Mélanie Guitton, jeune graphiste parisienne à l’univers festif et coloré

Elle a 18 ans quand elle débarque à Paris et rentre à LISAA, avec une volonté : travailler dans l’édition. Originaire de Bourges, elle n’est pas au bout de ses surprises, puisque 3 ans plus tard, elle obtient son premier CDI en tant que graphiste, dans l’événementiel pour Bonjour Bonsoir, l’agence créée par l’équipe du Badaboum, du Panic Room et des croisières Safari Boat. La jeune parisienne de 23 ans, pétillante et infatigable, nous raconte son parcours, ses envies et évoque ses passions en semblant ne pas vraiment réaliser elle-même où elle en est, déjà.

Ses travaux ici.

Portrait de ©Guillaume Juliot

Peux-tu nous raconter ton parcours ?

J’ai fait un bac d’arts plastiques, à la suite duquel j’ai fait trois ans à LISAA, à Paris. À la fin de ces études, j’avais encore la possibilité de faire un stage, et j’ai trouvé le poste pour le Badaboum sur un site d’offre de stages, j’ai eu beaucoup de chance. Ils n’avaient pas de graphiste avant moi et voulaient tester le poste pour voir si c’était vraiment utile, et apparement ça l’était. Au bout de 5 mois de stage, ils m’ont embauchée en CDI, ça s’est passé très vite.

Ca fait maintenant (déjà !) 2ans que je travaille pour l’agence Bonjour Bonsoir, qui s’occupe du Badaboum, de 824heures qui et un bar éphémère, et de Safari Boat, qui fait des concerts sur un bateau, et d’autres trucs, comme l’organisation d’un food market sur un bateau aussi. Badaboum, c’est aussi une cantine et un bar à cocktails, mais ce que je fais pour eux reste dans l’évènementiel.

C’est toi qui a déterminé et réalisé leur première charte graphique, et qui est toujours en charge de l’évolution de celle-ci ?

Oui exactement. Auparavant, ils faisaient appel à des graphistes en freelance, il n’y avait pas de charte graphique, ni d’identité visuelle pour la boîte. Ils voulaient une identité illustrative, et les images que je leur ai présentées étaient composées de corps, des trucs un peu farfelus parfois, qui leur ont plû et marchaient bien. Depuis deux ans, j’ai déjà réalisé deux chartes différentes pour eux. Une première était très illustrée, il y avait vraiment de l’illustration partout. Cette année on part sur un autre style graphique, plus autour des gens, des personnages (ce qui m’intéresse vraiment). C’est la campagne actuelle qu’on peut voir dans la rue avec des sortes de portraits colorés. Et on commence déjà la prochaine charte, qui sera lancée en septembre.

Comment as-tu vécu cette transition, de l’école à ce poste en autonomie, où tu étais très libre et c’était à toi de faire les propositions graphiques ?

C’était assez dur, sachant qu’il n’y avait rien du tout, il fallait tout créer, il y avait une charge de travail assez conséquente, puis il fallait aussi que je trouve mes marques, mon mode de travail… Je fais un peu ce que je veux puisqu’il n’y a personne au dessus de moi, je suis la seule graphiste. Après je bosse avec l’équipe de com’ bien sûr, qui décident des concepts, des idées etc… mais dans la réalisation, et l’ensemble graphique, les propositions viennent de moi. J’ai cette chance, en tout cas, d’être hyper libre. Ça m’a permis de réfléchir à ma manière de travailler. Aujourd’hui j’ai réussi à faire en sorte que ce que je travaille comme charte, en terme de moyens techniques, soit déclinable assez facilement, ce que je n’avais pas compris au début, c’était un peu plus laborieux. Je gère mieux mon temps maintenant. Je bosse assez vite en général, c’est un peu mon point fort. Je ne suis pas quelqu’un d’hyper patient, j’aime bien que le travail à faire soit fait vite, efficacement.

Que t’a appris cette expérience ?

