Pli : un 3e numéro au bord du conflit

Porter un projet éditorial, nécessite un bon fil conducteur, de la passion et de la persévérance. Assurément, Marion, Adrien et Christopher en sont dotés. Ces trois jeunes actifs, n’exercent pas la même profession, mais se retrouvent régulièrement pour penser et façonner leur projet commun : la revue Pli.

Un projet ambitieux autour de l’architecture et l’édition, matérialisé dans une publication print annuelle. Depuis plus d’un an maintenant, nous suivons de près leur évolution. Le premier numéro, paru en septembre 2015 portait sur la thématique de l’Hypertextualité, quant au second, il proposait d’aborder le/les Format(s). Alors que l’équipe vient de lancer un appel à articles pour l’élaboration du prochain numéro sur le Conflit, nous avons voulu en savoir un peu plus sur cette aventure.

Consulter l’appel à articles : http://bit.ly/2htAWSJ
Site internet : http://www.plirevue.com
Instagram : @pli_laredac

Pouvez-vous présenter Pli en quelques mots ?

Pli est une revue annuelle qui cherche à mettre en parallèle, dans sa forme comme dans son contenu, les rapports qu’entretiennent le domaine de l’architecture, de l’espace de manière plus générale, et celui de l’édition. Chaque numéro est une recherche, impulsée par le comité éditorial et travaillée par les auteurs. Pli invite à se poser des questions sur nos métiers, prendre position sur leur développement et leur évolution, s’inscrire dans une ligne graphique franche où l’efficacité prime. Nous voulons que la revue reste une plateforme de travail ouverte qui permet d’échanger et de construire des recherches de fond.

Comment est né ce projet ? Qui trouve t’on derrière et qu’elle était votre volonté de départ ?

Le projet est né de la rencontre entre Christopher, qui a rédigé un mémoire “N°0 Architecture & Édition” pendant ses études, et Jean-Baptiste Parré, designer graphique. L’équipe s’est formée rapidement avec Marion, qui travaille dans la production audiovisuelle et Adrien, chargé de communication et marketing. Ensemble, nous avions envie de se lancer dans l’aventure d’une revue papier, sans nécessairement passer par la case digitale. Notre volonté est réellement de s’attacher au façonnage de l’objet en lui-même tout en proposant un contenu clairement orienté vers la recherche.

Notre volonté de départ – et qui le reste – est d’essayer d’appréhender la revue d’architecture d’une manière nouvelle. De s’adresser à des architectes tout autant qu’à des graphistes ou des amateurs, des personnes qui ne parlent pas forcément “archi”. Chaque numéro pose la question de l’intemporalité de ces deux milieux (architecture et édition), de leur valeur d’objet et des échelles humaines sur lesquelles ils jouent. Pli est avant tout le résultat de collaborations concrètes, que ce soit entre les auteurs, les illustrateurs, les partenaires, ou simplement les gens que nous rencontrons et qui ont fait avancer la réflexion.


Pli se positionne comme une revue d’architecture et d’édition. Si les liens entre ces domaines sont évidents, comment réussir à les faire coexister de manière claire dans une publication spécialisée ?

Pli s’attache à mettre en parallèle les pratiques tant de l’espace que sur papier. Les acteurs de ces deux milieux créent des outils pour concevoir la ville, concevoir nos paysages. Peut-être que la revue, dans un premier temps en tout cas, peut servir de support à leur cristallisation. La coexistence de ces deux grands domaines s’illustre avant tout dans les choix des collaborateurs (issus tout autant du domaine de l’architecture – architectes, urbanistes, paysagistes, chercheurs etc., que du domaine de l’édition – illustrateurs, graphistes, éditeurs, imprimeurs etc.), tout comme celui des thématiques développées. Chaque numéro fait l’objet d’une réflexion globale, qui s’attache autant à la forme qu’au contenu. Pour Pli 02 par exemple, nous avons regroupé les textes selon sept thématiques. Chaque thématique a ensuite été illustrée par un illustrateur, graphiste ou designer graphique, chacun se voyant attribuer un format de papier spécifique.

Aujourd’hui, avez-vous une idée de la composition de votre lectorat ?

Il est certain que Pli, même si nous essayons de rendre accessible l’ensemble des articles, de la communication et des évènements, reste une publication ciblée. Le lectorat s’agrandit géographiquement notamment grâce à l’intégration de traductions anglaises au sein de la revue. Nos lecteurs sont des étudiants, des architectes mais aussi des designers, graphistes issus des métiers de l’image et de l’édition.
Cela se ressent notamment au niveau des points de distribution, étant présents à la fois à la librairie Flammarion du Centre Pompidou et à la librairie VOLUME, spécialisée en architecture, à Paris, mais aussi dans plusieurs librairies en France et à l’étranger.

De façon générale, chaque numéro est l’objet d’une véritable recherche sur la forme et le format de Pli.

Comment déterminez-vous les contenus éditoriaux ?

C’est ensemble que nous décidons de la thématique suivante. Après de nombreuses discussions nous arrivons à un thème, s’ensuivent des recherches de chaque membre puis des discussions à nouveau. Jusqu’à décider d’une ligne éditoriale propre au numéro, qui s’enrichit bien sûr au fur et à mesure des propositions.
Nous fonctionnons avec un appel à contributions ouvert à tous et lancé en décembre. L’idée est avant tout d’instaurer des collaborations à tous les niveaux (dans la mesure du possible). Nous cherchons avant tout un propos, une idée qui nous parle et qui soit intéressante à développer. C’est dans cette optique que nous acceptons tout type de contributions (essais, billets d’humeur, recherche approfondie, visuel, etc). Nous essayons également de garder une place à des étudiants, des amateurs, des personnes qui ne sont pas forcément habituées à être publiées.
Chaque numéro contient également des interviews. Elles permettent de donner la parole à des personnalités en étroite relation avec la thématique, tout en apportant un point de vue plus personnel. Ce sont toujours des personnes que l’on admire et qui apportent un angle nouveau à la réflexion.

