Paris Plages : à défaut de sable, les affiches nous font rêver

On ne va pas se mentir, en allant faire bronzette à Paris Plages, on ne s’attend pas vraiment à retrouver les belles étendues sablonneuses des Caraïbes, ni à retrouver un charmant paysage breton. Une plage sans mer ampute déjà le plaisir de moitié, alors lui enlever le sable, comme cette année, en fait perdre encore un peu plus l’essence. À défaut de ces ingrédients, il faut voir Paris Plages comme l’occasion de s’offrir une pause estivale sans totalement quitter l’espace urbain, de profiter du cadre de plus belle ville du monde pour se mettre quelques heures les doigts de pied en éventail et pourquoi pas même, oser le maillot de bain. La campagne d’affiches très réussie, réalisée par l’agence Klar et l’illustrateur Simon Roussin nous y invite fortement.

Quel était le brief de cette campagne pour Paris Plages et comment s’est fait le choix de l’illustrateur Simon Roussin ?
Nous collaborons avec la Ville de Paris depuis plusieurs années, sur des projets variés (campagnes, éditions, etc.) et souvent sur des sujets culturels ou événementiels (Pari des Libraires, Nuit Blanche, Bibliothèques de Paris, etc.). Nous intervenons sur des projets graphiques et aussi sur des commandes en illustration : soit avec nos propres créas, soit avec des illustrateurs extérieurs que nous avons connus avec Kiblind et /ou d’autres missions.

Pour cette édition 2017 de Paris Plages, la Ville de Paris a fait appel à nous afin de faire travailler un « nom » de l’illustration, conformément aux visuels réalisés depuis le début de l’opération (Plantu, de Loustal, Kiraz, etc.). Depuis 2016, la Ville se tourne vers une nouvelle génération d’illustrateurs, comme avec Clo’e Foirat l’an dernier.

Le brief consistait à imaginer Paris comme une station balnéaire, en travaillant sur l’imaginaire et en revisitant le style des vieilles affiches de stations emblématiques, comme Deauville, Saint-Jean Cap Ferrat. Nous avons proposé plusieurs illustrateurs, dont le trait et le propos narratif pouvaient répondre à cette commande. L’objectif était de faire rêver, de faire sentir les vacances et l’évasion, même en restant à Paris. Simon Roussin a été choisi pour son univers et son style. Son dessin est très narratif et il est capable d’inventer une histoire, une émotion, un moment, à travers un simple visuel.


Y a t’il des contraintes particulières à ce type de commande ?
Nous étions en charge de la direction artistique avec l’illustrateur. Dans ce type de projets, la principale contrainte est évidemment de répondre au brief du commanditaire, tout en respectant ce que l’auteur souhaite raconter et représenter à travers ses images. Simon Roussin avait commencé à travailler sur des visuels très imaginaires (par exemple, avec le Bassin de la Villette transformé en canyon), mais il a fallu montrer davantage la réalité de Paris Plages, les activités proposées, car on est dans une communication grand public, qui doit être accessible et compréhensible par tous. La Mairie de Paris nous a dit, sur le sujet : le décor parisien est déjà tellement iconique, porteur d’imaginaire, qu’on n’est pas obligé d’inventer autre chose, pour faire rêver…

Cette année, Paris Plages inaugure la baignade dans le Bassin : c’est devenu logiquement « l’information » dominante du dessin. Simon a cherché à la représenter sous le registre de l’émotion, incarnée par ce couple de baigneurs, au premier plan, dont on a envie de prendre la place sur ce petit ponton imaginé de toutes pièces.

En résumé, la Ville doit représenter une certaine réalité de son offre. Et l’auteur doit faire parler son imaginaire. Nous, on va avoir le souci de l’efficacité visuelle, de l’impact, pour que les Parisiens s’arrêtent devant l’affiche, et se mettent à rêver de ces deux plages parisiennes. C’est la synthèse de tout cela qui est à la fois contraignante et passionnante.

Il y avait aussi certaines contraintes dans le dessin, notamment liées au fait qu’il n’y a pas de sable cette année, à Paris (en raison de la polémique avec Lafarge, le fournisseur historique) : il a fallu trouver des astuces visuelles pour se sentir à la plage, mais sans sable… Enfin, la Ville de Paris a assuré la mise en pages, ce qui a nécessité quelques ajustements sur les visuels pour que ça fonctionne.

Vous est-il déjà arriver comme ici de produire plusieurs affiches pour une même campagne ? Quels sont les éléments qui reposent sur le système graphique global et les autres sur la particularité du message propre à chaque affiche ?
Oui, à plusieurs reprises, notamment pour la Ville de Paris, en photo ou en illustration. On a été jusqu’à 6 visuels différents pour la campagne des agents de la Ville (« Paris leur dit merci ») ou la campagne Crit’air.

Pour Paris Plages, les 2 visuels faisaient partie de la commande initiale et c’était assez logique, car on a 2 plages à Paris, bien distinctes : l’une sur le nouveau parc Rives de Seines, l’endroit idéal pour contempler le décor parisien ; l’autre sur le Bassin, dédiée notamment à la baignade et aux activités nautiques. De notre côté, avec l’illustrateur, il nous semblait important que les 2 visuels fonctionnent ensemble, à travers un certain nombre de paramètres : la perspective, la narration (les 2 visuels sont incarnés, au premier plan, pas des personnages qui nous font vivre « leur » Paris Plages), les couleurs, etc. L’objectif de la Ville était d’avoir 2 visuels qui peuvent être utilisés de façon individuelle, tout en créant un univers global, lié au style de l’artiste et à ses compositions : au final, ce sont 2 stations balnéaires à Paris qui se répondent des 2 côtés de la capitale…

Ce travail a t-il vocation a être décliné ? Sur d’autres supports print ou animé ?
Paris Plages, c’est avant tout une importante campagne d’affichage : les 2 visuels seront diffusés, pendant tout l’été, sur une large partie du réseau MUPI de Paris, ainsi que sur le réseau 4×3.

Les visuels sont aussi déclinés sur le web et les réseaux sociaux de la Ville. Pas d’animation prévue. En revanche, conformément à l’idée de départ, des cartes postales vont être réalisées, comme dans les stations balnéaires. Ce sera un souvenir de Paris Plages, plus vrai que nature, destinés aux Parisiens mais aussi aux nombreux touristes qui s’y rendent.

Propos recueillis par Charles Loyer

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