Pierre Buzulier « Pommecul est né des histoires d’agence qui me faisaient criser »

Le travail, c’est la vie, mais ça peut aussi faire péter des cables. Pas facile de se retrouver dans un open space, entouré par des collègues, constamment à l’affut pour s’immiscer dans vos créas et vous embarrasser avec des réflexions inutiles. Quand le burn-out est proche, il vaut mieux prendre du recul et chercher à décompresser.

C’est par la bande dessinée que Pierre Buzulier, directeur artistique installé à Marseille, a choisi de faire sa thérapie après plusieurs années passées en agence de pub. Le succès de son blog Pommecul, l’a conduit à raconter ses petites anecdotes hilarantes dans un livre à paraître bientôt chez Pyramyd Éditions. Comme nous ne voulions rien rater de l’évènement, nous sommes allés à sa rencontre dans la cité phocéenne. Autour d’un café, à quelques mètres du vieux port, nous avons essayé de percer les mystères qui se cachent derrière la barbe d’un directeur artistique en agence de publicité.

Le livre Pommecul sort officiellement le 1er octobre. Le même jour, il sera disponible à la vente, au cours du vernissage et de la séance de signatures chez Cut&Mix à Marseille.

Pour les non-marseillais. Commandez l’ouvrage dès maintenant, pour le recevoir le jour de sa sortie, le 1er octobre !


Peux-tu te présenter ?

Je suis Pierre Buzulier, je suis né en Normandie en 1984. J’ai ensuite fait une école d’Art Graphique à Marseille qui s’appelle Axe Sud, j’ai obtenu un diplôme de conception design graphique à la suite duquel j’ai fait un stage en agence qui s’est transformé en CDI chez Euro RSCG où j’ai bossé 4 ans. À cette époque, j’avais rencontré des gens du milieu publicitaire qui m’ont donné l’envie de continuer et j’ai aussi rencontré mon pote Simon Reynard qui était concepteur rédacteur. Après avoir bossé ensemble chez Euro, on s’est mis en team et on a travaillé avec plusieurs agences sur Marseille en tant que DA et concepteur rédacteur. Ça a duré 7 ans à peu près. Depuis 6 mois environ je suis free-lance.

Comment le projet Pommecul est-il né ?

Quand je bossais en agence j’ai vécu ce que les DA vivent tout le temps dans le monde de la pub, c’est à dire les retours clients, les points créatifs avec 40 000 personnes qui donnent leur avis sur la création, le côté frustrant d’être DA et de ne pas avoir une idée qui passe, de toujours devoir la reformater façon brief client.
Au bout d’un moment… comme une grande partie de mon cercle d’amis travaille dans la publicité, on en rigolait pendant les apéros. Ça m’a lancé sur mon premier épisode « Le point créatif ». L’histoire commence avec un DA qui appelle son équipe pour parler de la créa, mais petit à petit, plein de gens viennent se greffer et donner leur avis et le DA pète un cable. Pommecul est né de là. De ces histoires d’agence qui me faisaient criser, et je me suis dit que plutôt que péter un cable seul devant mon ordi, ça allait me faire du bien de raconter ça dans une BD. Le premier épisode est sorti et au fil des semaines, ça a vachement pris. La finalité a été de le sortir en bouquin.


Toutes les scènes sont des anecdotes vécues ?

Oui totalement. Après, c’est toujours un peu grossi sur les anecdotes, mais globalement c’est ça. Les scènes existent. Les prises de tête aussi… Après, ce qui me fait rire aussi, c’était de montrer que quelque part on se prend énormément la tête sur ce métier, alors qu’on ne sauve pas le monde et que les questions qu’on se pose ne sont jamais très existentielles.
J’adore ce métier, mais j’étais super frustré par tous ces retours clients, par le côté « trouver L’IDÉE », ça avait tendance à plus me déprimer que me motiver. Du coup j’ai décidé d’en faire un truc perso sans contrainte, sans retour créa. Au final ça m’a couté moins cher qu’un psy !…

On peut dire que c’est une critique du monde de la pub ?

Pommecul, c’est une façon marrante de parler de tout ça, une critique naïve. Je trouvais que transposer cela dans de la BD permettait de rendre la chose très simple. D’avoir juste des visuels où tout se passe dans une vignette et un petit texte, avec par exemple des termes grossiers ou des mots complètements fous du monde de la pub qui mélangent le français, l’anglais ou je ne sais quelle langue… La BD était la meilleure façon de résumer tout ça, avec des anecdotes, des parallèles avec des films, mélanger un peu toute ma culture et remettre ça dans le bouquin, par rapport à des situation, vécues par un DA en agence de pub.

Y a-t-il un message derrière l’humour et ton parcours personnel ?

