Petit Appétit : Jean Jullien cuisiné en 10 minutes…

Illustration, photographie, installation, vidéo, édition, animation… L’illustrateur français Jean Jullien, expatrié à Londres depuis une dizaine d’années, multiplie les supports de création et techniques. Un univers éclectique fortement inspiré de la bd et de la culture populaire des années 80 que l’artiste réinterprète en fonction d’événements et de faits de société très actuels. Son travail présente une certaine unité graphique dans laquelle chaque élément se fait écho et participe à un ensemble ludique. Après avoir signé une des récentes couvertures de Fricote, Jean Jullien présente à Paris une double exposition d’œuvres originales dans deux galeries bien distinctes, L’Imprimerie et Colette. Intitulée « Petit Appétit », l’exposition présente sous un air drolatique, les habitudes de consommation et tendances du marché alimentaire. étapes: est allé à la rencontre de ce talentueux illustrateur, en perpétuelle recherche d’authenticité et de simplicité avec son public.

Peux-tu résumer en quelques mots ton parcours de designer graphique ?

Je m’appelle Jean Jullien, je suis illustrateur français, j’ai vécu à Londres pendant 10 ans. J’ai commencé par des études d’arts plastiques au Paraclet à Quimper, j’ai ensuite intégré le Central Saint Martins pour un Bachelor et enfin, j’ai obtenu un Master au Royal College of Art à Londres. Depuis 2010, je continue ma pratique, qui se partage entre des commissions pour des clients, de l’éditorial, de la publicité et des marques. J’essaie de générer autant de projets que je peux, soit en solo avec des expos par exemple, soit avec mon frère dans l’animation.

As-tu des supports de création privilégiés ?

En commercial, c’est souvent de la pub et de l’éditorial, mais là, je commence à développer de plus en plus de collaborations avec des marques, c’est quelque chose qui m’excite pas mal, se mettre dans l’univers de quelqu’un. Sinon en général c’est surtout du dessin, mais c’est stimulant d’essayer de l’appliquer à des supports différents.
En fait l’idée, c’est de continuer dans ma pratique. J’ai un dessin assez simple, vu que mon niveau technique est assez limité, mais c’est quelque chose qui m’est cher. Ma technique communique des choses de façon peut-être plus brute, et amène à voir le dessin comme une matière première, pour lui donner la forme la plus appropriée en fonction des supports. Ça peut donc passer par des tables, des chaises, des vêtements, un peu de tout et n’importe quoi en fait ! Souvent par le biais des expos et autre, ça m’amène à collaborer avec des gens, que ce soit des sculptures avec Abois ou des vêtements pour la marque Olow, avec eux j’établis un vrai dialogue.

Tu fais partie de cette génération très active sur les réseaux sociaux, as-tu une stratégie particulière ?

Sans mentir la vraie stratégie, c’est de produire autant que faire se peut. C’est d’essayer de garder une pratique constante, pour arriver à de bons résultats. Tous les jours, je vais au boulot au studio, et en plus de ma pratique commerciale, je garde un temps pour moi, pour me faire plaisir. J’en profite pour expérimenter des matériaux, réagir à l’actualité, c’est un peu comme un terrain de jeu.

Tu développes ta patte sur les réseaux et es aujourd’hui connu pour tes dessins simples et amusants, est-ce que justement, par moment, tu ne te retrouves pas enfermé dans cet univers là ?

Non, ce qui est cool c’est que les réseaux sociaux sont comme un portfolio ouvert à tous, il y a quelque chose d’intime dans ce que tu véhicules. Quand je communique sur des grosses collab ou sur des projets professionnels, les gens ça les intéresse moins, dans le sens où, de toute façon, ils vont le voir dans la rue. Maintenant on est tellement submergé d’images au jour le jour, que les internautes réagissent quand tu les touches dans l’intime, dans les gestes du quotidien, quand ils sont aux toilettes, quand ils se lèvent le matin, quand ils sont dans leurs lits… T’as envie de partager avec eux, de donner une part un peu plus sincère, et je m’amuse beaucoup via ce biais. J’essaie de garder le dessin fun, l’antipode de ce que je fais commercialement, du coup mes illustrations témoignent d’une créativité qui se veut sincère. Je ne considère pas mon travail comme un métier même si s’en est un, et j’en suis très heureux. C’est vrai que les réseaux sociaux aident à affirmer ce côté un peu plus personnel et sincère. Avec les réseaux sociaux j’ai la chance d’avoir les feed-back directement, et je vois bien ce qui fait tiquer les gens, les fait réagir, les agace, ou les fait rire.

Tu as fait des études en France, tu es ensuite parti à Londres, aujourd’hui New-York, est-ce que tu t’imagines un jour travailler à Paris ?

Oui bien sûr, j’en parlais il y a quelque temps avec ma femme, cela fait maintenant six mois que l’on vit à New York, et j’ai envie de revenir, parce que j’ai laissé des projets hyper intéressants en cours à Paris, j’ai un public et c’est clairement quelque chose qui me ferait plaisir. J’ai un peu le mal du pays des fois, c’est vrai !

Est-ce que tu penses aussi que d’être parti à l’étranger, t’as permis de t’émanciper dans ta pratique ?

Oui, carrément. Parce que les pratiques sont différentes, j’ai adoré faire mes études en France, mais c’est vrai qu’elles portaient davantage vers le pragmatique, et préparaient vraiment à un métier. Moi je voulais travailler dans l’image, mais je n’avais pas forcément envie de me mettre directement dans une case. Continuer mes études à l’étranger, faire des collaborations, réaliser des projets très différents m’a permis de développer ma propre pratique, j’ai eu la chance que ça ait pris, que les gens reviennent toujours vers moi. Tu vois par exemple, demain je fais la couverture des Inrocks, j’ai pas mal bosser avec eux avant, ce sont des gens avec qui j’ai gardé une relation, ça me fait plaisir. Je trouve ça bien que les gens comprennent que le fait d’être parti à l’étranger, n’est pas un doigt d’honneur à la France, ça n’a rien à voir, moi ce qui m’intéresse c’est de toucher le plus de monde possible. Exercer à l’international et sur les réseaux sociaux me permet de continuer les projets que j’aime.

Comme par exemple, ta collaboration avec le Nid à Nantes ?

Oui ! C’était une demande un peu particulière, puisqu’elle venait de l’office du tourisme et du voyage à Nantes. Ils m’ont donné le 32e étage, et m’ont dit d’en faire ce que je voulais. Le seul cahier des charges était que l’étage devait se partager entre une œuvre d’art et un espace public. À partir de cette directive, je me suis beaucoup amusé !

Quels sont tes projets à venir ?

Une série télé animée co-dessinée avec mon frère; pour l’instant nous avons réalisé un pilote. Il y a aussi une expo à Hong-Kong dans deux semaines, une autre à Crémone en Italie, enfin plein de projets excitants tournés vers l’étranger et la France !

http://www.jeanjullien.com

Propos rapportés par Camille Nogalo.

Photos : Charles Loyer

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