuis mardi dernier (16 juin) la Nef du Grand Palais s’est totalement transformée. L’espace accueille pour dix jours une salle de projection surdimensionnée, un village pour « chiller » et un dancefloor pour les plus excités. Une installation de taille pour cette 2e édition de Cinema Paradiso qui, cette année, a confié les clés de la scénographie à Martin Méry. Le directeur artistique parisien, habitué des grands défis évènementiels, nous dévoile quelques éléments à propos de ce projet.

Pouvez-vous nous expliquer la genèse de ce projet ?

C’est Elisha Karmitz (directeur de MK2 Agency) qui m’a confié la mission de participer à la conception de cette 2e édition de Cinema Paradiso et de réaliser la scénographie de l’évènement. La première édition, les organisateurs l’ont faite et produite eux-mêmes, dans un temps record, en se passant de scénographe. Ils avaient récupérer le lieux du Grand Palais dans l’idée de faire un happening et d’installer un écran géant afin de faire participer un maximum de gens à cette projection. Le concept fort était celui du driving avec le partenariat avec FIAT.

Cette année, ils ont fait appel à mes services en conception et en scénographie pour renouveler l’expérience en nourrissant de nouvelles ambitions. L’idée étant de pouvoir coordonner et surtout donner une âme à cette manifestation, pour vraiment taper dans le mille.
Les grandes lignes du cahier des charges étaient de faire deux salles de cinéma avec une capacité d’accueil supérieure en terme de jauge, un centre de vie sous forme de village et, un Super Club qui quotidiennement vient coiffer l’évènement.

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Pour ce faire, j’ai bâti deux salles de cinéma de 2000 personnes avec différentes typologies d’assises. On a recommencé le principe des assises allongées avec l’installation de lits dans des loges. Ensuite des sièges de cinéma traditionnels, des loges privatives pour les partenaires, et enfin, pour offrir un maximum de place et de visibilité, on a mis en place du gradinage.

Le défi a été de s’inscrire dans le monument du Grand Palais, c’est un lieu formidable, le plus bel écrin qui puisse exister. Il fallait donc un beau joyau à la hauteur de cet endroit. Il n’existe pas… C’est donc vraiment un défi à relever.
J’ai regardé un peu ce qui avait été fait ici et j’ai essayé de proposer une scénographie à la hauteur et aux dimensions du Grand Palais. C’est la raison pour laquelle on a ces trois grands murs qui viennent dispatcher les différents endroits. Ça permet de créer un zoning et une circulation des flux. Il faut qu’on puisse se retrouver entre « nous », dans chacun des endroits, embraser une vision d’ensemble, sans être écrasé par la nef.

Quels sont les éléments clés de la scénographie ?

Il y a trois points de vue. Le point de vue de la nef : l’idée est de lui faire la part belle, parce que l’expérience première c’est Cinema Paradiso au Grand Palais. Le deuxième point de vue est d’avoir une signature avec une installation un peu à l’image de Monumenta ou en tout cas de s’inscrire dans cette veine-là. Une troisième approche qui est celle de la proximité, de toutes les animations et du design au sol.

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Quels sont les matériaux utilisés dans cette scénographie ?

Au niveau des matériaux, on est vraiment sur la lumière à l’endroit de la coupole, donc je voulais un réceptacle à la lumière, et pour ce projet, c’est le miroir. Un miroir avec un léger flou pour vraiment capter la lumière et pouvoir la retenir. Ensuite un matériel beaucoup plus humble et beaucoup plus chaleureux qui est le bois. Il permet d’avoir ce sentiment de proximité. Pour toutes les cabines et le mobilier, nous avons utilisé du bois contreplaqué, avec un habillage minimaliste peint.

Après, il a fallu bâtir une architecture. J’ai choisi de la développer autour du triangle en rapport aux trois espaces de Cinema Paradiso. Je voulais vraiment créer une asymétrie. Il y a la nef Nord, Sud et Est, l’idée était de casser la symétrie, en consolidant la perspective Est/ouest avec ces deux grands murs, et ce mur central.
Tout le calepinage est bâti autour de ce triangle isocèle, pour donner plus de profondeur, d’élan et de dynamisme. On retrouve ce calepinage au sol, au niveau de la terrasse, sur les cabines centrales et latérales.

J’apporte beaucoup d’importance à la DA graphique qui accompagne tout ces éléments à chaque fois. En tant que scénographe, on est là pour ouvrir des fenêtres mais il faut rendre compte d’un paysage. Et ce paysage se traduit de plus en plus par de l’image projetée, diffusée sous formes d’écran.