L’école m’avait surtout appris à développer un processus créatif, à développer mon propre style, et rechercher mon univers graphique. C’était un peu moins technique. Je fais des formations en plus, maintenant, pour apprendre plus au niveau pratique. À l’école tu te diriges plus vers ce que tu aimes vraiment, et ce que tu connais, alors qu’en bossant, pour la charte et l’identité visuelle, il faut tout réaliser. C’est donc en travaillant que j’ai davantage appris en techniques, en étant confrontée à des situations dont je devais me sortir toute seule, c’est hyper enrichissant. Comme je n’ai personne pour me montrer, je gagne énormément en autonomie. Il y a un peu ce côté où je doit me débrouiller toute seule. Si j’avais eu un stage dans une boîte avec d’autres graphistes, j’aurais plus appris techniquement, et moins gagné en autonomie. Globalement, c’est le job qui correspond à la manière dont j’aime travailler. Et l’équipe avec qui je travaille a toujours des nouveaux projets, ce n’est pas redondant, et ce renouvellement d’années en années me permet d’apprendre toujours plus. Parce que souvent, quand tu bosses en CDI dans une boîte, tu as toujours des trucs un peu rébarbatifs…

Tu évoquais tout à l’heure des projets plus personnels, peux-tu nous en parler ?

En plus du Badaboum, on travaille aussi en partenariat avec à nous Paris, sur l’organisation de Safari Boat. Pour cette campagne, on a fait appel à une amie à moi qui était majeure de ma promotion, pour faire un teaser animé, on travaille aussi avec des gens externes quand on a besoin. Le mois dernier, j’ai participé à un événement pour présenter des jeunes artistes du monde, on a fait une fresque avec Charlotte Nicolle de France. Pendant toute la journée on a réalisé cette fresque, c’était super. Dans cette performance, on a essayé de mettre nos deux styles en lien, ce qui n’était pas facile au départ mais on était très contentes du rendu final. On ne savait pas du tout ce que ça allait donner, on n’avait jamais fait ça. Moi qui ne suis pas très patiente ça a quand même duré 5 heure sans pause… mais le résultat était mieux que ce à quoi on s’attendait, et c’était vraiment agréable comme expérience.


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Le travail au Badaboum, ça m’a un peu donné le goût de l’événement. Je suis aussi dans le collectif les Sœurs Malsaines, qui anime des soirées, donc on fabrique des trucs, on a une roue de la fortune, je fais de la scénographie avec du bric et du broc, pour des événements. On a fait une scène ouverte, et je m’étais occupé de tout l’aspect visuel. Ça me prend pas mal de temps aussi ! Et sinon je passe du temps au 6b, l’atelier d’artistes à Saint-Denis, où j’expérimente les pratiques plus manuelles (peinture, dessin…). Hier par exemple j’ai passé ma soirée à tester une tablette graphique. Je teste plein de trucs j’adore ça ! Avec Charlotte on aimerait bien continuer après le premier essai de la fresque, essayer d’en refaire. Je veux garder ce côté manuel quand même, pour avoir un résultat palpable, et pas seulement un résultat virtuel…

Quelle technique utilises-tu, et préfères-tu ?

Je ne fais quasiment que du numérique… Je ne dessine quasiment plus avec mes mains. Récemment j’ai fait un logo que j’avais dessiné avant, et que j’ai retravaillé, mais c’était la première fois que je faisais ça. Je ne suis pas très plastique, même si j’ai fait ces études. J’adore ça en plus, mais je trouve le résultat de ce que je fais en numérique bien plus concluant.

Tu as toujours eu envie de faire ça ? Et d’où est venue cette envie ?

Je veux faire ça depuis le collège ! Je passais mon temps sur des forums pour apprendre des techniques pour modifier des images (les rendus étaient hyper moches), je faisais plein de tutos. Quand j’ai choisi de faire arts plastiques au lycée, j’avais un très bon prof, de toute ma scolarité, ses cours sont ce que j’ai préféré, et c’est lui qui m’a donné envie de continuer là dedans. Il nous a appris à expérimenter plein de choses, il nous faisait beaucoup d’histoire de l’art, moi je n’y connaissais rien, je n’ai pas une famille qui s’intéresse à l’art, c’était vraiment un truc complètement abstrait pour moi tout ça. Il nous a fait aller à Paris, voir des expositions, j’ai découvert un univers qui me plaisait énormément et que je ne connaissais pas.

