Pour PPAF Éditions, les textes et les images s’imbriquent

En 2012 Adrien et Julien créent PPAF, Première Pression À Froid, une maison de micro-édition qui s’organise comme un atelier expérimental. Avec deux créations par an, ils prennent le temps de s’interroger sur l’articulation texte-image dans un livre en tant qu’objet à parcourir. L’un a fait les Beaux-Arts d’Angers en peinture et gravure, l’autre Louis Lumière en photographie.

Facebook : PPAFeditions
Site Internet : www.ppafeditions.fr/

« Combien Combine » est une édition grand format qui s’organise par double pages allant de paire ; d’un côté le mot, de l’autre sa représentation. Sur les deux pages suivantes, pareil, on trouve l’anagramme du mot précédent et son dessin. Comme outils d’écriture et de dessin, ils conçoivent un tampon : le « modulographe ». Ils répondent de concert.


Qu’est-ce que le « modulographe » ?
Tout est parti du démembrement du caractère. Nous décomposons les lettres à notre manière. Celles-ci sont facilement reconnaissables par le cerveau parce qu’elles correspondent à des formes élémentaires, nommées géon et protolettre. Les protolettres sont des formes géométriques qui nous permettent à la fois de lire n’importe quelles formes dans la nature et en même temps des lettres. Et c’est la jonction entre les lettres et l’image qui nous intéresse. On ne veut pas faire uniquement de la typographie, on veut aussi dessiner avec ces modules. Nous avons fait trois tampons, avec trois formes différentes, à la fois abstraites et rationnelles que nous mettons entre les mains de tous.


Vous en avez fait une typographie ?
Des caractères ont été créés, ce ne sont pas que des tampons. Une typographie est générée à partir du modulographe, une numérisation à partir du geste de l’homme. Donc il y a trois types de tampons, trois familles de typo : une rond, une carré, une triangle. Avec les tampons carrés on a cherché à faire des minuscules aussi, mais c’était plus compliqué, car les caractères sont plus étroits. L’objectif maintenant ça serait de faire un vrai travail de typographe en créant un vrai fichier avec des minuscules, de la ponctuation complète, les espaces.

« Combien Combine » confronte typographie et illustrations avec ces mêmes modules. Comment choisir les mots ?
L’idée c’était d’avoir un imagier avec une contrainte poétique : l’anagramme. Les doubles pages marchent par paire. On retrouve « mutinerie » et sa représentation sur une double pages et l’autre double page « minuterie » avec son dessin. C’est tout simple, on combine des formes géométriques élémentaires et à la fois on combine des lettres. On arrive à une lecture de plusieurs degrés : le lecteur tourne les pages.

Vous pouvez définir ces plusieurs degrés ?
Ce sont des livres où il faut faire l’effort, dans lesquels les gens doivent s’installer. L’enjeu est d’intriguer et susciter la curiosité, tout en mettant des contraintes à l’intérieur qui poussent les gens à tourner les pages, sans vraiment comprendre. C’est comme disait, Christian Bruel [auteur et éditeur de littérature jeunesse], « des livres à doubles détentes » : à partir de la page 26 tu comprends la page 2.


Il y a un rythme dans la lecture même ?
L’intérêt de mettre les gens dans une telle démarche est qu’ils ne saisissent pas le sens tout de suite. Le livre est un objet global fait de strates et donc de plusieurs niveaux de lectures. C’est aussi l’approche que nous avons du livre.

Comment vous parcourez un livre ?
Quand tu prends le livre, tu considères la matière que tu as dans les mains et tu te demandes pourquoi ça a été fait comme ça. Tu décèles rapidement si ça a un sens ou si ça n’en a pas par rapport à ce qu’il y a à l’intérieur. Le moment ou il y a un vrai plaisir c’est quand tu dis « ah oui je comprends pourquoi c’est fait de cette manière ».

Comment cela se traduit-il dans votre création ?
Dans « Specimen », un manuel vendu avec un modulographe, on montre les possibles du tampon, après c’est à l’utilisateur de laisser libre court à son imagination. La couverture a un pelliculage soft-touch, c’est tout simple quand tu le touches et il y a un certain plaisir d’avoir l’objet entre les mains, et tu comprends que la couverture a une matière qui rappelle celle du tampon. Et ce qui a fait sens c’est le lien entre la perception et l’intellectualisation de l’objet.


Votre avis sur le livre ?
Le livre est un beau vecteur artistique : il se transmet toujours et on peut toujours relire d’un angle différent : mettre dans les mains d’un diffuseur qui va le vendre à un libraire, qui va le vendre à des personnes, des personnes qui vont le lire et qui vont peut-être le prêter à d’autres personnes. Le choix revient au libraire de mettre un même livre en section jeunesse, graphisme ou typographie, et il se passe la même chose quand on expose en salons.

Votre définition du graphisme ?
Quand on s’intéresse à la fois à la poésie et au graphisme, on cherche à bouleverser le système. On définit un système, puis on le met dans les mains de quelqu’un d’autre qui va le décliner, en faire quelque chose. Et ça si ce n’est pas du graphisme !

Propos recueillis par Florian Bulou-Fezard

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