Je pense que ça a parlé à pas mal de gens. Au début quand tu rentres dans le milieu en tant que stagiaire, tu te dis « je vais pas être très bien payé, mais c’est un métier cool », tu apprends tout le temps parce que tu es mis en contact avec plein de gens. Donc tu ne te plains pas trop. Commencer dans une agence c’est motivant, mais après au bout d’un moment, ce sont toujours les mêmes problématiques qui reviennent. Ça s’apparente de plus en plus à la « Maison qui rend fou » et à son « laisser passer A38 » dans Les douze travaux d’Astérix. Demain, tu vas voir un DA à Paris, un DA Lyon ou au Havre, il aura les mêmes problématiques. Le message dénonce des situations qui arrivent à tout le monde et qui continueront d’arriver à tout le monde.

Au niveau du contenu, est-ce qu’en partageant ces épisodes sur Internet, certaines personnes t’ont pris pour le porte-parole des opprimés d’agence et t’ont demandé de retranscrire leur histoire ?

Oui, j’ai eu des mails de plusieurs personnes, notamment celui de la copine d’un DA qui m’a dit « est-ce que tu peux parler du « Wahoo effect » parce que mon mec n’arrête pas d’en parler et je ne sais pas ce que c’est ». Ce qui était amusant, c’est que ce terme, je l’ai entendu alors que ça ne veut rien dire. Les phrases du genre « ouais, il est bien ce visuel, mais ça manque de « wahoo » ne veulent rien dire, mais elles parlent à tous les DA et tous les gens qui bossent dans la com.
Il y a aussi cetteancienne DA de Paris, qui aujourd’hui élève des chèvres. Elle m’a envoyé toutes ses anecdotes sur les briefs, les clients…
Je ne me sens pas pour autant le porte-parole des DA anonymes.

Sur la forme, pourquoi avoir choisi la BD pour raconter tes histoires ? As tu des inspirations particulières dans ce domaine ?

Je suis pas forcément « BD » à la base, mais j’ai toujours été fan des illustrateurs où le message passait principalement par le visuel et non par les mots. La première claque quand j’étais étudiant fût Dran. Je suis fan de ce mec. Ensuite tous ce qui est du New Yorker, le concept du dessin de presse d’avoir une idée et la transposer en un dessin très simple. J’aime aussi beaucoup le travail de Sempé. Quand ma mère achetait les Paris Match, je bloquais toujours sur ses dessins. Il y a aussi l’Espagnol Joan Cornellà. Il fait toujours des petites histoires en 6 vignettes, c’est complètement con et dégueulasse, mais j’adore ça.


Comment tu procèdes pour construire un épisode ?

En général je m’inspire d’un moment que j’ai vécu en agence. Pomme Cul, c’est un peu comme dans les Simpsons. L’histoire débute par un truc à la con, où il y a une longue intro qui débouche sur une histoire qui n’a rien à voir avec le début.
Je pars de cette situation et j’essaie de faire un parallèle avec l’actualité, ou un film que j’ai aimé. Par exemple Un jour sans fin avec Bill Murray est récemment passé à la télé, et je me suis dis qu’il fallait faire un épisode sur ce thème. Le DA revivrait tous les jours la même situation, parce que le taff c’est un peu ça, les problématiques reviennent tout le temps.
Après je commence toujours pas écrire un script et un fil conducteur. La chute, je la trouve généralement, en commençant à travailler les crobards.

As-tu une méthode de dessin ?

Je le travaille beaucoup. D’abord, je l’esquisse, ensuite je scanne tout et je le retravaille sur Photoshop. Petit à petit, je rajoute des détails, en rajoutant par exemple des références, des choses qui me faisaient tripper quand j’étais petit. Plus il y a de petites références plus c’est amusant. C’est le principe de la pub. Prendre des références pour balancer un message. Au final, je critique, mais ça me sert !

Quelles ont été les étapes pour passer du blog au livre ?

J’ai commencé par le premier épisode sur le « point créatif » que j’avais envoyé à mes potes. Comme ça les a amusés, ils m’ont dit de le partager. J’ai ouvert un Tumblr et la viralité est venue rapidement sur les réseaux sociaux. Après, j’ai refait le site pour faciliter la navigation entre les épisodes et lancé une newsletter. À la suite d’un partage sur Facebook, Jacques Séguéla m’a contacté pour le rencontrer. Il m’a conseillé de sortir PommeCul en livre. Après un premier refus d’une maison d’édition, je l’ai envoyé à Pyramyd Éditions, qui par le biais de Céline, l’éditrice, m’a dit « On y va » !

Y a-t-il eu un travail particulier pour sortir PommeCul en livre ?

J’ai retravaillé tous les épisodes un peu clé pour pas que le lecteur se retrouve avec les mêmes histoires que celles sur le blog et j’ai aussi construit un fil rouge. J’ai un peu plus bossé les textes et niveau rythme, alterné les histoires courtes et longues. Il a aussi fallu trouver une chute marrante qui laisse une ouverture à d’autres anecdotes.
Maintenant, rendez-vous au vernissage chez Cut&Mix, un concept-store de la rue Sainte, jeudi 1er octobre (66 Rue Sainte, 13001 Marseille).


Propos recueillis par Charles Loyer

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