Melvin Le Riboter : « L’évolution des logiciels 3D permet aux artistes de créer plus facilement et de s’approprier des outils auparavant très complexes »

Dans le cadre du prochain numéro d’étapes: à paraître en juillet prochain et disponible en pré-commande ici jusqu’au 12 juillet, nous publions une interview en lien avec son dossier central Design & 3D.


C’est en octobre dernier, lors de la conférence Motion Plus Design que nous avons découvert le travail de Melvin le Riboter. Entre les interventions de grands techniciens de l’animation, du jeu-vidéo et le légendaire Étienne Robial, Melvin Le Riboter dévoilait son approche du motion design avec engouement. Le jeune homme de 26 ans incarnait alors tout ce qui nous plait dans cette discipline un peu à part du design graphique. Influencé tant par les sommités du genre que par l’histoire du graphisme, il mêle avec brio son savoir-faire en animation 3D à ses connaissances en typographie, son sens de la composition et son appréciation des couleurs. C’est très certainement ce qui a séduit des marques comme Adobe, Dropbox ou Devialet, avec qui il a déjà collaboré depuis ses récents débuts dans le motion design. Nous avons donc cherché à en savoir davantage sur Melvin Le Riboter et plus largement, sur les chemins qui mènent à devenir un motion designer aguerri.

Compilation des animations réalisées pour la campagne Calendula de la marque Kiehl.
©Parallel Studio


Quel est votre parcours et comment vous êtes-vous formé au motion design ?

Dès le collège, ma passion pour les mangas m’a mené vers le dessin, l’art et plus tard le design graphique. Vers mes 11-12 ans, ma famille a acquis un premier ordinateur. Je m’amusais en réalisant des montages sur Photoshop pour créer des avatars sur les forums. En 3e, ma professeure d’arts plastiques a remarqué mon travail. Elle m’a expliqué ce qu’était le métier de « graphiste » et quel parcours scolaire y est associé. Le chemin était tout tracé, je l’ai donc suivi !

Mes trois premières années d’études en arts appliqués m’ont ouvert les yeux sur tous les domaines de l’art et du design et m’ont appris à avoir un regard critique. J’ai ensuite découvert les rudiments du design graphique et son histoire en BTS option Médias Imprimés. Jusque-là, je ne réalisais que des visuels fixes pour des objets imprimés. Une question c’est alors posé : devais-je travailler ou poursuivre mes études en me spécialisant davantage dans le print ?

Cube Serie


C’est à ce moment-là que le motion design a fait son apparition et s’est imposé comme une suite logique, une extension animée du design graphique – on l’appelle d’ailleurs plus correctement « Motion Graphic Design ». J’ai donc étudié les bases du motion design à Gobelins Paris pendant un an. Une fois diplômé, en 2016, j’ai démarré mon activité de freelance. Je me suis alors épanoui dans la 3D. Ce médium me plait beaucoup, mais il demande un énorme bagage technique. Les tutoriels en ligne sont devenus mon pain quotidien, GreyscaleGorilla et Eyedesyn, mes bibles.

Maintenant, je continue de me former au fur et à mesure de mes idées et des projets ! Ça ne s’arrête jamais et le temps passe trop vite.

Hommage aux mouvements Bauhaus et De Stijl en collaboration avec Caroline De France. Réalisé en partenariat avec Motion Plus Design et Adobe


Plus précisément, quelles sont les raisons de votre passage du design graphique au motion design ?

Le motion est pour moi une extension du graphisme. Je ne suis pas passé du design graphique au motion design : je développe mon style graphique et je l’anime. La réponse est là : la valeur ajoutée du motion design est l’animation. Cela donne une autre dimension à l’image, notamment par le rythme et d’autres sens liés au mouvement. C’est ce qui me plaît.

Quand vous créez une animation, à quelles compétences du design graphique faites-vous appel et quelles nouvelles compétences cela requiert ?

Toutes ! Le choix des éléments graphiques, des illustrations, le sens de la composition, la gestion des pleins et des vides, les choix typographiques, l’équilibre des couleurs, etc. Avant d’animer, il faut trouver une idée, la développer, la dessiner, pour arriver à une image, une « styleframe ». À mon avis, en motion design, on ne parle plus d’idée mais d’histoire. À la manière d’un récit, on raconte une histoire en plusieurs étapes : la situation initiale, l’élément perturbateur, les péripéties, l’élément de résolution et la situation finale. Ce système varie bien évidemment selon le type de contenu travaillé. Les compétences requises ensuite sont celles liées au mouvement et donc à l’animation. J’essaie d’animer de manière naturelle et logique les éléments graphiques, de les rythmer en accord avec l’histoire.

Video inspiré par Coca-Cola et les JO de Tokyo pour Adobe.


En moyenne, quels sont les temps de production d’une vidéo ?

Tout dépend de l’ampleur du projet et de ses exigences créatives et techniques. Une après-midi peut suffire pour une simple boucle Instagram quand un format plus long peut prendre jusqu’à un ou deux mois. Certains projets personnels requièrent même plus de temps.

Quelles sont les filières actuelles pour se former au motion design ?

Depuis quelques années, de nombreuses formations sont apparues, il y a maintenant pléthore de choix. En école d’art, beaucoup de formations en design graphique proposent une spécialisation en motion design à partir de la 3e année. Des formations d’un mois pour les graphistes ou les adultes en reconversion fleurissent un peu partout. Il suffit d’une recherche sur Google pour s’en rendre compte.

