Outings project ou comment les personnages des peintures se font la malle

Imaginé et initié par l’artiste Julien de Casabianca, Outings Project se situe à la croisée du street art et de l’exposition d’art, à ceci près que l’exposition investit l’espace public, qu’elle est participative, mondiale et atemporelle. Le projet invite tout un chacun à prendre en photo le portrait d’un illustre inconnu immortalisé sur une toile, à l’imprimer, l’extraire de son décors, et enfin à l’apposer quelque part sur un mur de la ville à la rencontre des badauds, des pressés, des flâneurs, des touristes, des joggeurs ou encore des promeneurs du dimanche… Depuis son lancement en août 2014, Outings project s’est peu à peu importé partout dans le monde : d’abord Paris, puis Londres, Bastia, Gdansk, Rome, New York, Riga… En emmenant les œuvres d’art du musée vers la rue, Julien de Casabianca propose de les voir d’un nouvel œil mais surtout de se réapproprier notre patrimoine culturel.

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De retour d’une tournée de collage aux États-Unis, dans six villes, de La Nouvelle-Orléans à New York, Julien nous raconte…

Combien d’images essayez-vous de poser quand vous entreprenez un voyage dans une ville ?
Nous stickons un peu moins d’une dizaine de personnages par ville, pour obtenir au final une vingtaine de photos. Car l’œuvre est constituée d’une partie éphémère, le collage, et d’une partie pérenne, la photographie de l’installation dans la rue, photo qui fait à sont tour l’objet d’expositions.

Comment cela s’est-il passé durant votre voyage aux États-Unis ?
Notre process s’apparente quasiment à une chasse. Nous marchons d’abord dans les allées des musées à la recherche de personnages que nous voulons faire s’évader. Il faut se projeter dans une histoire à vivre ensemble avec lui ! Ensuite dans la rue nous sommes à la recherche des murs qui peuvent constituer une scénographie puissante. Nous recherchons plus particulièrement des quartiers défavorisés, où la présence de l’art et de la beauté est une nécessité. Mais les espaces urbains diffèrent fondamentalement. Entre Los Angeles et Riga c’est le jour et la nuit, aux USA les quartiers défavorisés sont investis de homeless et de drogués perdus et errants, à Riga ils sont vides. La rencontre avec les gens du quartier n’est pas là même. À Gdansk nous avons collé avec les équipes du musée et des habitants, qui ont choisi eux mêmes les emplacements. À Los Angeles, nous avons été pris sur le fait par la police municipale, qui a voulu nous faire retirer celui que nous venions de coller. Mais devant la réaction des habitants qui nous ont soutenu avec véhémence, la police a finalement cédé et a même pris une photo qu’elle a publiée sur Instagram !

Outings : faut-il le prendre au premier degré (promenade en extérieur) ou est-ce que vous aimez l’ambiguïté que recèle ce terme ? Quel est le sens que vous investissez dans ce mot et dans votre projet de façon plus générale ?
Oui, il y a un double-sens. Outings c’est certes à la fois l’acte de faire sortir des personnages du musée, les mettre dehors, mais c’est inviter ces personnages anonymes à redevenir des gens parmi des gens, normalisés par leur réintégration dans la banalité, ré-inclus dans le tout venant, libérés d’un cadre étouffant, au sens strict, un cadre doré, et un château aux mœurs extrêmement codifiées, et nous les invitons à une puissante libération, en ce sens, même si on leur force un peu la main, il y a tout d’un outing… Ils se montrent enfin tels qu’ils sont vraiment, sans la mascarade du paraître. Et leur soulagement saute aux yeux !

Pouvez-vous nous raconter la genèse du projet ? Quelles évolutions avez-vous dû apporter après vous être confronté à la rue ?
Outings est né d’un geste artistique d’abord pris au second degré, de la volonté cocasse de libérer une princesse d’un château, Mademoiselle Rivière, de Ingres, emprisonnée au Louvre, que nous avons libérée en la collant dans la rue. Peinte à 13 ans, morte à 14 ans, elle n’a rien vu de la vie, on voulait lui montrer le monde. Et la puissance du personnage ainsi offert dans la rue nous a saisie. On a découvert le regard des habitants du quartiers, enchantés, qui s’avançaient doucement, hésitaient à la toucher, remerciaient de la beauté. Nous voulions montrer une nouvelle réalité à Mademoiselle Rivière et c’est elle qui nous a ouvert les yeux sur l’impact d’œuvre qu’elle retrouvait soudain, alors qu’elle dormait dans un coin, loin du peuple. Il y avait l’évidence d’une réappropriation possible. Et le geste est tellement simple qu’il est à la portée de tout un chacun : prendre une photo dans un musée avec son mobile, imprimé chez l’imprimeur du coin, puis des ciseaux et un peu de colle, un vieux mur, et le tour est joué. Et des dizaines de personnes le font actuellement dans le monde. Et on ne peut pas se rater, c’est systématiquement beau ! C’est une réappropriation du geste artistique par des gens qui n’en ont aucune maitrise et qui ne se positionnaient que comme spectateurs de l’art.

http://www.outings-project.org/

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