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Quelles ont été les phases d’élaboration en amont de l’installation ?

Déjà c’est le repérage, se mettre dans la peau du spectateur, tel qu’il va appréhender le Grand Palais. Ensuite c’est de raconter une histoire : quel va être le parcours client ? Qu’est-ce qu’on va lui apporter, lui faire vivre comme expérience ? C’est là le point de départ.

Justement quel était ce point de départ ?

Le point de départ présenté dans le cahier de charges d’Elisha Karmitz, comprenait trois temps. 19h-22h : Afterwork Aperetivo pour la déambulation et les animations. 22h-23h45 : les projections. Et ensuite, le club, avec sa programmation pointue. Rien n’est laissé au hasard, et le tout doit exister dans une unité géographique à scénographier.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

Le doute m’habite en permanence, la difficulté c’est surtout soi-même, d’essayer d’être à la hauteur d’un tel évènement et de telles ambitions. Après quand on accueille autant de public, de l’ordre de 5000 à un instant T, et avec un turnover de 10 000 personnes par soirée, ça demande aussi un cahier des charges technique et sécuritaire très complexe. Surtout dans un lieu comme le Grand Palais. Il n’y a aucun point d’accroche, tout doit être auto-porté. Il faut respecter les périmètres de sécurité, les pares-feux. On arrive pas dans cet espace en terrain conquis, le lieu est vraiment boisé, il faut essayer de se frayer un chemin et ce n’est vraiment pas évident entre la projection que tu te fais et la réalité.

Le Grand Palais représente-t-il un lieu particulier pour vous ?

C’est la raison pour laquelle je fais ce métier, de pouvoir côtoyer des lieux uniques, historiques, pour lesquels on ressent des émotions vraiment particulières. Bien entendu, il y en a une ici. La première fois que j’ai visité le Grand Palais, c’était avant la fermeture de la FIAC. Mon père était artiste-peintre et je me rappelle, j’étais ici sur les coursives. Donc ça ramène aussi des souvenirs personnels.
Après historiquement, ce lieu à abriter des manifestations comme l’Expo Universelle et puis pour l’édifice tout court. On ne retrouve pas un tel volume en France et en Europe. C’est hallucinant.
J’ai abordé ce projet avec beaucoup d’humilité et de respect, tout en portant de grandes ambitions pour pouvoir être à la hauteur.

Quel est votre approche du métier de scénographe ?

Moi mon approche personnelle, c’est pointer du doigt les gens. Ce qui m’intéresse c’est de trouver une belle idée et de mettre à son service toutes les techniques possibles et inimaginables. Je ne suis pas au service de la technique, mais de l’idée.
Après il faut toujours essayer de se surprendre, pour pouvoir surprendre les autres.

Y a-t-il des règles fondamentales ?

La règle de base c’est de n’avoir aucune limite, aucun préjugé, et de m’offrir tous les champs des possibles. C’est vraiment la scénographie qui m’a permis ça, parce que en fin de compte, on a tout de suite une vision 360° de tous les corps de métier qui se fondent dans un évènement. On fait appel à des ateliers de déco, à des serruriers, des tapissiers, des lampistes, des menuisiers, des peintres, des projectionnistes…Et tous viennent nourrir l’idée.

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Quelle place occupe le graphisme dans une scéno ?

Elle est primordiale, parce qu’aujourd’hui un évènement n’existe pas sans signature. Toutes les manifestations ont un nom, une affiche et une ribambelle de supports. La plupart du temps, le graphisme est le point de départ de ces grandes scénographies. Les lignes architecturales correspondent aux lignes graphiques et vice versa.

Ici, les miroirs kaléidoscopiques que j’ai appelés des « psyché kaléidoscopiques » font référence au cinéma, à Mk2. Le cinéma c’est de la lumière dans une boîte noire. Le miroir est le reflet de la vie et de toutes les images du Grand Palais. C’est aussi un hommage à un certain nombre de films comme la Dame de Shanghai d’Orson Welles.
Les grands monolithes du Super Club, font eux référence à 2001 : l’odyssée de l’espace.

D’ailleurs à ce propos, il ne faut pas oublier l’intervention de Sarah Kahn pour la DA graphique de l’événement et d’Alex Mestrot (Superbien) côté Superclub.

Le site de Martin Méry : http://www.taxusbaccata.net

Le site de l’évènement : http://www.mk2cinemaparadiso.com

Photos : Charles Loyer

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