De façon générale, chaque numéro est l’objet d’une véritable recherche sur la forme et le format de Pli. Dans Pli 01 – Hypertextualité par exemple, nous avons développé une grosse bibliographie. Les unes se mêlant avec les autres, dans l’idée de pousser jusqu’au bout l’hypertextualité au-delà même des formats, puisque nous avions tout type de références, livres, revues, site internet, interviews, etc. Pli 02 – Format(s) a également été repensé en fonction de sa thématique. Nous avons par exemple intégré un livret central jaune et brillant, venant s’insérer dans une revue mate, en noir et blanc. Dans ce livret, nous invitons trois libraires à nous présenter trois livres en lien avec la thématique. Leur texte est accompagné d’une photographie à taille réelle de la couverture de ces livres, dépassant le cadre du papier ou ne le remplissant pas.

Enfin, le deuxième numéro nous a permis de laisser plus de place à l’illustration, au graphisme et à la photographie, ce que nous n’avions pas pu faire pour le premier. Ce sont huit collaborations qui viennent apporter un autre regard sur l’écrit et qui se trouvent glissées au fur et à mesure de la lecture. Elles représentent le reflet de la multiplicité des points de vue engendrée par ces collaborations. Nous aimons l’idée qu’elles soient volantes, libres de dépasser le cadre du format de la revue.


Dans quelle direction souhaitez-vous faire évoluer le design éditorial ?

Le design intérieur de la maquette fait partie de l’identité de la revue. Il évolue et évoluera, mais ne changera pas radicalement… Enfin, pas encore !
C’est au niveau de la fabrication et du façonnage que nous nous autorisons de grandes libertés, notamment dans le choix du papier, les techniques d’impression, les couleurs, etc. L’objet se construit en fonction des rencontres, du thème, de son contenu aussi. Nous avons choisi de travailler avec l’imprimerie Escourbiac pour l’offset, Paper Tiger et Riso Presto pour la risographie, puis en sérigraphie avec Print Van Paris.

Vous avez déjà lancé deux numéros, avez-vous commencé à aborder l’idée du troisième ?

Après Hypertextualité en 2015 et Format(s) tout récemment, Pli 03 aura pour thème Conflit ! L’appel à contributions, textuelles ou graphiques, est en ligne depuis le 12 décembre sur plirevue.com, et on a hâte de toutes les décortiquer.

Au final, vous avez fait grandir ce projet en autodidacte, que retenez-vous de cette expérience ? Quelles ont été les bonnes et mauvaises surprises ?

Pour nous tous, Pli est avant tout une façon de redéfinir les codes, de s’exprimer, de produire quelque chose dont on soit fiers en donnant une tribune à des personnes de talent.

Nous avons commencé sans rien hormis une énorme volonté. C’est à la fois notre plus grande faiblesse (nous restons une micro-édition qui lutte pour trouver des financements) et notre plus grande force : l’ADN de Pli.
Au final, nous avons un peu construit Pli comme des entrepreneurs. Sans le côté « business » puisque nous travaillons tous bénévolement et en dehors de nos travails respectifs. Cet aspect très pragmatique a aussi influé sur notre périodicité : la recherche demande du temps. L’idée est vraiment de faire évoluer la problématique pendant un an et de concevoir des outils nous permettant de pouvoir adapter « tout » et tout le temps – tant le contenu que la forme.

Au final, cela demande beaucoup de temps et d’investissement, pas mal de coups durs, et de déceptions. Mais quand ça marche après avoir lutté, il n’y a rien de plus satisfaisant. Les mauvaises surprises se transforment souvent en bonnes surprises et, quoi qu’il arrive, Pli avance.
Bon, et pour parler plus concrètement, la plus grosse surprise reste quand même l’accueil incroyable que la revue a reçu (à notre échelle bien entendu). On ne s’y attendait pas, on ne s’y fait toujours pas, et on trouve ça génial que ce qu’on fait parle à des gens.

Adrien, Christopher, Marion

Retrouvez dans Pli 02 : Atelier bingo, Robert van Altena, Bérangère Armand, Benjamin Aubry, Léa Baudat, Ruedi Baur, Florian Bérenguer, Julien Borrel, Building Paris, Emmanuel Caille, Céline Cassouret, Thaly Crespin, Pierre David, Quentin Debenest, Silvia Dore, Blondine Dupas, Samuel Eckert, f&b cc, Fakepaper, Pedro Gonçalves, Yann Kebbi, Marie Lafourcade, Hugo Lascoux, Lisa Laubreaux, Emmanuelle Lauzier, Emmanuel Leroy, Laurent Lescop, Cédric Libert, David Malaud, Giaime Meloni, Maxime Mouysset, Taïna Pichon, Joanne Pouzenc, Amandine Romanet, Cigdem Tallu, Matthieu Torres, Audrey Touchette, Twice, Oschon Wespi-Tschopp (Print Van Paris)

Propos recueillis par Charles Loyer

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