Matthieu Salvaggio nous parle du Blaze Type Specimen N°1 – un projet Bold Type

Dans le cadre de Bold Type, l’élan initié par Kickstarter et étapes: pour célébrer la typographie française, nous avons décidé de nous focaliser sur un projet dont nous pensons que les ambitions typographiques méritent une attention particulière. L’occasion était toute trouvée avec Blaze Type, jeune fonderie typographique lyonnaise menée par Matthieu Salvaggio. A la fois instrument d’expérimentations formelles et commerciales, Blaze Type propose de financer un spécimen typographique à la croisée de l’outil de recherche et de l’expérience esthétique. Nous avons donc posé quelques questions à Matthieu Salvaggio pour cerner quelles peuvent être les ambitions d’un studio vivifiant, qui fête tout juste sa première année d’existence.

Pouvez vous nous en dire plus sur Blaze Type et les ambitions typographiques qui nourrissent le projet ?

Les ambitions pour Blaze Type sont nombreuses ! La pierre angulaire de la fonderie est de proposer des familles typographiques de qualité avec un principe de licence simplifiée, à des prix attractifs pour les professionnels mais également pour les étudiants. Cette idée a vu le jour à partir d’un constat sur le monde de la distribution typographique avec lequel je ne me sentais pas en accord. Aujourd’hui nous évoluons toujours sur ce principe là. Nous commençons à travailler avec des entreprises ou des designers pour des projets de fontes custom et autre. Notre ambition est de devenir une plateforme multidisciplinaire, un véritable bureau d’expérimentations, d’études. Parler maintenant, en détails, des futurs projets, serait un peu spoiler ce qui va arriver très bientôt, mais pour vous donner quelques informations : l’année 2019 va être pleine de surprises, typographiques et autres.

Quelle importance revêt pour vous le spécimen typographique ?

Cet objet m’a toujours intrigué de part sa nature, généralement très « sèche ». Comme un manuel d’utilisation technique pour un objet. Je suis partagé dans l’attache que je porte au spécimen parce que cet objet me questionne : j’aimerais à terme pouvoir mettre en place un équilibre dans les spécimens typographiques de Blaze Type en composant des objets éditoriaux à mi-chemin entre l’expérience visuelle, esthétique, plastique, et l’aspect technique que représente une famille typographique. Ce premier numéro est, je pense, un point d’entrée dans une manière très plastique de raconter la typographie.

Pourquoi avez vous choisi de faire financer un spécimen, et non comme on pourrait s’attendre, directement une police de caractère ?

Cela aurait pu être le cas. Nous continuons de développer le catalogue actuel de Blaze Type tout en travaillant sur une prochaine famille typographique, l’Inferi, qui aurait pu s’installer dans cette démarche. La première campagne de financement que j’ai réalisé, il y a un an, était basée sur la création d’une famille typographique. Mais j’avais à cœur de revenir sur Kickstarter en proposant cette fois un objet éditorial. D’autres projets verront peut-être le jour à travers cette plateforme, toujours en lien avec la typographie, mais pas nécessairement centrés sur la création de fontes.

Votre spécimen est en lui même l’objet de recherches typographiques et graphiques assez poussées. Qu’est ce qui vous a motivé à développer autant cet objet ?

Cela fait presque un an que nous travaillons sur ce projet avec intercouleur, bureau de design graphique basé entre Paris et Lyon. Cela a fait l’objet de nombreuses discussions et débats. L’idée était de proposer à ce studio de s’approprier la direction artistique du spécimen avec leur vision de ce qu’est Blaze Type. Pour ce qui est de l’élaboration de la narration, la complexité était la suivante : réaliser un spécimen typographique qui en soit un sans l’être. Questionner ce qu’est un spécimen typographique. Installer une narration visuelle, expérimentale, plastique, organique, et restituer les influences qui inspirent le travail typographique de la fonderie, soit la mythologie, le paganisme, l’Histoire, l’occulte, etc. Ce n’est pas une mince affaire mais je pense qu’ils ont bien cerné ce qui fait notre essence et la passion que nous avons pour ce travail.

Pour vous, comment le spécimen typographique est-il amené à évoluer dans les années à venir ?

Les possibilités d’évolutions sont nombreuses ! Je pense que l’on ne va pas tarder à voir émerger des spécimens typographiques en réalité augmentée, en espace en trois dimensions consultables avec des casques de réalité virtuelle, ou encore des projections typographiques interactives qui réagiraient avec le spectateur. Si les spécimens prennent également cette direction alors ils deviendront également des espaces de recherches dans la programmation, le code, la scénographie. À ce propos nous sommes ouverts aux collaborations, si ces idées intéressent certains de vos lecteurs, ils peuvent nous contacter.

Pourquoi avez vous choisi de proposer votre projet sur Bold Type ?

Depuis quelques années, on a la sensation que la typographie française a un nouveau souffle. C’est ce qu’il ressort de plusieurs conversations que j’ai eu avec d’autres designers. On voit apparaitre plusieurs initiatives, de nouvelles fonderies, de nouvelles fontes, des initiatives autour du dessin de caractère, de la typographie, et pourtant j’ai la sensation que peu de choses « résonnent » en dehors de ce milieu. Comme si, quelque part, nous nous adressions les uns aux autres, sans assez ouvrir cette expertise aux autres pratiques de designers, d’utilisateurs de polices. Il y a une scène typographique qui me semble être très active. Surtout au niveau des jeunes designers. Je pense qu’il est important de saluer les initiatives qui permettent de rendre visible cette scène, c’est pourquoi nous avons voulu participer à Bold Type. Je pense que cette génération dont je fais partie a une volonté féroce de se faire entendre mais pas nécessairement les moyens ou les procédés pour le faire. C’est à nous de créer ces espaces de diffusions, d’évènements, de créer le dialogue, sans attendre qu’ils nous soient présentés et rendus accessibles.

Propos recueillis par Léo Bufi

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