Les autodidactes sont toujours considérés comme des outsiders. Pourtant, des sites comme Tuto.com ou School of Motion proposent d’excellentes formations en ligne. Certaines plateformes comme Mograph Mentor proposent même d’apprendre grâce à un mentor, ce qui permet un vrai suivi et des conseils. C’est ce qui faisait défaut aux simples tutoriels vidéo.

La seule différence évidente entre ces deux façons de se former est l’apport culturel que fournissent les formations de graphisme en école. En autodidacte, il faut l’acquérir seul, par des livres ou des documentaires glanés sur internet. Mais qu’importe ! Le principal est de choisir la méthode qui nous correspond le mieux.

Cliquez sur l’image pour accéder à la vidéo


Savez-vous s’il y a des spécificités selon les écoles ?

J’enseigne la 3D à Gobelins en licence de Motion Design. Il y a deux classes, l’une est à temps plein, l’autre en alternance. Leurs programmes sont différents. La formation à temps plein est rythmée par des projets au long de l’année et des sessions d’apprentissage des logiciels. Il y a donc un bon équilibre entre création et technique. À contrario, la formation en alternance est axée sur la technique car les travaux sur des projets se font en entreprise.

Étant donné que ce domaine de formation est récent, il y a peu de professeurs formés pour enseigner le motion design, ni de programmes précis définis par les écoles. Elles recrutent généralement des professionnels en activité spécialisés dans une pratique ou qui ont un outil de prédilection (animation 2D, 3D, Houdini, Cinema4D, AfterEffects, etc).

L’enseignement varie donc d’une formation à une autre, d’une école à une autre. D’où l’importance des journées portes-ouvertes pour se faire une idée.

Animation réalisée pour la saison 4 de la série « Your Pretty Face Is Going to Hell » sur la chaîne Adult Swim


Quelles sont les structures de reconnaissances propres au motion design ?

Il y en a beaucoup et de plus en plus ! Je vais en citer quelques-unes qui me paraissent importantes.

Tout d’abord, je pense qu’Instagram et Vimeo sont les plus grands vecteurs de reconnaissances aujourd’hui. Ensuite on trouve des sites comme Motionographer, qui partagent des articles, des interviews et une sélection des meilleurs nouveaux projets.

Pour ce qui est des évènements, Motion Plus design organise des conférences à travers le monde. Tous les ans, il y a une édition à Paris, au Théâtre du Gymnase, avec une journée de conférences et de rencontres avec des artistes venant d’univers différents, c’est top !

Générique d’intro pour La Nuit du Générique 2019


Il y a aussi le festival Motion Motion qui a lieu tous les ans à Stereolux, à Nantes. Il propose une journée entièrement dédiée au graphisme animé à travers des œuvres, des conférences, des rencontres, des films… Le tout dans une ambiance conviviale, favorable à la découverte et à l’échange, d’autant plus que le festival est gratuit et ouvert au grand public.

La Nuit du Générique organisée par WeLoveYourNames à Paris est une soirée dédiée aux génériques de films et de séries. Des projections, des discussions et une remise de prix permettent de découvrir des pépites de cet art encore peu reconnu. On y remet le Prix Rosalie, homologue des Césars, au meilleur générique de l’année. Aussi, Le Club des DA a récemment créée une catégorie Motion Design. Je pense que ces deux concours sont les seuls en France, mais c’est à vérifier.

À l’étranger, on trouve bien entendu d’autres festivals et concours, comme le OFF festival à Barcelone, Blend à Vancouver, Us by Night en Belgique, le Motion Award by Motionographer, les European Design Awards, etc.

Devialet – Unboxing – Animation réalisée pour la game Unboxing de la marque Devialet


Pouvez-vous citer 5 de ceux que vous considérez aujourd’hui comme des maîtres du motion design ?

Buck Design sont incroyables. Le studio regroupe des grands talents du graphisme, de l’illustration et de l’animation qui réalisent des projets impressionnants par tous leurs aspects. Il y a aussi ManvsMachine qui ont une approche personnelle et reconnaissable qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, Golden Wolf qui propose des créations entre film d’animation et motion design ou encore le géant Kyle Cooper, monstre du title design/générique de film, aux commandes des studios Prologue & Imaginary forces. Je finirai par citer Tony Zagoraios et son studio Yeti Pictures car ils m’ont permis d’avoir ma première expérience professionnelle dans le milieu du motion design. Ils m’ont beaucoup appris. Son style et sa méthode mêlent parfaitement le design graphique et l’animation.


Pour vous, la 3D est-elle une mode, ou une évolution normale de la discipline ?

La 3D est un outil. Certains styles de visuels 3D sont en ce moment à la mode, mais pour moi, l’outil ne l’est pas. Il arrive que des films 2D soient fait en 3D dans un premier temps, pour ensuite être redessinés ou décalqués afin d’obtenir un rendu 2D en faisant appel à des techniques comme la rotoscopie. Pendant une discussion de comptoir avec Maxime Bousquet, également Motion Designer, nous sommes arrivés à la conclusion qu’une fois un certain niveau de maitrise de l’animation et du design atteint, la technique importe peu, qu’elle soit 2D, 3D, Stop Motion… Je pense par contre que la 3D fait évoluer la discipline. L’évolution des logiciels 3D permet aux artistes de créer plus facilement et de s’approprier des outils auparavant très complexes. Dans les années à venir, je pense que nous allons assister à l’émergence de beaucoup de nouveaux artistes utilisant les logiciels 3D pour créer des styles graphiques encore inconnus. Ça va être fou !

melvinleriboter.com
Melvin Le Riboter sur Vimeo
@melvin_sur_la_table

Living Rooms – video mapping pour la “Fête des Lumières de Lyon”

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