Où trouves-tu l’inspiration ?

Il y a plein de choses que j’aime beaucoup. Le premier studio de graphisme que j’ai vraiment aimé, qui m’a donné envie et qui m’inspire toujours, c’est Brest Brest Brest. Ils faisaient la communication de la maison de la culture à Bourges quand j’étais étudiante là-bas. Dans l’ensemble, sinon il y a plein de choses qui m’inspirent, dans la vie, dans la ville, je trouve de l’inspiration partout. Et les réseaux sociaux, quand je cherche des idées, je me tourne vers les autres artistes et studios.

En quoi consistait ton projet de diplôme ?

Mon projet de diplôme était un livre qui reprenait 17 poèmes de Paroles de Prévert. Ces 17 poèmes venaient d’une liste que j’avais écrite quand j’étais ado, que j’ai reprise, pour les mettre en page, et les mettre en lien avec des photos de famille. J’intervenais graphiquement sur ces photos, je cousais dessus ou je faisais du collage. J’ai aussi fait un travail typographique sur la manière de lire le poème. La reliure était cousue, c’était vraiment trop agréable d’avoir un rendu papier, c’est ce que je trouve intéressant dans ce job aussi. C’est vrai que c’est une passion un peu compliquée l’édition, à faire à côté du travail, ça prend du temps et c’est cher… J’aimerais bien essayer la sérigraphie aussi.

Depuis que tu travailles au Badaboum, tu fais surtout de l’illustration. Pourtant, on comprend que l’édition est ce qui te tient à cœur. Penses-tu revenir vers ce domaine, plus tard dans ta carrière ?

Je suis hyper épanouie dans ce que je fais actuellement, parce que c’est toujours des nouveaux trucs, et j’ai une stabilité. Quand tu commences c’est un peu difficile d’être freelance, il faut avoir un réseau… Mais à terme bien sûr c’est intéressant de changer et de faire d’autres trucs, moi je sais qu’à la base ce que je voulais vraiment c’était l’édition, c’était mon projet de diplôme. Mais en fait j’aime bien faire plein de choses différentes je crois ! Peut-être que freelance ce serait une bonne base pour moi, mais c’est un peu inquiétant quand on est jeune. J’aimerais beaucoup retourner vers l’édition, même si, au final, je prends goût à l’illustration. C’était ce vers quoi je me tournais.


Quel projet t’a le plus marquée dans ton expérience en tant qu’étudiante, ou graphiste?

Je pense que ce projet de diplôme, c’est quelque chose qui marque, et il y a un enjeu. C’est quelque chose de très personnel, avec les photos de famille, et les poèmes que j’aimais quand j’étais jeune. Et c’était un travail de recherche qui a duré longtemps, c’était un peu laborieux pour avoir le rendu à la fin… Alors qu’aujourd’hui tout est assez expéditif, là j’ai vraiment pu prendre du temps pour effectuer ce travail de recherche, j’ai vraiment pris plaisir à faire ce projet. Et sinon, plus récemment, la charte graphique de Safari Boat, tout était à refaire (logo, pictos, dessins). Je me suis améliorée techniquement, et j’ai pu faire une charte qui me plaît vraiment en illustration. Et c’est à partir de ça qu’on a travaillé avec la boîte d’animation pour faire un teaser. Je suis contente du rendu, et la manière dont j’ai travaillé et réfléchi pour pouvoir tout décliner après. On a refait le site internet aussi, j’ai dû en refaire le design, je ne savais pas faire, c’était hyper intéressant aussi, il fallait tout penser, et pas seulement en terme d’esthétique mais aussi en terme d’ergonomie, et d’utilisateur, penser son accessibilité…

Propos recueillis par Lisa Darrault

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